Cinquantenaire: l’inscription «L’Arabe esclavagiste» ne reviendra pas sur le Monument du Congo

L’inscription « L’Arabe esclavagiste » ne reviendra pas. Sur le Monument du Congo (ou aux Pionniers belges du Congo), installée au Cinquantenaire depuis 1921, la mention qui fait polémique depuis au moins trente ans et régulièrement grattée par des inconnus ne sera pas comblée. C’est ce qu’annonce le ministre-président Rudi Vervoort (PS), par ailleurs en charge des Monuments et Sites. Interrogé dans une question écrite de la députée Open VLD Carla Dejonghe, celui-ci a affirmé qu’à « l’heure actuelle, il ne semble pas envisagé de restituer les inscriptions originelles », seul un traitement qualifié de « discret » des lacunes sera plaidé.

On l’a dit : cette œuvre d’art réalisée par Thomas Vinçotte, situé entre la mosquée du Cinquantenaire et la plaine du Chien vert, divise, bien qu’il faille la replacer dans son contexte de l’époque, lorsque le Congo était une possession belge. Le monument, assez imposant, représente des soldats belges et des « noirs », les premiers venants au secours des seconds notamment face aux Arabes qui pratiquaient à l’époque le commerce des esclaves. D’ailleurs, on peut voir un militaire écraser la tête d’un homme enturbanné. Au-delà des allégories, autour de la vasque centrale, ce sont les bienfaits de la colonisation que veulent rappeler la frise, les sculptures et les inscriptions. Comme cette citation de Léopold II : «  J’ai entrepris l’œuvre du Congo dans l’intérêt de la civilisation et pour le bien de la Belgique  ».

Les premières protestations officielles remonte à 1988, suite à une plainte de la Ligue arabe. En 1992, après plusieurs « attentats » sur l’œuvre, le Cercle des anciens Officiers des Campagnes d’Afrique fait restaurer l’inscription « l’Arabe esclavagiste ». Avant de nouveaux effacements. Et un retour, tantôt en marbre, tantôt au feutre.

Pour la députée Carla Dejonghe, le passé colonial fait partie de l’histoire de la Belgique, il n’est pas à cacher, et « il est inacceptable de voir que depuis déjà des années, le monument se trouve dans un état préoccupant. » Car outre les lettres grattées, « le pied de l’homme représentant le fleuve Congo a disparu et des pierres se détachent à différents endroits ».

Le parc et ses monuments ayant déjà été restaurés voici peu par Beliris (Accord de coopération Etat fédéral-Région bruxelloise), il n’est envisagé à ce stade aucune autre campagne de travaux. « La responsabilité de la parfaite conservation de ce monument incombe à Bruxelles Environnement, gestionnaire du parc », rappelle Rudi Vervoort. « La Direction des Monuments et Sites prendra contact avec Bruxelles Environnement pour insister sur la nécessité d’un entretien régulier et éventuellement d’un gardiennage adapté. ».

Mohsin Mouedden, vous êtes acteur associatif bruxellois, auteur d’un ouvrage sur les printemps arabes et vous connaissez bien l’histoire de l’esclavagisme. Votre avis ?

« Je pense qu’il faut que nos enfants puissent avoir un accès direct à l’histoire et donc aux pages sombres qu’a connu notre pays. Par conséquent, les monuments (comme les boulevards, serres, ponts, etc.) construit grâce aux richesses spoliées du Congo font partie directement de notre histoire. C’est un peu comme l’album TINTIN qu’un Congolais voulait « interdire » car il tombait dans un paternalisme colonial… »

Donc il faut remettre l’inscription polémique sur le monument…

« Le monument doit à mon sens être réhabilitée avec son inscription d’origine. Mais en y ajoutant un panneau explicatif permettant de prendre ses distances avec ce pan sombre de notre histoire. Là aussi, il faut faire preuve de pédagogie, afin que nos enfants aient tous les éléments en main pour tourner la page et écrire une page plus glorieuse qui va dans le sens de la dignité humaine. »

Pourquoi êtes-vous d’accord avec l’inscription « Arabe esclavagiste » ?

« D’abord, parce qu’il y a une réalité qu’il est difficile pour moi d’écarter, et en tant que Belge et Arabe. J’ai même un devoir critique, que de dénoncer les politiques esclavagistes mises sur pied par ces riches arabes, comme c’est mon devoir de citoyen que de condamner la colonisation du Congo par mon pays. L’Occident a été le plus grand esclavagiste de l’histoire… La traite transatlantique est unique de par sa violence et son nombre. Voir les Belges se servir de la traite arabe, alors qu’ils n’ont cessé d’exploiter, d’humilier, de couper les mains par exemple des esclaves sous autorités belges lorsque ces derniers fuyaient est réellement surréaliste. »