Affaire des matches truqués: l’avocat de Mitu dénonce "le sport qui est fou, qui déraille" (vidéo)

Voici comment Me Luc Misson a dépeint le monde du sport lors de sa plaidoirie jeudi matin devant le tribunal correctionnel de Bruxelles où se déroule actuellement le procès de la fraude dans le monde du football belge entre 2004 et 2006, avant de demander l’acquittement de son client pour toutes les préventions retenues contre lui ou, à défaut, la suspension du prononcé.

Le joueur roumain est poursuivi pour corruption passive, escroquerie, association de malfaiteurs et participation à une organisation criminelle. Le procureur fédéral a requis 15 mois de prison et 2.000 euros d’amende à son encontre.

Selon son avocat, Dan Marius Mitu n’a pas adopté le comportement qu’on lui demandait d’avoir et il n’y a donc pas de corruption dans son chef. « Il n’a jamais levé le pied, enveloppe ou pas, et, lorsqu’il a compris ce qui se tramait derrière les demandes de l’homme d’affaires chinois Zehyun Ye et du duo d’entraîneurs du Lierse Paul Put et Patrick Deman, il a soit refusé de jouer, soit il s’est donné pleinement sur le terrain », a soutenu Me Misson, rappelant le contexte financier difficile du club flandrien et des joueurs qui recevaient leur salaire avec beaucoup de retard.

À l’issue d’une très bonne saison au Lierse, Mitu avait été transféré à Anderlecht. Il avait toutefois été licencié lorsque le scandale avait été révélé au début de l’année 2006. Estimant que son image et sa réputation avaient été endommagées par cette affaire, le club bruxellois s’est constitué partie civile contre le joueur roumain. Une constitution qu’a estimé non fondée la défense de M. Mitu.

« Anderlecht violait la loi »

« Au moment des faits, Anderlecht avait pour seule personnalité juridique celle d’une ASBL (ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, NDLR). Or, une telle association ne peut avoir but de lucre, ni avoir des activités à but commercial (notamment les transferts de joueurs et le merchandising) pour activités principales. Anderlecht violait donc la loi, ce qui porte atteinte à l’intérêt légitime à agir en justice. Le préjudice postulé par le club a une source illégale et celui-ci n’avait pas la forme juridique adéquate pour transférer notre client », a-t-elle ainsi soutenu.

Me Misson a ensuite estimé que l’instruction avait été « bâclée » dans cette affaire, citant le procès Festina relatif au dopage dans le monde du cyclisme où de nombreux témoins et experts scientifiques avaient été entendus. Il a également pointé la responsabilité des fédérations « qui ne protègent pas les sportifs » et, dans le cas de ce dossier, « les clubs, les joueurs et les spectateurs ». « Les joueurs du Lierse sont-ils vraiment responsables ? », a-t-il demandé au tribunal.

« Un virus extrêmement malsain »

Revenant sur les organisations criminelles mises en place par Zehyun Ye et ses complices et que le procureur fédéral avait comparées à « un virus extrêmement malsain qui n’avait pas rencontré suffisamment d’anticorps pour le contrecarrer », l’avocat a expliqué qu’il s’agissait plutôt ici d’un crime international organisé qui a frappé notre pays, citant plusieurs affaires similaires à ce dossier et qui partaient de Chine ou de Taiwan.

Poursuivi pour les mêmes préventions que Dan Mitu, l’ancien défenseur macédonien Igor Nikolovski, par la voix de son conseil, Me Frédéric Lettany, a également demandé l’acquittement, et, à titre subsidiaire, la suspension du prononcé, invoquant notamment le dépassement du délai raisonnable.

Le procès se poursuit vendredi matin avec les plaidoiries des anciens joueurs lierrois Laurent Delorge, Laurent Fassotte, Yves Van Der Straeten et Hasan Kacic.