Mouscron: Euromotte Filature, la Région attaque

Nous sommes au milieu des années 90 et le textile européen va mal, très mal. La concurrence des marchés asiatiques freinent les commandes et les entreprises textiles de la région périclitent les unes après les autres.

A l’époque, la société Euromotte employait encore 230 personnes mais elle a fini par être déclarée en faillite en 1994. Mais Zorro est arrivé, sans se presser, car la cession des actifs de la société Euromotte à la société EM Filatures a duré 18 mois !

Zorro, c’est Filip Verbeke, un homme d’affaire à plusieurs casquettes considéré comme le Bernard Tapie belge ou le wonder-boy du textile (voir ci-dessous). L’homme est à la tête du groupe Verbeke qui dispose de plusieurs filiales dans le textile des deux côtés de la frontière, dont la société EM Filatures. Pour sauver un maximum d’emploi, l’homme est allé frapper à la porte du ministre-président de la Région wallonne, Robert Collignon (PS).

La négociation sur le montage financier a été longue et la Région wallonne a été à deux doigts de renoncer. Finalement, la Région wallonne, via la Sowagep qui détenait déjà 25% du capital d’Euromotte, a accepté d’investir 75 millions de francs belges (1.859.201,64 euros) dans l’affaire. La Région détenait alors 49% du capital d’EM Filatures.

Mais le mariage n’a pas duré. Un an plus tard, en novembre 1996, la Sowagep déposait une plainte avec constitution de partie civile contre Filip Verbeke et ses beaux-frères, François et Laurent Van Damme pour détournements de fonds. Filip Verbeke était accusé d’avoir vampirisé l’entreprise EM Filatures, dès juillet 1995, au profit de son groupe français, via sa société EM Services qui, au final, ne finançait plus EM Filatures, mais était financée par sa sœur belge. Mais entre-temps, l’empire Verbeke avait disparu et EM Services était vidée de ses actifs. Du coup, la faillite d’EM Filatures n’a pu être évitée.

Filip Verbeke, son épouse Sophie Van Damme, et les deux frères de cette dernière ont été poursuivis pour escroquerie devant le tribunal correctionnel de Tournai. L’affaire a été plaidée en 2007 et les prévenus ont bénéficié de la prescription de l’action publique, le 6 septembre 2007.

Mais selon l’avocat désigné pour représenter les intérêts de la Région wallonne, le jugement avait déclaré que la constitution de partie civile de la Région wallonne était recevable. Dès lors, s’estimant avoir été trompée, la Région réclame le remboursement de son investissement, soit 1.859.201,64 euros, ainsi que les indemnités de procédure estimée à 33.000 euros.

Du coté de la défense des consorts Verbeke et Van Damme, on estime que l’action lancée sur le volet civil par la Région wallonne est irrecevable. « Tout le monde a perdu dans cette histoire mais la Région wallonne joue les mauvaises perdantes », estime l’avocat des consorts Van Damme. « La Région wallonne a investi de l’argent dans un projet risqué vu le contexte de la crise du textile en Europe à l’époque».

Filip Verbeke aurait centralisé toute sa trésorerie pour alimenter ses filières en évitant d’ouvrir des crédits. Son avocat estime que la partie civile n’apporte pas la preuve de la manœuvre frauduleuse et rappelle que la Région, qui avait mandaté un réviseur d’entreprise en 95, avait approuvé les comptes en 1996. « Le rapport du réviseur a été déposé en 1997, peu avant la faillite d’EM Filatures. Elle n’avait donc pas connaissance de tous les mouvements comptables », a rétorqué l’avocat de la Région wallonne.

Fin probable de cette saga le 19 décembre.