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Après les inondations de 2021, un élan de solidarité a déferlé sur la Wallonie

Si les inondations qui ont touché une partie de la Wallonie à la mi-juillet 2021 resteront historiques par l’ampleur des dégâts qu’elles ont causé, elles resteront aussi dans les mémoires par l’élan de solidarité nationale qu’elles ont suscité.

Au-delà des dons financiers, la Croix-Rouge ayant notamment récolté 43,3 millions d’euros, les Belges n’ont pas hésité à plonger les mains dans la boue pour aider leurs compatriotes.

Les 14 et 15 juillet 2021 resteront encore longtemps gravés dans les mémoires des populations de Chaudfontaine et d’Angleur (Liège). La première est touchée dès le 14 juillet, avec les premiers appels à évacuer en début d’après-midi, tandis que la seconde est dévastée le 15 juillet. Au total, la moitié du réseau hydrographique de la province de Liège a été impacté, selon Jean-Yves Segers, responsable du département des relations avec les territoires, villes et communes à la Province de Liège.

« Au début, je crois qu’on a surtout essayé de sauver notre peau », se souvient, émue, Jacqueline Deprins, habitante d’Angleur sinistrée. « Après deux jours, ne sachant pas trop jusqu’où l’eau allait monter – on était réfugiés au premier étage et on nous disait qu’elle risquait de monter encore d’un mètre et demi – nous sommes partis », raconte celle qui préside également le comité de quartier d’Angleur. « On a traversé l’eau en maillot, puis on a traversé les voies de chemin de fer (situées en hauteur et au sec, NDLR). Là-bas, c’était fou, on avait l’impression que c’était la guerre et ce qu’on peut imaginer être la situation des émigrés. Il y avait plein de personnes qui partaient ou essayaient de revenir chez elles », poursuit Mme Deprins.

Après deux ou trois jours, l’eau s’est finalement retirée, révélant au grand jour l’étendue des dégâts. Les habitants et habitantes retrouvent leur foyer dévasté, privés d’électricité, de gaz, d’eau… Dans toute la Wallonie, 15.000 ménages se sont retrouvés sans gaz, 127.000 sans internet, 66.500 sans électricité et 47.000 sans eau.

Si l’électricité revient après quelques jours, il faudra plus de temps pour le gaz, rétabli entièrement – que ce soit à Angleur ou Chaudfontaine – qu’en novembre, alors que l’hiver est déjà à nos portes.

De retour dans leurs habitations, les personnes sinistrées commencent à déblayer, bien aidées par les nombreux bénévoles. « Ça, c’était la chose magnifique : la solidarité. Il y a eu un élan de solidarité entre voisins, des amis, des bénévoles… On était toujours avec de l’eau dans les caves, de la boue partout, on était sales, ça puait et les gens passaient avec de la tarte, à manger, du café… C’était extraordinaire », raconte Jacqueline Deprins. « Il y avait des montagnes de déchets sur les trottoirs et des camions sont venus pendant quatre jours de Bruxelles pour aider à vider les trottoirs », enchérit Didier Berens, autre habitant d’Angleur sinistré. « C’était émouvant. Dans des moments de catastrophe, l’humain fait quand même ressortir ses meilleurs côtés », souligne Mme Deprins.

« Il y a eu une gigantesque mobilisation de la famille, des amis, des proches, des voisins… pour décrasser. Puis on a vu débarquer des troupes venant de communes voisines et puis aussi des bénévoles de Bruxelles, de Flandre… », renchérit Emmanuel Radoux, directeur général du CPAS de Chaudfontaine. Didier Grisard, président du CPAS du Chaudfontaine, se souvient, lui, d’une mobilisation de la commune de Poperinge, soit de l’autre bout de la Belgique, pour prêter main forte aux personnes sinistrées. Ce village de Flandre occidentale « est historiquement jumelé avec Vaux-sous-Chèvremont car pendant la guerre de 1940-1945, des habitants sont allés se réfugier à Poperinge », explique-t-il. Il évoque aussi une « dame, venant de Flandre, qui avait mis des draps dans sa voiture et passait la nuit sur un parking pour pouvoir aider les gens individuellement. Ça a été jusque-là. »

Un élan de solidarité bienvenu mais qui n’a pas toujours été facile à gérer. « Ce n’était pas structuré, on avait des gens qui intervenaient dans certaines rues mais nous ne le savions pas. On y passait à notre tour et on nous répondait que c’était la troisième fois qu’on leur proposait à manger. Alors qu’une autre rue avait peut-être été oubliée », témoigne Manuela Catot, coordinatrice de la cellule inondations de la commune de Chaudfontaine. « En termes de structure et d’organisation de l’aide, c’était compliqué mais ça partait d’un très bon sentiment. »

Les dons affluent de toute part, il faut s’organiser pour faire correspondre l’offre et la demande. « A un moment donné, j’arrive dans le local d’accueil et on me demande si je vais bien, si je veux quelque chose… On ne se reconnaissait même pas entre nous, entre fonctionnaires, bénévoles et victimes », illustre le directeur général du CPAS de Chaudfontaine. « C’était beaucoup d’improvisation parce que c’était complètement invraisemblable », ajoute M. Radoux.

Pour faire le lien entre l’offre d’aide et les besoins des personnes sinistrées, la Province de Liège crée une « équipe matching », avec notamment des formulaires à remplir par les bénévoles pour les déployer là où ils étaient nécessaires, explique Jean-Yves Segers, de la Province de Liège. Pendant deux semaines, un call center provincial a également été mis en place. Trois cents agents ont été déployés par la Province dans les communes sinistrées, soit environ 10 % de son personnel.

Un appui psychologique a aussi été offert par la Province aux intervenants – pompiers, policiers, ambulanciers… – « qui ont dû travailler dans des conditions dantesques ». Les besoins étaient multiples, du déblaiement de débris aux aides en matière de pollution de sols ou de denrées alimentaires, de nettoyage des dons et des uniformes des zones de secours, au besoin de faire revivre socialement les communes, notamment via les bibliothèques ou les complexes sportifs, qui avaient aussi été dévastés, détaille M. Segers.

La phase de crise provinciale s’éteint le 3 septembre mais pas les besoins. Du personnel provincial reste à disposition, généralement jusqu’au 30 avril pour permettre le remplissage des demandes d’aide au Fonds des Calamités, où les dossiers devaient être remplis pour le 18 avril. Dans les communes de Limbourg et de Trooz, des agents restent déployés, « théoriquement jusqu’à la fin octobre ».

Un an après, les rénovations suivent leurs cours dans les habitations sinistrées. Les inondations ont également laissé des traces psychologiques. « J’étais complètement paniquée dès qu’il y avait de pluie, même assise à un café, s’il y avait de l’eau qui passait, une rivière, j’étais complètement paniquée », explique Jacqueline Deprins, qui a dû solliciter une aide psychologique. « Je suis contente parce qu’avant, chaque fois que j’en parlais, je pleurais. Donc ça va mieux, je ne pleure plus », sourit-elle.

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