ArcelorMittal supprime 1.300 emplois: "Cette fermeture est nécessaire pour la rentabilité de l’entreprise"

Voici le projet de la liste des installations à arrêter définitivement que la direction a donc bien communiqué aux syndicats : cokerie de Seraing et centrales d’énergie d’Ougrée et de Seraing ; le TLB de Chertal ; une des deux filières de laminage à froid de Tilleur ; les Galva 4 et 5 à Flémalle ; les HP (lignes de finition) 3 et 4 de Marchin et le LP 2.

« 1.300 travailleurs sont directement concernés par ce drame social », vient de nous confier David Camerini, chef des Métallos de la CSC. Cela s’ajoute à la perte de près de 800 emplois déjà supprimés lors de la fermeture de la phase à chaud. Il restera donc au total 800 travailleurs d’ArcelorMittal pour l’ensemble du bassin sidérurgique liégeois !

«Nous reconnaissons que cette annonce est très difficile pour les membres du personnel de Liège, particulièrement dans un délai aussi proche de l’annonce de fermeture de la phase liquide. Nous avions espéré que cette fermeture soit suffisante pour nous adapter à la demande réduite», a pour sa part déclaré Bernard Dehut, le PDG d’ArcelorMittal Liège.

De son côté, Paul Magnette, nouveau président du PS, a réagi via communiqué : « Le PS appelle l'ensemble des responsables politiques et des forces vives à unir leurs forces pour permettre une reprise totale ou partielle des activités par un autre opérateur industriel, avec, le cas échéant, l’appui et l’engagement de la Wallonie. »

Le Premier minitre Elio Di Rupo, actuellement à Davos, en Suisse, va modifier son agenda. Il va rencontrer Lakshmi Mittal cet après-midi. Il reviendra ensuite en urgence en Belgique ce soir. Son voyage au Chili pour le sommet UE-Amérique latine est annulé. Une rencontre Gouvernement wallon-Gouvernement fédéral est prévue demain.

Marcourt dénonce une “véritable trahison”

“C’est un jour noir pour l’économie belge”, a déclaré le ministre wallon de l’Economie Jean-Claude Marcourt.

“Nous sommes confrontés à une véritable trahison de la part d’un groupe qui se dit responsable mais qui traite ses travailleurs et les gouvernements comme une quantité négligeable”.

Jeudi matin, le sidérurgiste a fait part de sa volonté d’arrêter définitivement 7 lignes à froid sur 12, ne gardant à Liège que 5 lignes “stratégiques” et quelque 800 travailleurs.

Cette annonce constitue “une surprise par son ampleur”, a admis le ministre Marcourt qui va désormais tenté de trouver un repreneur pour les sites liégeois. “Nous sommes entrés dans la phase 1 de la loi Renault. Cette procédure va prendre du temps; temps qui sera utilisé pour tenter de trouver des partenaires industriels intéressants”, a-t-il expliqué.

“Le manque de compétitivité des outils n’est pas le fruit du hasard, ni celui de la crise”, a encore affirmé Jean-Claude Marcourt. “Il est le résultat d’une stratégie mise en place depuis des années, dont l’étape ultime est la fin de la sidérurgie liégeoise”, a ajouté le ministre qui va prendre contact avec le ministre français Arnaud Montebourg. “Ensemble, nous allons voir comment organiser une riposte européenne.”

La direction : «Une fermeture nécessaire pour la rentabilité de l’entreprise»

La direction liégeoise d’ArcelorMittal a justifié son projet de fermeture définitive de certaines installations de la phase à froid. Elle évoque une situation économique difficile.

«Depuis octobre 2011, lorsque nous avons décidé d’arrêter la phase liquide, de nombreux éléments ont changé la donne», indique Bernard Dehut, CEO d’ArcelorMittal Liège. «Les perspectives économiques ne sont pas bonnes, la demande des clients a chuté de 9%. Nous sommes toujours sous le seuil d’avant crise et nous ne voyons pas d’amélioration pour le futur.»

Malgré la fermeture des hauts-fourneaux, l’entreprise comptabilise 200 millions d’euros de perte pour les neuf premiers mois de 2012. «C’est une fois l’exercice budgétaire 2013 terminé, mi-décembre, que nous nous sommes rendu compte que les résultats étaient catastrophiques», précise le CEO.

«On espérait que la fermeture du chaud suffirait, mais il est devenu de plus en plus évident que des actions complémentaires étaient nécessaires pour endiguer les pertes. Personne n’imaginait que la procédure Renault liée à la fermeture du chaud durerait aussi longtemps et qu’on perdrait 5 millions d’euros tous les mois. La situation ne pouvait pas perdurer. Nous avons donc pris la décision de renforcer les 5 lignes stratégiques et d’arrêter les lignes flexibles pour répondre aux changements structurels du marché. C’est nécessaire pour la rentabilité de l’entreprise», poursuit le CEO.

La direction s’est engagée à rechercher des solutions sociales acceptables pour les 1.300 travailleurs concernés par le projet. Elle invite les syndicats à «un dialogue constructif pour garantir l’avenir des installations restant à Liège.»

Le plan d’investissement de 138 millions d’euros qu’elle avait mis sur la table lors des réunions tripartites (direction, syndicats et gouvernement wallon) sera réadapté compte tenu de la situation actuelle. Mais elle affirme que des investissements seront réalisés pour assurer l’avenir des cinq lignes considérées comme stratégiques.

«Je peux affirmer qu’il n’y aura pas d’autres fermetures», s’est engagé Bernard Dehut. « Nous avons un réel projet industriel pour Liège. L’annonce de ce matin n’est pas une étape vers une fermeture totale du bassin, mais je comprends qu’elle soit difficile à entendre pour les travailleurs.»