Abdelhakim Dekhar, placé en garde à vue mercredi, est bien le tireur fou de Paris

Après des jours d’une traque fiévreuse, la police française a arrêté dans la nuit de mercredi à jeudi le tireur présumé du quotidien Libération, un homme au profil trouble condamné il y a presque vingt ans dans une affaire retentissante où cinq personnes avaient péri.

Retrouvé «semi-inconscient» mercredi soir dans une voiture garée dans un parking près de Paris, sans doute après avoir pris des médicaments, le suspect a été placé en garde à vue médicalisée. «Tout semble montrer qu’il a tenté de se suicider», a expliqué le ministre français de l’Intérieur, Manuel Valls.

«Tous les faits aujourd’hui démontrent son implication», a déclaré M. Valls. Les résultats de l’analyse ADN ont montré que le suspect arrêté était bien celui qui avait blessé grièvement un assistant photographe en ouvrant le feu dans le hall du quotidien Libération. Il s’était également introduit armé au siège de la chaîne d’informations en continu BFM TV et avait tiré sur la tour d’une banque dans un quartier d’affaires de la banlieue de Paris.

Il a été trouvé grâce au témoignage d’un homme qui l’hébergeait de temps en temps et qui a eu des «doutes» et des «inquiétudes», a raconté Christian Flaesch, le patron de la Police judiciaire. Il lui aurait confié, en évoquant l'affaire du tireur, «  j'ai fait une connerie », a confié une source proche de l’enquête.

Son arrestation met fin à plusieurs jours d’une longue traque qui a mobilisé toutes les forces de police de l’agglomération parisienne. Des centaines de personnes avaient répondu à l’appel à témoin lancé par la police grâce à des photos tirées des enregistrements de vidéo-surveillance.

Changement de vêtements

Avant cette confirmation par l’ADN, les enquêteurs étaient déjà persuadés d’avoir affaire au même homme, y compris pour l’agression de vendredi au siège de BFMTV, au cours de laquelle l’homme n’avait toutefois tiré aucun coup de feu.

En revanche, il n’y a pas eu « d’identification à ce stade du tireur via le Fichier national des empreintes génétiques (FNAEG) » créé en 1998 et qui compte aujourd’hui quelque 2.130.000 profils, a précisé le procureur de Nanterre.

Depuis l’appel à témoin et les premières images du suspect diffusées lundi par les enquêteurs, des centaines de témoignages ont été recueillis par la police. Une photo, plus nette que les précédentes, a été diffusée mardi après avoir été extraite des images de vidéosurveillance de la RATP. Le suspect au visage rond y apparaît de face, bonnet enfoncé sur le front et bouche entrouverte.

Sur cette image, prise après l’attaque contre Libé, il s’est changé, troquant sa doudoune sombre sans manches du matin pour une veste rouge à col noir. Cela a fait dire aux enquêteurs qu’il s’agissait d’un « malin » qui « connaît sans doute les codes de la bonne cavale », selon une source policière.

Des experts évoquent un homme déterminé, solitaire et organisé, au comportement plus rationnel qu’il n’y paraît au premier abord. Âgé de 35 à 45 ans, de type européen, et mesurant entre 1,70 m et 1,80 m, l’homme a surgi lundi matin à Libération armé d’un fusil à pompe à crosse et canon sciés, de calibre 12, un calibre très courant qui peut recevoir indifféremment des munitions Brenneke (chasse au sanglier) et/ou des munitions contenant des chevrotines.

Hollande salue l’efficacité de la police

Dans un communiqué, le président François Hollande a salué «l’efficacité des services de police et de justice». Le patron de Libération, Nicolas Demorand, a fait part de son «soulagement immense».

Selon le ministre de l’Intérieur, «un ou des courriers» d’Abdelhakim Dekhar ont été retrouvés. Selon les enquêteurs, il s’agit d’écrits «assez confus» pour expliquer son «pseudo-geste». Rien ne permet, selon eux, à ce stade d’établir que le tireur présumé a agi par «motivation politique».

La chaîne d’informations BFMTV évoque une lettre «délirante», «un charabia» dans lequel le tireur présumé parle de la Libye, de la Syrie et de la situation dans le monde arabe.

Agé de 48 ans et né dans l’est de la France, Abdelhakim Dekhar avait été condamné en 1998 dans une des affaires les plus retentissantes des trente dernières années.

Surnommé Toumi à l’époque, il avait été condamné à quatre ans de prison en 1998 pour avoir acheté le fusil à pompe qui avait servi à l’équipée sanglante du couple Florence Rey-Audry Maupin, qui avait fait cinq morts, dont trois policiers, le 4 octobre 1994 à Paris.

Cheveux courts et lunettes à la Malcom X, il était au début des années 90 un habitué des squats fréquentés par les groupuscules anarchistes et d’extrême gauche, souvent sous étroite surveillance policière.

Lors du procès, Abdelhakim Dekhar, alors âgé de 33 ans, avait vainement tenté de persuader la cour qu’il était un agent en mission de la Sûreté militaire algérienne, chargé d’infiltrer les milieux autonomes pour en débusquer d’éventuels intégristes. Condamné exactement à la durée de sa détention provisoire, il avait été libéré dans la foulée.

Il est «probablement» parti à l’étranger» sur la période qui a suivi, selon Manuel Valls, mais son parcours et ses motivations restent largement inconnues. Les enquêteurs devront aussi déterminer «pourquoi il n’était pas sur les fichiers qui auraient pu permettre de l’identifier».

Le profil génétique du tireur parisien avait été établi grâce à l’ADN détecté sur plusieurs scènes de crime depuis le début de la semaine.

Le jeune assistant photographe qu’il a blessé au thorax et à l’abdomen lundi à Libération «va bien», selon Nicolas Demorand. Soigné dans un hôpital parisien, il est «définitivement maintenant du côté de la vie».