Mons-Borinage: les «cadeaux» de l’Etat fédéral aux pompiers

Joëlle Milquet, la ministre de l’Intérieur, est récemment venue à Jurbise tenter de rassurer les communes hennuyères. Avec des chiffres flatteurs. Sur notre zone de secours, nommée Hainaut centre, la dotation fédérale sera doublée d’ici deux ans, quadruplée ensuite ! Oui, mais…

La future zone de secours Hainaut centre rassemblera dix services d’incendie actuellement séparés et couvrira 32 communes : Mons-Borinage, Hauts-Pays, Jurbise et Lens, La Louvière et toute la région du Centre, Enghien, Silly, Brugelette et Chièvres. Elle sera pilotée de Mons.

Quand on dit que les dix casernes de pompiers qui couvrent ces 32 communes sont actuellement séparées, ce n’est plus tout à fait exact. La réforme des services d’incendie, imaginée après la catastrophe de Ghislenghien, a commencé à se mettre en branle, lentement, en 2009/2010. La « pré-zone » Hainaut centre a vu le jour officiellement l’année dernière. Elle doit parachever sa mutation en « zone » pour 2015, comme toutes les zones de Wallonie et de Flandre. Qui peuvent prendre l’avance et devenir zones dès 2014 si elles le souhaitent, a souligné la ministre lors de sa visite à Jurbise. Mais cela semble peu vraisemblable pour Hainaut centre.

La pré-zone Hainaut centre a reçu de l’Etat fédéral une dotation de 1,2 million d’euros en 2012, et de 1,7 million en 2013. La dotation sera de 1,8 million en 2014. En 2015, année de passage obligatoire en « zone », la dotation bondira à 4,8 millions. Elle atteindra son montant complet en 2016 : 6,4 millions par an.

Ces sommes et ces augmentations vont semblent impressionnantes ? Il faut tout de même les remettre en perspective. Prenons la dotation de cette année : 1,7 million. C’est à peine 5% du coût total (35 millions), assumé pour l’essentiel par les communes, que représentent les dix casernes de Hainaut centre.

Et puis, l’argent supplémentaire ne peut pas être affecté à n’importe quoi. « L’argent de la dotation est destiné à mettre en œuvre la réforme. On ne peut pas le dépenser pour couvrir des frais de fonctionnement ou des besoins de base », explique le capitaine Daniel Jonas, coordonnateur de la pré-zone Hainaut centre. Pas question de payer les salaires avec, alors ? « Seulement s’ils correspondent à des engagements supplémentaires répondant aux exigences de la réforme.»

Ainsi, la pré-zone Hainaut centre a mis sur pied un bureau zonal de prévention pour lequel elle a engagé trois ingénieurs ; un quatrième sera engagé l’année prochaine. Sa mission sera d’aider les communes en matière de prévention (pour l’octroi des permis d’urbanisme, par exemple). Du matériel sera aussi acheté. « On a prévu d’acquérir des équipements de protection individuelle : casques, vestes de classe 3, détecteurs de gaz, chasubles… Le tout pour les 700 pompiers de la zone », dit encore le capitaine Jonas.

La pré-zone doit encore prendre beaucoup de décisions sur sa manière d’intervenir. En combien de temps maximum les pompiers doivent-ils arriver sur les lieux d’un sinistre, par exemple. Dans certains domaines, la réforme fédérale impose des normes plus sévères que celles actuellement appliquées par certains services d’incendie. Exemple : 1 caporal + 3 hommes + une auto-pompe pour intervenir sur un feu de véhicule, quand les services se contentent actuellement d’envoyer 1 caporal + 2 hommes.

« La charge de travail et les défis à relever sont énormes, souligne le capitaine Jonas. On va gérer 700 personnes (300 pompiers professionnels et 400 volontaires), 10 postes de secours et leurs bâtiments, 150 véhicules, la facturation de 29.000 courses d’ambulance… »