«Arab Idol»: le triomphe de Mohammad Assaf redonne une voix aux Palestiniens

Dès la proclamation du vainqueur, opposé en finale à une Syrienne et à un Egyptien lors de cette émission de la chaîne MBC organisée à Beyrouth, des dizaines de milliers de Palestiniens massés devant les écrans géants sont descendus dans les rues, dans un concert de klaxons.

«Félicitations à Assaf qui a relevé la tête de Gaza et de la Palestine», se réjouit Diana Chams, 14 ans, qui a suivi le programme dans un restaurant du front de mer de la bande de Gaza, gouvernée par le mouvement islamiste Hamas.

«Le monde doit savoir que nous sommes pour la paix et que nous aimons la vie, comme tout le monde, pas la guerre et la mort», commente Imad al-Sawirki, venu en famille sur la terrasse d’un hôtel réputé. Son épouse Amani «remercie Assaf qui a uni notre peuple derrière lui».

Dans le quartier de Tall al-Hawa à Gaza, Ibtissam Abou Seif a regardé «Assaf à la maison avec (son) mari et (ses) enfants parce que tous les hôtels et restaurants étaient réservés».

Même les policiers du Hamas qui tentent de réguler la circulation aux principaux carrefours se laissent gagner par la liesse ambiante.

«Nous sommes tous les enfants d’un même pays», souligne l’un d’eux sous couvert de l’anonymat.

«Voter pour Assaf est une sorte de bataille remportée par notre peuple (...), il y a beaucoup de formes de résistance», estime-t-il, alors que le jury a surnommé le candidat palestinien «la roquette».

Les festivités battent également leur plein à Ramallah et dans les grandes villes de Cisjordanie gouvernées par l’Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas.

Sur une des principales places de Ramallah, en Cisjordanie, où des milliers de personnes fêtent bruyamment la victoire de Mohammad Assaf, Naama Ibrahim, qui vit avec son mari et ses quatre enfants aux Etats-Unis, confie n’avoir «jamais éprouvé une telle joie».

«C’est comme une manifestation spontanée dans tout le pays, c’est un tableau de l’unité qu’a dessiné l’artiste Mohammad Assaf», se félicite-t-elle.

«Brandis le keffieh»

A Jérusalem-Est occupé et annexé par Israël, les klaxons des voitures remplies de Palestiniens faisant le V de la victoire ont retenti devant les murs de la Vieille ville. Mais la fête a été un peu gâchée par des heurts entre jeunes Palestiniens et policiers israéliens, qui ont procédé à des arrestations.

Un porte-parole de l’armée israélienne, qui impose un blocus à la bande de Gaza, a félicité Mohammad Assaf sur son compte Twitter.

Doté d’une voix exceptionnelle, le jeune homme de 23 ans, né à Misrata (Libye) mais habitant à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, a encore fait fondre le jury et l’assistance, lors de sa dernière prestation vendredi soir.

Il a conclu en interprétant une célèbre chanson patriotique, «Alli al kouffia»(«Brandis le keffieh», le foulard traditionnel immortalisé par le défunt président Yasser Arafat).

Si le Hamas a manifesté peu d’enthousiasme de voir un enfant du pays s’illustrer dans un registre fort peu islamique, l’Autorité palestinienne ne lui a pas ménagé son appui moral.

Le président Mahmoud Abbas a téléphoné à Mohammad Assaf pour l’encourager. Et son ministre des Affaires religieuses Mahmoud al-Habbache a désavoué le mufti de Naplouse (Cisjordanie) qui estimait contraire à l’islam de regarder «Arab Idol» ou de voter pour les candidats, comme l’ont fait de très nombreux Palestiniens en faveur de Mohammad Assaf.

Et la direction du Hamas elle-même a fini par se rallier à l’engouement populaire. Un député du mouvement à Gaza, Yehia Moussa, a salué «une étoile palestinienne prometteuse, Mohammad Assaf», sur sa page Facebook, affirmant qu’il «représente la Palestine et son peuple endurant. Il est l’ambassadeur d’une juste cause».

Aussitôt le résultat connu, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) a annoncé pour sa part qu’elle avait nommé Mohammad Assaf comme son premier ambassadeur pour la jeunesse dans la région.