Virton: rescapé de la Shoah, il transmet son histoire

« On ne construit rien sur la haine. Tant que je vivrai, ma voix s’élèvera contre l’injustice et l’oubli. Quand moi-même et ceux de ma génération ne seront plus là, ce sera votre tour ». C’est le préambule du livre écrit par Paul Niedermann qui retrace le parcours atypique de cet enfant juif allemand, un des seuls rescapés des 6.405 juifs déportés d’Allemagne vers un camp d’internement français durant la seconde guerre mondiale.

Son histoire, Paul Niedermann ne cesse de la transmettre, c’est son combat, « et je continuerai jusqu’au bout, précise-t-il. J’ai 86 ans, je ne suis pas éternel, mais c’est essentiel d’informer les jeunes sur cette partie de l’Histoire qui est méconnue ». À cet effet, il est allé à la rencontre des élèves de Pierrard et du collège Notre Dame du Bonlieu à Virton la semaine dernière. « J’ai reçu un accueil chaleureux à Virton. Je suis épaté de l’attention dont les étudiants ont fait preuve », explique-t-il.

Paul Niedermann avait à peine 13 ans lorsque les nazis l’ont emmené avec sa famille, dans un camp d’internement français. « Il s’agissait d’un test pour les nazis car ils n’avaient pas encore construit les camps d’extermination. En 1940, la France n’était pas encore occupée. Pétain dirigeait la IIIème République à Vichy, il a donc fermé les yeux sur la déportation des 6.405 juifs venant de trois provinces allemandes limitrophes à la France ». Ces familles juives ont été expédiées par wagons dans le camp d’internement de Gurs, dans le sud-ouest, qui a accueilli jusqu’à 65.000 personnes dans de petites baraques en bois posées dans trente centimètres de boue. Il y vivra six mois, avant de rejoindre un autre camp à Rivesaltes près de Perpignan. Après un an de survie dans le Sud de la France, il s’échappera avec son petit frère, grâce à l’organisation juive Œuvre de secours aux enfants (OSE). Paul ne reverra jamais ses parents et grands-parents. Certains sont décédés en France, d’autres, comme sa maman, ont connu l’enfer d’Auschwitz et des chambres à gaz.

Jusqu’à la fin de la guerre, il voyagera d’une cachette à l’autre et parviendra à éviter les rafles nazies parfois in extremis. Il se retrouvera ensuite en Suisse dans un camp de réfugiés où il rencontrera Isaac Pougatch, avec qui il créera, après la guerre, un centre de formation pour les futurs moniteurs de maisons d’enfants à Paris.