Naim, 18 ans, de Molenbeek: «J’ai été frappé au commissariat»

Mercredi en début de soirée, un arrachage de sac a eu lieu non loin de la place de la Duchesse de Brabant à Molenbeek. Une patrouille de police entreprend un ratissage dans les environs. C’est lors de cette recherche que les agents aperçoivent Naim et deux de ses amis, dans un hall d’immeuble à l’intersection des rues des Quatre-Vents et Jean-Baptiste Decock. Pendant la fouille du bâtiment, les policiers découvrent le sac à main dérobé et décident d’embarquer les trois jeunes.

Dès le début, Naim clame son innocence. «  Je n’ai même pas remarqué ce sac, j’étais en train d’aider une famille à montrer des courses, quand les policiers sont arrivés. J’ai essayé de leur expliquer que je n’avais aucune idée de ce qu’il se passait. Et ils m’ont répondu de la fermer sous peine de m’en prendre plein la gueule », raconte Naim. Lui et ses deux amis, dont un mineur, sont emmenés au commissariat de police du quai des Charbonnages, où ils sont interrogés.

Dans sa version des faits le jeune homme explique : « Quasiment dès le début, un policier en particulier a commencé à être violent. On était contre le mur, les jambes écartées et il m’a crié dessus que j’étais coupable. J’ai répondu que non. Là, j’ai pris des coups de poing dans les côtes et des baffes. » Pendant plusieurs heures, Naim est détenu et interrogé. «  J’ai reçu énormément de coups. À un moment, j’ai voulu m’asseoir parce que je suis asthmatique. Le policier en question m’a frappé dans les jambes de façon répétée », se souvient Naim, qui depuis lors utilise une béquille pour se déplacer. Et il continue de nier les faits qui lui sont reprochés, malgré la confrontation avec la dame qui s’est fait voler son sac et qui assure le reconnaître formellement. « J’ai essayé d’expliquer aux enquêteurs que c’est sa parole contre la mienne, que je comprenais qu’elle pouvait être sous le coup de l’émotion. Mais, ça n’a fait qu’empirer les choses. J’ai aussi eu droit aux insultes racistes », regrette l’adolescent. « Heureusement, un autre policier est intervenu pour faire cesser les coups  . »

Naim a donc passé la nuit au poste, selon lui sans boire ni manger, avant d’être transféré au parquet de Bruxelles où il sera finalement libéré. «  Le procureur a remarqué que la première description de la dame ne correspondait pas avec moi. Il a également mis en avant le fait que mon casier judiciaire était vierge », continue le Molenbeekois, soutenu par sa grande sœur et qui tente de le conseiller. Ils sont d’ailleurs allés à l’hôpital pour faire constater les hématomes sur le corps de Naim. « Mon frère n’a jamais eu affaire à la justice et ce genre d’attitude de la police est totalement inadmissible. Il est innocent dans cette affaire de vol de sac », s’indigne Karima. Ils sont allés déposer plainte au Comité P pour violences policières.

De son côté, Françoise Schepmans, bourgmestre MR de Molenbeek nous indique être « au courant de cette affaire, j’ai eu un contact avec des proches de la famille. J’ai entendu leur version et j’ai donc prévenu le commissaire. À ma demande, une enquête internet sera diligentée. Je préfère toutefois avoir tous les éléments en ma possession avant de me prononcer. J’espère un retour rapide sur cette affaire dès le début de la semaine prochaine ».

Pour la zone de police, « deux des trois personnes correspondaient au signalement donné par la victime et le sac volé a été découvert dans l’immeuble où se trouvaient les suspects. Le mineur a été relâché et les deux autres mis à disposition du parquet. Le premier est sous mandat d’arrêt, le second a été relaxé », explique Johan Berckmans, porte-parole de la zone Ouest. Concernant les coups, le commissaire soulève que « les agents assurent que tout a été fait dans les règles et démentent les allégations. Et, s’il y a eu des coups, pourquoi n’ont-ils pas été signalés au médecin de garde ? ».

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