"La réforme sur la libération conditionnelle ne changerait rien pour des criminels comme Dutroux"

Bâtonniers, avocats membres de la Ligue des droits de l’Homme, de l’Observatoire international des prisons, du Conseil central de surveillance pénitentiaire ou encore juges et membres de l’Association syndicale des magistrats, ont rappelé, mardi, la nécessité de ne pas voter en faveur de la réforme de la libération conditionnelle dans la précipitation.

Deux projets de loi relatifs au durcissement des conditions de libération conditionnelle des condamnés doivent en effet faire l’objet d’un vote par la commission de la justice au Sénat, mardi après-midi.

Ces acteurs de terrain, soutenus encore par des professeurs d’université et des criminologues, comme Me Philippe Mary, Me Marc Uyttendaele et de hauts magistrats tels que Benoît Dejemeppe et Damien Vandermeersch, dénoncent l’urgence à voter des projets de loi qui vont contre l’avis de l’ensemble du monde judiciaire.

Des projets de loi conçus, selon eux, uniquement sur base du cas de Marc Dutroux dont la demande de libération conditionnelle crée un émoi au sein de la population.

«Il faut également bien comprendre que de toute manière, cette loi ne changerait rien à des cas comme Marc Dutroux. Car, en pratique, lorsque ces cas sont examinés par le TAP (tribunal de l’application des peines, ndlr), il y a trop de contradictions qui font qu’on ne libère jamais ce genre de détenu au tiers de la peine. Donc, on élabore un projet de loi parce qu’on a peur de voir un jour Marc Dutroux libre, alors que, concrètement, cela ne garantira pas plus une meilleure sécurité», a expliqué Me Laurent Kennes.

«Certains politiciens ont déclaré que ce texte n’avait pas été voté dans l’urgence et que le débat sur les peines incompressibles, cela fait 20 ans qu’on en parle. Mais c’est faux! C’est de la désinformation. Les deux projets de loi visent uniquement à augmenter le seuil d’admissibilité à la libération conditionnelle, pas d’appliquer les peines incompressibles», a encore rapporté l’avocat pénaliste.

«Certains parlementaires, je le sais, sont contre le projet mais ils n’osent pas s’y opposer. Ils sont pieds et poings liés parce que c’est inscrit dans l’accord du gouvernement que leur parti a signé», a également ajouté Me Alexis Deswaef, avocat et président de la Ligue des droits de l’Homme.