Accusée de 9 meurtres racistes, Beate Zschaepe comparaît dans le plus grand procès néonazi de l’après-guerre

Reporté du 17 avril au 6 mai en raison d’une vive controverse sur l’attribution des places réservées aux médias, le procès doit s’est ouvert devant un tribunal de Munich. Trois journées d’audience sont prévues cette semaine pour ce procès hors normes comparé à celui de la Fraction armée rouge (RAF), dite la «bande à Baader», en 1977. Plus de 600 témoins sont attendus à la barre, et le calendrier des audiences est déjà fixé jusqu’en janvier 2014 mais les autorités judiciaires ont d’ores et déjà averti que le procès irait bien au-delà.

Cinq juges doivent déterminer le rôle joué par la principale accusée, Beate Zschäpe, dans ces meurtres qui ont notamment visé huit Turcs ou personnes d’origine turque entre 2000 et 2006. Quatre autres personnes, accusées de complicité, seront assises à côté d’elle sur le banc des accusés. Le procès se tient dans la capitale de la Bavière car cinq des meurtres ont été commis dans cet Etat régional.

Meurtres, braquages de banques et attentats

Beate Zschäpe, 38 ans, originaire de l’ex-RDA et qui a vécu 13 ans dans la clandestinité, doit répondre de sa participation présumée à neuf meurtres racistes entre 2000 et 2006, et à celui celui d’une policière en 2007. Elle est également soupçonnée d’être impliquée dans deux attentats contre des communautés étrangères et 15 braquages de banque. Elle encourt une longue peine de prison.

Ses deux acolytes, Uwe Böhnhardt (34 ans) et Uwe Mundlos (38 ans), les meurtriers présumés, se sont donné la mort le 4 novembre 2011 alors qu’ils étaient sur le point d’être découverts par la police après un braquage raté. Tous trois formaient la cellule néonazie Clandestinité national-socialiste (NSU) qui disposait de soutiens dans la mouvance extrême droite, active surtout en ex-RDA depuis la Réunification.

«  Incarnation du mal  »

Murée dans le silence depuis qu’elle s’est rendue à la police le 8 novembre 2011, Beate Zschäpe ne compte pas s’exprimer sur les faits reprochés, ont prévenu ses trois défenseurs. L’un d’eux, Wolfgang Stahl, a même dénoncé «l’exécution médiatique» dont serait victime sa cliente, présentée selon lui comme «l’incarnation du mal».

Les avocats des parties civiles ont souhaité que ce procès permette de faire la lumière au maximum sur les circonstances de ces meurtres qui visaient des petits commerçants. Les familles des victimes ont été accusées à tort, et jamais la piste xénophobe n’a, semble-t-il, été explorée sérieusement par les enquêteurs.

«Nous espérons non seulement une condamnation des accusés (...), nous espérons aussi une discussion au sein de la société sur le problème de la violence d’extrême droite et du racisme en Allemagne», a souligné Sebastian Scharmer, l’un de ces avocats.