Hommage à Mandela: le stade se vide à l’intervention du président Zuma (vidéos)

La pluie battante qui tombait sur Johannesburg a probablement dissuadé nombre de Sud-Africains de faire le déplacement jusqu’au FNB Stadium. L’enceinte, capable d’accueillir plus de 90.000 personnes dans sa configuration optimale, n’était remplie qu’aux deux tiers pour cet hommage historique au fondateur de la nation arc-en-ciel, Nelson Mandela, décédé jeudi passé à l’âge de 95 ans. Les autres stades de Johannesburg qui retransmettaient la cérémonie étaient eux, quasiment vides.

Cette cérémonie d’obsèques, qui rassemble un nombre record de dignitaires étrangers selon le gouvernement sud-africain, s’est ouverte au son de « Nkosi sikelel’ iAfrika » (Que Dieu bénisse l’Afrique), l’hymne national sud-africain.

Ban Ki-Moon : « Le monde a perdu un mentor »

Se sont ensuite succédé à la tribune certains des plus importants dirigeants politiques de la planète. Le secrétaire général des Nations Unies, le Coréen Ban Ki-moon, a salué la figure paternelle qu’incarnait Nelson Mandela pour l’Afrique du Sud, pour le continent africain et pour le monde. « L’Afrique du Sud a perdu un père. Le monde a perdu un ami cher et un mentor », a déclaré le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon dans son éloge funèbre. « Il a montré la force puissante du pardon, et sa capacité à unir les gens », a-t-il poursuivi. Et aujourd’hui, « il l’a refait ». « Regardez ce stade : nous voyons des dirigeants qui représentent de nombreuses opinions et des gens de toutes les classes sociales. Ils sont tous là unis », a constaté M. Ban.

Barack Obama : « Un géant de l’Histoire »

La personnalité la plus acclamée de la cérémonie fut sans conteste Barack Obama, premier président afro-américain des Etats-Unis. Celui-ci n’a pas manqué l’influence du combat mené par Nelson Mandela sur sa propre vie. « Il y a plus de 30 ans, alors que j’étais encore étudiant, j’ai beaucoup appris de Mandela et des luttes dans ce pays. Cela a agité quelque chose en moi. Cela a réveillé mon sens des responsabilités, envers les autres et envers moi-même, et m’a fait entamer un improbable voyage qui m’amène ici aujourd’hui. Et même si je ne réussirai jamais à être l’exemple qu’est Mandela, il me donne envie de faire mieux. Il parle à ce qu’il y a de meilleur en nous », a déclaré le président américain.

« Il est difficile de faire l’éloge d’un homme… encore plus difficile de faire celle d’un géant de l’Histoire, qui a conduit une nation vers la justice », a encore déclaré Barack Obama, qui s’en est également pris, sans les citer, aux dirigeants venant saluer Mandela et son combat tout en faisant preuve d’autoritarisme dans leur pays. « Il y a trop de dirigeants qui se disent solidaires du combat de Nelson Mandela pour la liberté mais ne tolèrent pas d’opposition de leur propre peuple », a-t-il dénoncé.

Poignée de main historique

Quelques instants avant de prendre la parole, Barack Obama a serré la main de Raul Castro, le président cubain. Un geste historique, témoignant ainsi une nouvelle fois de sa volonté de se rapprocher des ennemis des Etats-Unis, a expliqué un responsable américain présent à Johannesburg. Les deux pays sont en froid depuis 1961 et la rupture de leurs relations diplomatiques à la suite de la prise de pouvoir de Fidel Castro en 1959 et la nationalisation des biens américains sur l’île. Un embargo américain a été décrété en 1962 sous l’administration de John F. Kennedy.

Parmi les autres dirigeants ayant encore pris la parole mardi, la présidente brésilienne a salué « la plus grande personnalité du XXe siècle ». « Sa lutte a inspiré le Brésil et l’Amérique du Sud », a ajouté la présidente du Brésil, pays où la moitié de la population est noire ou métis.

Le président sud-africain Jacob Zuma hué

On retiendra également l’intervention de l’actuel président sud-africain Jacob Zuma, hué par une partie de l’audience tandis que de nombreux spectateurs quittaient le stade alors qu’il prenait la parole. Une bonne partie du public faisait visiblement partie de l’opposition au président, qui avait déjà été hué à plusieurs reprises précédemment.

L’archevêque Desmond Tutu, prix Nobel de la paix 1984 qui a combattu le régime de l’apartheid aux côtés de Nelson Mandela, a clos la cérémonie en appelant les Sud-Africains à ne jamais oublier le combat de son ami disparu. « Nous te remercions, Dieu, et nous te promettons que nous allons suivre l’exemple de Nelson Mandela », a-t-il lancé à la foule en guise de conclusion.

Et un baiser…

Graça Machel, troisième et dernière épouse de Nelson Mandela est arrivée au stade de Soweto à Johannesburg pour la cérémonie d’hommage à l’ancien président où se rendent aussi une centaine de dirigeants de toutes nations et toutes obédiences politiques.

Pour sa première apparition en public depuis le décès de son époux jeudi dernier, Graça, 68 ans, dont l’arrivée a été retransmise sur les écrans du stade et saluée en direct par la foule, est vêtue d’un turban noir et d’un épais manteau noir, rehaussé aux dos par des motifs imitant les rayons de soleil.

Le visage sombre, soutenue par deux femmes, elle n’a pas dit un mot. Vêtus de noir, plusieurs membres de la famille Mandela sont également installés dans la tribune.

La deuxième épouse de Nelson Mandela, Winnie Madikizela, est ensuite arrivée, aussi de noir vêtue. En arrivant dans la tribune, elle a embrassé Graça Machel sur la bouche et l’a serrée contre elle.