Bruxelles: une Française expulsée parce qu’elle représente «une charge» pour la Belgique

«  Je suis arrivée en 2010 en Belgique pour mes études. J’ai par la suite cherché à travailler mais non sans difficulté », raconte Caroline, âgée de 30 ans.

Cette Française, vivant à Forest, a reçu il y a peu un ordre de quitter le territoire belge de l’office des Étrangers. « Je n’y ai rien compris. J’ai reçu par courrier une sorte de carte postale qui s’apparentait à une convocation de la commune. Sur place, j’ai dû rendre ma carte d’identité européenne contre une lettre d’explication. »

La missive est sans appel : «  Il est mis fin au séjour de Madame. »

Le document fait état que « le 5/11/2010, l’intéressée a introduit une demande d’enregistrement en tant qu’étudiant sur base de ses revenues propres (…). Or, il apparaît qu’elle bénéficie du revenu d’intégration sociale depuis le 01/07/2013. Elle constitue dès lors une charge déraisonnable pour le système d’aide sociale du Royaume. »

Pourtant, Caroline n’a jamais souhaité être un poids pour la Belgique. « Certes, je me considère comme quelqu’un de précaire qui doit vivre du système D. Je n’ai pas eu de diplômes qui me permettent de faire le travail que je souhaite. Je me suis débrouillée avec des petits boulots. Le gros problème, c’est qu’il y a beaucoup d’employeurs qui acceptent de vous engager pour quelques heures de travail au noir. Je ne pouvais donc pas avoir le statut de chômeur mais je pouvais avoir une aide du CPAS. Pour moi, l’aide de l’État pouvait m’aider à avancer », se défend la jeune femme qui dénonce le courrier d’expulsion.

Tant « parce que le fond est critiquable mais surtout la forme. » Notamment le passage où il lui est expliqué que « sa longue période d’inactivité démontre, en effet, qu’elle n’a aucune chance réelle d’être engagée. » Un argument irrecevable pour la Française avouant s’être sentie « insultée » et trouve qu’il s’agit « d’un jugement de valeur qui ne me connaît pas et qui n’a pas sa place dans un document administratif. »

Reste que Caroline ne pourra plus séjourner en Belgique après le 16 janvier prochain. « Je peux comprendre que je ne sois pas belge mais j’aurais aimé avoir une lettre de préavis. Je pouvais aussi rembourser l’aide du CPAS. Mais aucune alternative ne m’a été donnée », argue Caroline.

« Je suis triste car je suis venue en Belgique car c’est un pays qui m’intéressait. Je pensais qu’un échange aurait pu se faire. Je trouve dommage ce rapport de force. C’est préoccupant pour le projet européen dans ses vertus démocratiques et solidaires qui ne sont pas respectées. »

Yolande Nimy