«J’ai été frappé pour tous les grévistes du TEC», raconte Michel, chauffeur de la ligne privée 73 Liège-Glons

Jeudi et vendredi, seuls quelques bus circulaient dans le centre de Liège. Des bus qui roulent pour le compte d’une compagnie privée, sous-traitée par le TEC. Ces chauffeurs, eux, n’ont donc pas pris part à la grève sauvage qui a paralysé de nombreux Liégeois.

Mais ils en ont essuyé les griefs de la part de navetteurs peu enclins à la compréhension. Michel Limbioul (44 ans), un chauffeur d’une compagnie privée de Rocourt, en a fait les frais... Vendredi, vers 16h, il était le seul bus en ordre de marche sur la place Saint-Lambert.

« Je travaille sur la ligne 73, qui relie Liège à Glons  », confie cet habitant de Remicourt, près de Waremme. « Entre mon point de départ et mon terminus, il y a environ 17 kilomètres. C’est une fameuse trotte pour les gens qui doivent rejoindre Glons à partir de la cité Ardente. »

Pour cette raison, son bus à peine stationné a été pris d’assaut par les navetteurs qui attendaient désespérément de pouvoir rentrer chez eux. « Il était un peu plus de 16h. J’ai mis environ 4 à 5 minutes avant de pouvoir fermer les portes de mon bus. Il ne pouvait pas être plus rempli ! »

Michel n’a pas pu prendre tout le monde en charge. Une trentaine de navetteurs désespérés sont restés sur le carreau... « Et s'il est dommageable de ne pouvoir aider les gens de Glons à rentrer chez eux après leur journée de travail, il est pire encore de devoir laisser dans la nature des enfants, nombreux à rentrer de l'école à cette heure-là. »

Ainsi, quand une dame montée à bord de son bus sonne pour s’arrêter au prochain arrêt situé 200 mètres plus loin, son sang ne fait qu’un tour. « Vous vous rendez compte que dans mon bus, elle a pris la place d’une personne qui devait peut-être se rendre à plusieurs kilomètres de la place Saint-Lambert... alors qu’elle n’avait que 200 mètres à faire à pied ! »

Les 200 mètres, elle les fera quand même ! Michel ne s’arrête pas... « La dame, qui se trouvait dans le fond du bus, a alors remonté la file jusqu’à moi. Elle a commencé à m’insulter, à me dire qu’à cause de gens comme moi, ça fait deux jours qu’elle ne pouvait pas travailler, à me traiter de pourri, à me menacer de me casser la gueule (sic). Mais moi, je n’ai pas fait grève. J’aurais bien voulu lui expliquer mais elle ne me laissait pas en placer une, et je suis d’un tempérament plutôt calme. »

Michel décide alors de s’arrêter, et de laisser descendre cette passagère remontée à l’arrêt suivant. « Au moment de descendre, elle m’a frappé au visage ! Je suis resté paf... Puisqu’il n’y a pas de caméra de surveillance dans le bus, ni de vitre de protection, j’étais vulnérable. Sur le moment même, avec l’adrénaline, je n’ai rien senti. J’ai continué ma route et petit à petit, la douleur s’est amplifiée. J’étais sous le choc. En 16 ans de carrière, je n’avais jamais été agressée. J’ai poursuivi mon chemin mais à un moment donné, j’ai sonné à mon employeur pour lui dire que j’étais à bout... Je suis allée à l’hôpital de la Citadelle où le scanner a révélé des contusions. Samedi matin, je suis allé déposer plainte auprès de la police de Waremme. Je n’ai pas fait grève, mais j’ai l’impression d’avoir été frappé pour tous les grévistes... » Michel Limbioul est en incapacité de travail jusqu’au 8 décembre. Sa passagère au sang chaud court toujours....