Willy Burgeon: «La Corée du Nord ne s’apprête pas à faire la guerre aux Etats-Unis» ( + vidéos du reportage de Strip-tease)

M. Burgeon, avez-vous encore des contacts avec la Corée du Nord ?

« Non, plus du tout. Mon dernier voyage remonte à 2006. J’avais visité le pays avec Guy Spitaels qui préparait son premier livre sur l’Extrême-Orient ».

La Corée du Nord fait à nouveau parler d’elle. Son leader parle d’une guerre imminente. Vous y croyez ?

« C’est un effet de manche. Je ne crois pas qu’il s’apprête à faire la guerre aux États-Unis ou à la Corée du Sud. Kim Jong-Un est un nouveau leader qui veut s’imposer sur la scène internationale. Il est jeune, il joue le grand leader. Chaque année, les USA et la Corée du Sud font de grandes manœuvres militaires tout près de la Corée du Nord. Le jeune leader a dit : « Cela suffit ». Ces manœuvres l’agacent au plus haut point ».

Oui, mais, tout de même, il y a la menace nucléaire…

« Techniquement, il serait capable d’envoyer un missile… mais il ne le fera jamais ! Par rapport aux États-Unis et à la Corée du Sud, c’est de l’amateurisme. La Corée du Nord serait écrasée. Je crois qu’il dit tout cela pour s’imposer et négocier des aides. Il ne faut pas oublier que le pays est toujours victime d’un blocus de toutes les puissances. Seule la Chine l’aide. La Corée du Nord n’entrera pas en guerre. Sinon, je le répète, elle serait écrasée. Et je pense au peuple… »

Vous avez parlé à ce peuple lors de vos voyages ?

« Non car je ne parle pas le coréen. Les Nord-Coréens ont une dévotion pour leur leader. C’est un peu comme les Belges avec leur royauté ».

Avez-vous rencontré Kim Jong-Un ?

« Non, jamais. Et son père, Kim Jong-Il ne recevait personne. Moi, j’ai surtout connu Kim Il-Sung, le grand-père. Le nouveau leader est jeune. Il a épousé une très jolie femme qui a fait du théâtre. On le dit ouvert aux réformes ».

Justement. Quelle est la place de la femme dans ce pays ?

« C’est un pays empreint de confucianisme où on n’avantage pas la femme. Lors de mes voyages effectués avec mon épouse, on me servait en premier. Ma femme, c’était après ».

Pourquoi n’êtes-vous plus retourné en Corée du Nord depuis 2006 ?

« Parce que je n’ai plus envie. J’ai tout vu. Objectivement, je ne pourrais jamais vivre là-bas car il y a le culte de la personnalité. S’il n’y avait pas le blocus, le leader serait moins fort car il n’y aurait plus de repli sur soi. Là-bas, il est presque considéré comme un dieu. Vous savez, au Japon, l’empereur l’est aussi. Je suis allé en Inde où j’ai vu des gens mourant de faim dans les rues. En Corée du Nord, il y a des famines mais les vivres sont mieux répartis entre tous. Le pays est certes pauvre mais ce n’est pas la misère crasse. Les enfants sont éduqués. Quant à Pyongyang, un diplomate tchèque m’a dit que la ville est devenue l’une des plus belles villes d’Asie ».

Comment voyez-vous l’avenir de la Corée du Nord ?

« Je suis certain que cela va changer. Ils vont imiter la Chine et le Vietnam. Ils sont aussi dirigés par un parti communiste qui va museler le peuple et mettre le tout dans les mains des multinationales. Mais, par la suite, ils ne pourront échapper à la réunification ».

Vous y croyez ?

« Même si c’est à long terme, oui. Je suis aussi allé plusieurs fois en Corée du Sud. Quand les gens apprenaient que j’étais allé au Nord, ils venaient tous me voir et me posaient plein de questions. Mais les Japonais ont peur d’une réunification des deux Corée. Les Coréens, qu’ils soient du Nord ou du Sud, sont de très grands travailleurs. Réunis, ils contesteraient l’hégémonie japonaise ».

Au fait, pourquoi vous êtes-vous intéressé à ce pays ?

« André Léonard, le secrétaire général du Parti Socialiste de l’époque était membre du Comité International de Liaison pour la Réunification de la Corée. Il m’a demandé si je voulais me rendre à sa place en Corée du Nord car il était devenu trop âgé pour voyager aussi loin. J’y suis donc allé… et de nombreux politiciens nord-coréens ont été invités chez nous. Ils étaient très applaudis dans les congrès du PS.

Pierre Nizet