Péronnes: «elle m’a fait un coup à la DSK»

Pierre Vincent est un personnage, une vraie figure à Antoing et ses environs. Ce tenancier de bistrot a pas mal roulé sa bosse, mené quelques affaires et jusqu’il y a encore trois mois, voyait pas mal de monde défiler dans son café des pêcheurs, un lieu de rendez-vous connu dans le village de Peronnes (Antoing). L’homme qui connaît pas mal de monde ne manque pas d’amis. Mais d’ennemis non plus. On l’a vu plusieurs fois avec des femmes plus jeunes que lui, étrangères, il aime les femmes (il ne s’en cache pas) et les bars privés où l’on en rencontre, il a une ou deux affaires qui tournent à peu près, il lui arrive de faire bosser des amis au black (d’où un contrôle sanctionné de l’ONSS), il paie des coups en ville, il est passionné de vieilles voitures de sport et il a fils (Samuel Vincent) dans la politique locale… Bref il en crispe certains et fait l’objet de commentaires et de jalousies. Mais rien de bien anormal là jusqu’ici. Sauf que l’homme en septembre 2012 a rencontré une femme et que très vite les choses sont comme on dit parties en vrille. Celle-ci a déposé plainte contre lui et l’accuse de viol et séquestration. Selon elle, l’homme est un « pervers, un monstre  ». Pierre Vincent lui a une toute autre version et affirme qu’il est victime d’une magouille et d’une véritable opération d’extorsion de fonds : « elle n’a pas de papiers, elle veut un titre de séjour et mon argent et est prête à tout pour ça ! ». Récit…

Cette femme que nous appellerons Abana (lorsque nous l’avons contactée, celle-ci nous a dit préférer garder l’anonymat) est arrivée chez Pierre Vincent en septembre 2012 via le circuit des petites annonces. Abana, originaire de Guinée, débarquait alors de Charleroi où pas grand-chose, à part les galères et les mauvais plans, ne la retenait. Elle voulait un job de serveuse. « Elle est arrivée, je lui ai expliqué le boulot, elle a accepté de suite, raconte Pierre Vincent. Ensuite, comme elle n’avait nulle part où dormir, je lui ai proposé de vivre dans une partie de l’immeuble. Et là, très vite, on s’est retrouvé ensemble au lit… ». Un couple s’est alors formé. Pierre Vincent qui avait alors 65 ans trouvait une jeune femme de 24 ans qui le comblait d’un point de vue conjugal et donnait un coup de main au café. Sauf qu’aujourd’hui, Abana est loin de présenter cette vision des choses aux enquêteurs de police qu’elle est allée rencontrer fin août dernier. « Il m’a séquestrée et forcée à travailler comme une esclave tôt le matin jusque tard le soir, nous raconte-t-elle. Et la nuit, il me rejoignait et me forçait à avoir des relations sexuelles avec lui. C’est l’enfer que j’ai vécu !  ». La parole de l’un contre celle de l’autre… Une série d’auditions a eu lieu et une instruction a même été ouverte par la juge Bastin au Parquet de Tournai. Mais jusqu’ici, Pierre Vincent ne fait l’objet d’aucune inculpation. La preuve selon lui qu’il n’aurait non seulement rien à se reprocher mais qu’en plus il serait au contraire dans cette affaire la vraie victime. « Petit à petit, j’ai vu arriver toute sa famille dans ma maison. Je n’étais plus tout à fait chez moi. Des cousins, des mais débarquaient sans cesse. Un des cousins, ou petit frère je ne sais plus, d’Abina est un jour arrivé au volant de ma voiture : il avait à peine 16 ans et s’était emparé de mes clés. J’ai dû aider sa famille au pays et fait toute une série de virements d’argent liquide via Western Union (Ndlr, documents que nous avons pu consulter). J’ai mis du temps à comprendre que je me faisais avoir. Vous savez, une fois, elle s’est vantée d’être du même village que l’arnaqueuse qui a eu DSK, Nafissatou Diallo, quelque part dans la banlieue de Conakry. Eh bien, je pense bien qu’à son échelle, elle m’a fait un coup à la DSK et veut me prendre aujourd’hui tout ce que j’ai ». Ces explications ont pour l’heure l’air de convaincre les enquêteurs car aucune inculpation en trois mois d’instruction judiciaire n’est encore tombée à l’encontre du bistrotier de Péronnes. Selon nos sources judiciaires, la thèse du viol et de la séquestration manquerait d’éléments tangibles. « Honnêtement, regardez-moi. J’ai 66 ans, je ne suis pas très balaise et regardez-la. Elle est grande, pas très fine et ultra tonique. Je n’aurais jamais été capable de la contraindre à quoi que ce soit ». Selon Pierre Vincent, Abana aurait même agressé plusieurs de ses clients au café, dont l’un à coups de batte de baseball… La police d’Antoing où des plaintes auraient à ce sujet été déposées a refusé de confirmer ou d’infirmer ces allégations. La victime supposée n’a pas souhaité nous rencontrer mais nous a réellement laissé entendre que la vérité serait toute autre. Selon elle, Pierre Vincent serait un proxénète à la solde de Dodo la Saumure : « je me suis retrouvée à la rue car j’ai refusé de travailler dans les bordels. Cet homme est un monstre qui a toujours fait travailler des femmes, des Roumaines, des Chinoises et puis moi… Je ne me laisserai pas faire ». En attendant que l’instruction se ferme, sur un non-lieu ou sur un procès, la jeune femme peut bénéficier d’un statut particulier qui l’autorise, malgré une absence de papiers, à rester sur le territoire belge. Elle est actuellement hébergée chez un ex-client du café des pêcheurs et nous dit espérer que la justice belge fasse vite son travail. Idem pour Pierre Vincent qui en a assez de croiser le regard suspicieux de certains de ses concitoyens.