Dans l'affaire du "Vatileaks", l'audience du majordome du Pape est reportée au 2 octobre

L'audience présidée par Giuseppe Dalla Torre s'est ouverte samedi matin dans la petite salle du tribunal du Vatican. Le procès inédit est public, mais les places sont limitées. Ceux qui désirent assister aux audiences doivent en faire préalablement la demande au tribunal. Paolo Gabriele, un laïc de 46 ans père de trois enfants, est jugé pour vol aggravé, un chef d'accusation passible d'une peine maximale de quatre ans d'emprisonnement s'il est reconnu coupable par le tribunal de trois magistrats.

Mais le porte-parole du Vatican, Mgr Federico Lombardi, a expliqué qu'une grâce papale était probable. Le majordome servait le pape depuis 2006. Il l'accompagnait dans ses déplacements du lever au coucher, servait ses repas et l'aidait à se vêtir. Paolo Gabriele a été arrêté le 23 mai à son domicile au Vatican, en possession selon les enquêteurs d'une "montagne de documents" confidentiels. Il est soupçonné d'avoir dérobé puis photocopié pour des journalistes ces différents écrits exposant au grand jour des luttes de pouvoir sans merci, mais aussi des faits de corruption présumés au plus haut niveau du Saint-Siège. Les fuites, depuis plusieurs mois, alimentaient la presse italienne. Mais l'affaire, surnommée "VatiLeaks", a pris de l'ampleur avec la parution en mai de "Sa Sainteté. Les documents secrets de Benoît XVI", un livre du journaliste Gianluigi Nuzzi.

L'ouvrage contient nombre des document volés, dont une série de lettres et mémos confidentiels destinés au pape lui-même ou écrits de sa main et celle de son secrétaire particulier, Georg Gänswein. D'après le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, le juge d'instruction, Piero Antonio Bonnet, n'a pas fait figurer dans l'ordonnance de renvoi la question des faits présumés de corruption. L'enquête n'est pas terminée, selon Mgr Lombardi et d'autres développements ne sont pas exclus. L'ancien majordome a été assigné à résidence à son domicile le 21 juillet après avoir été détenu depuis son arrestation dans une cellule de la gendarmerie du Vatican. Il a reconnu durant l'instruction avoir fourni les documents à Gianluigi Nuzzi. D'après le procureur Nicola Picardi, Paolo Gabriele a expliqué lors d'un interrogatoire, début juin, vouloir dénoncer "le mal et la corruption" au sein de l'Eglise. Mû selon ses dires par l'Esprit Saint, il se disait "certain qu'un choc, même médiatique, serait salutaire pour ramener l'église sur le droit chemin". Un employé de la secrétairerie d'Etat du Vatican, le gouvernement du Saint-Siège, comparaîtra également devant le tribunal. Informaticien, Claudio Sciarpelletti répondra de complicité. Il est soupçonné d'avoir fourni de l'aide à Paolo Gabriele mais n'a vraisemblablement pas joué un rôle majeur, selon l'instruction. P

aolo Gabriele est représenté par une nouvelle avocate, Cristiana Arru, après un désaccord sur la stratégie de défense avec son prédécesseur Carlo Frusco, un ami d'enfance. Le procès, selon le Vatican, est ouvert au public, même si l'accès est limité -pas plus de huit journalistes par audience, tandis que caméras, appareils photos et magnétophones sont interdits. On ignore combien de temps durera le procès et quels seront les témoins cités à comparaître. Les audiences du tribunal, au Vatican, n'ont lieu généralement que le samedi, les juges -des laïcs sans lien direct avec l'Eglise- exerçant ailleurs le reste du temps. La Cour est présidée par Giuseppe Dalla Torre, avec à ses côtés deux autres magistrats, Paolo Papanti-Pelletier et Venerando Marano. Selon Marco Politi, correspondant au Vatican du journal "Il Fatto quotidiano", ce procès est "sans précédent depuis 200 ans car il ne s'était jamais trouvé de traître dans le cercle rapproché du pape". "Même aux pires moments de la Guerre Froide, quand le CIA et le KGB ont tenté de placer leurs espions au sein du Vatican, il n'est jamais arrivé" qu'un membre du très proche entourage papal "divulgue des documents secrets à l'opinion publique", ajoute-t-il.

"Le plus important, c'est de savoir ce que va dire Paolo Gabriele. Va-t-il simplement dire qu'il est le coupable et le procès sera alors très rapide, ou va-t-il dire quels sont les gens qui l'ont aidé pour toute cette opération?", se demande le journaliste. Selon lui, il y autour de l'ex-majordome "un groupe de dissidents, mal à l'aise devant la façon dont fonctionne le gouvernement du Saint-Siège, et en particulier sous la direction du cardinal Tarcisio Bertone", secrétaire d'Etat du Saint-Siège, numéro deux du Vatican.