Affaire Lejeune-Martin: la réponse de Sudpresse

Mais d'emblée, nous tenons à rassurer nos lecteurs. Sudpresse pense plus que jamais n'avoir commis aucune faute journalistique. Mieux, si le même cas de figure devait se représenter demain, nous agirions exactement de la même manière, dans l'intérêt de nos lecteurs et de la libeté d'informer, n'en déplaise au CDJ.

Car si nous respectons l'avis rendu par le CDJ, nous ne le partageons absolument pas. D'ailleurs, il est important de souligner - fait assez rare - que trois membres éminents de la commission amenée à trancher sur le litige ont refusé de suivre l'avis majoritaire, estimant que Sudpresse n'avait commis aucune faute déontologique. Car la vérité a ses droits qu'il nous revient de rétablir. Ils ont même insisté pour que leur avis figure dans le document officiel.

Tout d'abord, l'avis confirme que Sudpresse n'a pas utilisé des moyens illicites pour écouter des passages de la médiation entre Michelle Martin et Lejeune. Aujourd'hui, même si le CDJ a du mal à l'admettre franchement, l'explication du coup de fil involontaire du médiateur qui rappelle notre rédaction en faisant une fausse manœuvre, est admise comme la seule et véritable explication. Je peux en attester, je me trouvais à la réaction ce soir là et j'ai suivi tout le cheminement de cet appel.

Sur ce point-là donc, on donne raison à Sudpresse. Il va sans dire que si Sudpresse devait porter plainte devant le CDJ contre tous ceux - dont quelques confrères - qui ont colporté sur les réseaux sociaux les théories les plus abracadabrantesques sur le sujet- micros cachés, argent versé à des médateurs,... - l'agenda de ces braves membres du CDJ serait plein pour les dix prochaines années.

Autre élément troublant, le CDJ nous donne tort car les informations publiées n'ont pas, à son estime, un intérêt général. Est-ce à dire que si Michelle Martin et Jean-Denis Lejeune avaient évoqué des faits graves, on aurait alors pu "violer" leur intimité... Selon l'avis, cette médiation est un fait privé qui, contrairement à un huis-clos ministériel, par exemple, n'a pas d'impact sur la vie publique. Ah bon? C'est oublier un peu vite que l'affaire Dutroux-Martin a non seulement traumatisé l'opinion publique belge, mais qu'elle a aussi été le moteur d'une foule de réformes dans les domaines de la police et de la justice. D'ailleurs, la libération conditionnelle de Michelle Martin a relancé le débat politique sur le dossier. Vous avez dit privé?

Mais l'essentiel n'est pas là. Le plus grave, dans l'avis du CDJ, c'est le mauvais message envoyé aux journalistes, particulièrement aux plus jeunes, qui constitue une entrave nette à la liberté d'informer, notamment dans des domaines aussi sensibles que le fait divers, l'actualité judiciaire ou même le monde économique. Si l'on en croit l'avis du CDJ, toute violation du secret de l'instruction sera désormais considérée comme une faute déontologique... Et si un vent favorable dépose sur le bureau d'un journaliste une déclaration fiscale ou les statuts d'une société off-shore d'un citoyen belge, ce sera aussi une violation de la vie privée? Soyons sérieux, personne ne pense que les journalistes vont se priver à l'avenir de telles sources. Petite anecdote, au moment d'écrire ces lignes : ce mardi, je me trouvais pour les besoins d'un reportage aux Etats-Unis, le pays où le journalisme d'investigation a écrit ses plus belles pages, notamment en ayant accès à des documents et conversations confidentielles. Le collègue texan à qui je tentais d'expliquer la petite polémique soulevée par le CDJ a failli s'étrangler en buvant son café...

Car il va de soi que l'avenir de la presse écrite va se jouer, dans les prochaines années, dans la qualité des enquêtes, des exclusivités, des scoops que les journalistes iront chercher loin des sentiers battus politiquement corrects et des informations purement institutionnelles, qui plaisent à un quarteron d'initiés, mais pas au grand public.

Mais bon, je suis résolument optimiste et je pense que la majorité des journalistes belges continuera à bien faire son bulot, malgré les obstacles placés çà et là par quelques bien-pensant. Car, avouons-le: nous n'avons aucun élément officiel pour étayer notre sensation, mais cet avis du CDJ a comme un air de petit règlement de comptes. Certains auraient-ils voulu se payer Sudpresse? Pas impossible. Car dans certains cercles, notre journal dérange. Diantre, un journal wallon, populaire, régional, qui sort des exclus à répétition, qui trône au sommet des ventes de journaux et des visites de son site internet, ça peut faire des jaloux, non?

Mais, répétons-le, nos lecteurs n'ont aucun souci à se faire. Demain, comme hier, notre rédaction se battra pour leur offrir chaque jour le meilleur journal, celui qui ose aller chercher l'info où elle se trouve. Tout simplement.