Les chefs du renseignement britannique nient procéder à des pratiques d’espionnage (vidéo)

Pendant une heure et demie, les chefs du MI5 (sécurité intérieure), MI6 (renseignement extérieur) et du GCHQ, le pendant britannique de la NSA américaine, ont défendu leur travail, « proportionné » face aux menaces.

Leur audition était retransmise pour la première fois à la télévision, avec un décalage de deux minutes dans le but d’éviter toute révélation intempestive.

« Les fuites de Snowden ont été très préjudiciables, elles ont mis en danger nos opérations », a accusé le chef du MI6, John Sawers. « Nos adversaires et nos ennemis se frottent les mains de joie. Al-Qaïda se délecte », a-t-il ajouté.

À ses côtés, le chef du GCHQ, Iain Lobban, a expliqué que ses services captaient des « discussions quasi-quotidiennes » de « groupes terroristes au Moyen-Orient, en Afghanistan et ailleurs » à propos des révélations d’Edward Snowden sur l’ampleur de la surveillance menée par les États-Unis et le Royaume-Uni.

Ces groupes discutent des moyens d’abandonner des modes de communication « qu’ils perçoivent aujourd’hui comme vulnérables », a-t-il ajouté.

Le chef du GCHQ a par ailleurs démenti toute surveillance à grande échelle de la population britannique.

« Nous ne passons pas notre temps à écouter les appels téléphoniques ou à lire les e-mails de la majorité (de la population), de la vaste majorité, ce serait disproportionné, ce ne serait pas légal, nous ne le faisons pas », a assuré Iain Lobban.

Andrew Parker, directeur général du MI5, a également rejeté l’idée que l’action de ses services « puisse compromettre d’une manière ou d’une autre la liberté et la démocratie ».

« Bien évidemment nous pensons que c’est tout le contraire. Le travail que nous effectuons est proportionné, du point de vue de la nécessité de protéger (la population) face aux menaces », a poursuivi le chef du MI5, jugeant également « proportionné » le budget annuel de son service, de 2 milliards de livres (2,4 milliards d’euros).

Les budgets des trois agences représentent 6 % du budget de la Défense britannique, a-t-il également précisé.

Il a estimé que le « terrorisme touristique », c’est-à-dire les Britanniques qui partent à l’étranger recevoir un entraînement terroriste avant de rentrer au Royaume-Uni pour préparer des attaques, était « une tendance très importante », en hausse du fait de la Syrie. Il a estimé à « quelques centaines » le nombre d’habitants du Royaume-Uni qui se rendent dans ce pays pour participer aux combats. Il a aussi rappelé que « 34 complots terroristes » avaient été déjoués depuis les attentats particulièrement meurtriers du 7 juillet 2005 à Londres.

Le chef du MI6 a par ailleurs fermement démenti tout usage de la torture de la part d’agents britanniques.

« Nous disons clairement que nous n’agissons que dans le cadre de la loi », a insisté John Sawers. « Nous ne participons, n’encourageons ni ne tolérons les mauvais traitements ou la torture, c’est (un principe) absolu », a-t-il assuré. De même que les agents n’opèrent pas seuls sur le terrain « à la manière de James Bond », a-t-il dit.

Il a identifié « Al-Qaïda et ses très nombreuses ramifications » comme la plus grosse menace pour la sécurité du Royaume-Uni.

L’affaire Snowden, dont les révélations ont alimenté de nombreux articles depuis ces derniers mois, a été l’occasion de confirmer l’étroitesse des liens en matière de renseignement unissant depuis l’après-guerre les États-Unis à la Grande-Bretagne, son principal allié, mais aussi à l’Australie, au Canada et à la Nouvelle-Zélande.

Parmi les révélations les plus significatives concernant le GCHQ figurent celle selon laquelle cette agence est en partie financée par les États-Unis, à hauteur de 100 millions de livres sur les trois dernières années, et celle portant sur un vaste programme d’écoutes britanniques baptisé « Tempora » qui disposerait d’un budget d’un milliard de livres (1,19 milliard d’euros) pour surveiller les communications dans le monde entier.

Cette semaine, le quotidien Independent a indiqué que des documents transmis par Snowden et des photographies aériennes « suggéraient » que le Royaume-Uni avait un système d’écoutes secrètes installé sur le toit de l’ambassade britannique à Berlin. Les États-Unis sont, eux, notamment accusés d’avoir espionné le téléphone portable d’Angela Merkel.