Éoliennes en Wallonie picarde: les opposants ont presque tout faux

Les sept éoliennes du parc de Tournai-Antoing-Brunehaut tournent depuis environ deux ans ainsi que les dix mâts installés à Leuze-en-Hainaut. Nous sommes retournés dans les deux parcs à la rencontre des riverains immédiats, parmi lesquels d’anciens opposants, pour vérifier si les arguments avancés par les opposants au projet de Tournai-Ouest III se tiennent sur le terrain. Nous avons repris un par un les nuisances qui figuraient dans le toute-boîte distribué à Blandain, Hertain, Marquain, Lamain et Orcq.

1. Les éoliennes font du bruit : vrai, mais...

Tous les riverains interrogés, même parmi les gens favorables aux éoliennes, vous le confirment  : les éoliennes font du bruit, mais leur intensité varie en fonction de la force et de l’orientation des pales. Et surtout en fonction de la sensibilité personnelle. À Leuze, nous avons rencontré deux couples voisins à l’avenue de la Wallonie et par conséquent à même distance des éoliennes : le premier nous a dit de ne les entendre « qu’à l’extérieur » et « que par grand vent » tandis que le second disait avoir le sentiment « d’avoir un hélicoptère qui tourne au ralenti en permanence au-dessus de la tête ». Près de Saint-Maur (Tournai), la perception du bruit n’est pas pareille au sein même d’un couple dont la maison est située à 530 m du premier mât. « Cela ne me fait jamais rien », dit l’homme Dany. « Cela m’énerve », confie par contre Chantal qui déménagerait bien, si elle le pouvait.

Le riverain le plus proche d’une éolienne à la rue du Village à Chapelle-à-Oie a été obligé d’installer du triple vitrage, nous a expliqué son voisin en son absence, mais depuis, il ne s’en plaindrait plus.

2. Les éoliennes, mauvaises pour la santé  : faux

Dans leur argumentation, les opposants font état d’une liste impressionnante de problèmes de santé dus au bruit  : fatigue chronique, insomnie, maux de tête, dépression, troubles visuels, acouphènes, perturbations cardio-vasculaires, etc. Or, parmi tous les riverains rencontrés, y compris les opposants de la première heure, aucun nous a dit être gêné au point d’avoir dû consulter un médecin ou de vouloir le faire. « On s’est habitué. Honnêtement j’étais contre les éoliennes et je m’attendais à ce que ce soit plus bruyant », dit Carl Kaiser, de la rue du Village à Chapelle-Oie, dont la chambre à coucher donne sur le parc éolien. « La plus proche doit être à 300 m. Je parviens à dormir la fenêtre ouverte ». « Nous nous attendions à pire »  : c’est la phrase que nous avons entendue le plus souvent dans ce quartier.

Nous avons consulté quatre médecins dans le périmètre du par éolien de Tournai-Brunehaut. Aucune plainte. Au centre hospitalier de Wallonie picarde, ni le service neurologique, ni le service ORL (oreilles) n’ont été confrontés à des patients qui mettent en cause les éoliennes pour leurs problèmes de santé.

3. Les éoliennes mutilent les paysages : ni vrai, ni faux

Les paysages mutilés  ? Là, c’est vraiment une affaire de goût. Nous avons rencontré des riverains qui qualifient les éoliennes « majestueuses » et d’autres qui les trouvent « laides à ch... » (sic). Propriétaire du restaurant de la Ferme à Chapelle-à-Oie, l’agriculteur Pierre Moulin nous a dit que beaucoup de ses clients demandaient à être en terrasse en face du parc éolien « pour profiter du spectacle ». Une affaire de goût, on vous dit.

Il y a l’effet stroboscopique dû au passage des pales dans les rayons du soleil. C’est comme pour le bruit  : certains se sentent plus gênés que d’autres. « cela se produit le matin, mais ce n’est pas vraiment dérangeant », nous a confié Guibert Boone, le responsable des plaintes pour les transports Fockedey, dont le site est bordé d’éoliennes. L’intensité varie selon le moment de la journée, voire de la saison. « cela se produit en hiver, quand le soleil est bas », remarque Dany, riverain du parc de Tournai-Brunehaut.

