Ettore Scola : «Metteur en scène, c’est un métier d’esclave ! »

D’abord dessinateur pour un journal satirique italien, le Marc’Aurelio, Ettore Scola est rentré dans le monde du cinéma en écrivant des scripts : « Oui, je faisais le nègre pour des gens comme Dino Risi, Ugo Tognazzi, Vittorio Gassman ou Marcello Mastroianni, mais sans jamais que mon nom apparaisse. J’ai aussi écrit pour Toto (immense acteur populaire en Italie), mais c’était une horreur d’écrire pour lui ! ».

C’est avec « Nous nous sommes tant aimés », en 1974, qu’Ettore Scola fait ses premiers pas de réalisateur : « C’est Gassman qui m’a presque obligé à réaliser ce film, j’étais content. Malheureusement, je suis ainsi devenu metteur en scène et j’ai abandonné le métier de scénariste, à regret : écrire un scénario, c’est un travail plus intellectuel, seul chez soi. Tandis que le metteur en scène, c’est celui qui a toutes les emmerdes, tout le monde vient vous trouver, vous pose plein de question. Metteur en scène, c’est un métier d’esclave ! ».

Ettore Scola appartient au néo-réalisme, ce mouvement qui fit le succès du cinéma italien particulièrement dans les années 70 avec des films tels que « Nous nous sommes tant aimé », « Une journée particulière » ou « Affreux, sales et méchants ». « Il faut porter son regard sur l’homme, précise le cinéaste italien, le suivre avec son envie de rire et de s’amuser malgré un monde fait de tragédies et de drames. On doit porter un regard sur la réalité mais se battre pour que l’optimisme subsiste. »

Il se souvient principalement de son chef d’œuvre, « Une journée particulière » : « J’avais osé prendre Marcello Mastroianni, un sexe symbole latino pour camper un homosexuel, c’était un total contre emploi pour lui, une audace intellectuelle de ma part. Et j’avais osé la même chose avec la sublime Sophia Loren en lui confiant le rôle d’une femme pauvre et laide. »

Pour fêter les trente ans du Festival du Film d’Amour de Mons, Ettore Scola a offert en cadeau son dernier film, « Che strano chiamarsi Federico » ou comment Scola raconte Fellini à travers ses souvenirs personnels depuis le début des années 50 : un vrai régal réalisé avec sa fille et interprété par son petit-fils, Tommaso, dont la ressemblance avec Fellini jeune ressuscite incroyablement l’un des plus grands génies du cinéma : « Il y a un dialogue avec Risi, Gassman, Mastroianni et Fellini qui ne s’est jamais interrompu. Pour moi, ils ne sont pas morts » a conclu le maître.