4. Les éoliennes font perdre de la valeur à l’immobilier : faux, mais...

Selon les opposants, les terrains, les maisons et les gîtes seraient invendables à 500 m des éoliennes. Ni le notaire de Leuze, ni celui de Brunehaut n’ont été confrontés à des problèmes du genre. « Nous avons vendu justement des terrains derrière l’avenue de Wallonie (particulièrement exposée aux éoliennes, NDLR),cela s’est vendu normalement  », remarque le cabinet Mertens. L’agence immobilière Deportemont (Leuze) dit que la vente d’un terrain peut durer un peu plus longtemps que d’habitude, mais que si le propriétaire maintient son prix, il peut toujours trouver acquéreur  : « dès que les gens ont jeté leur dévolu sur un terrain, parce qu’ils veulent être là, ils ne s’arrêtent pas à la présence d’une route fréquentée derrière chez eux ou à des éoliennes ».

À Brunehaut, Me Taeke s’esclaffe lorsqu’on lui parle « d’une décote progressive des terrains jusqu’à 10 km » autour des éoliennes, comme l’affirment les opposants  : « absolument faux. On avait dit la même chose à propos du TGV et cela n’a pas empêché les gens de construire à proximité ».

Plusieurs riverains nous ont confié cependant qu’ils n’auraient pas acheté leur terrain et/ou maison - ou qu’ils auraient davantage hésité - s’ils avaient eu vent de l’installation future d’éoliennes. Pour le bruit ? avons-nous demandé. « Non, par crainte de ne pas pouvoir vendre plus tard », nous a dit une riveraine de l’avenue de la Wallonie à Leuze. L’aspect psychologique doit jouer dans la tête de candidats acquéreurs.

5. Les éoliennes risquent de vous tomber sur la tête (ou leurs débris)  : faux

Ni les pompiers du Tournaisis, ni les pompiers de Leuze n’ont dû intervenir pour des problèmes consécutifs à des chutes de pales ou à des projection de débris, même par temps de gel (débris de glace). Il y a bien eu une fuite d’huile qui s’échappait d’une turbine en 2012, mais sans conséquences fâcheuses pour l’environnement et la santé.

6. Les éoliennes, un danger pour les animaux  : faux

Nous avons contacté quatre vétérinaires  : deux à Tournai et deux à Leuze, dans le périmètre éolien. Aucun n’a été confronté à des troubles de comportements (peur, nervosité, avortements) ou à des oiseaux déchiquetés, comme l’affirment les opposants. Un fermier de Chapelle-à-Oie sourit lorsqu’on évoque les problèmes avec les animaux. « Mes vaches vont même jusqu’au pied de l’éolienne pour chercher plus de fraîcheur lorsqu’il fait chaud ou pour être davantage au calme », dit Pierre Moulin.

Le propriétaire d’un chien s’est bien plaint, nous a raconté un riverain leuzois  : l’animal ne dormait plus après l’implantation des éoliennes, mais c’était avant un réglage technique. Depuis, le toutou a retrouvé le sommeil.

7. Les éoliennes, un impact désastreux pour l’environnement immédiat : faux

Aucun des riverains interrogés ne dit avoir été gêné par le charroi des camions lorsque furent installées les éoliennes et les fondations en béton. Des voies d’accès ont bien été aménagées, mais elles font plutôt le bonheur des promeneurs et des cyclistes de la région. Les transports Fockedey nous ont même confié que l’aménagement du parc éolien de Leuze a été bon pour « l’image » de la société  : « cela donne l’image d’une société moderne, soucieuse de l’environnement. Cela prouve à nos visiteurs extérieurs que nous nous tournons vers le futur  ».

Notre dossier complet dans notre édition de Nord Eclair de ce jeudi 25 avril 2013