En ce momentCoupe du monde 2022Permis de conduire Accueil

Début du vote pour les législatives en Italie: l’extrême droite reste favorite

Les Italiens ont commencé à voter dimanche matin pour élire leur nouveau parlement, un scrutin que l’extrême droite devrait remporter, sauf surprise de dernière minute.

Plus de 50 millions d’Italiens sont appelés aux urnes dimanche pour élire leur parlement, un scrutin menacé par le mauvais temps, et où l’extrême droite devrait entrer en force et proposer le Premier ministre qui succédera à Mario Draghi.

Avant même l’ouverture des bureaux de vote à 05H00 GMT, des gens faisaient la queue sous un ciel sombre, a constaté l’AFP à Rome. Le scrutin se terminera à 21H00 GMT lorsque les premiers sondages à la sortie des urnes donneront un aperçu des résultats.

A seulement 45 ans, Giorgia Meloni, la cheffe du parti post-fasciste Fratelli d’Italia, crédité de près d’un quart des voix dans les derniers sondages, est favorite pour prendre la tête d’un gouvernement de coalition au sein duquel l’extrême droite dominerait largement la droite classique.

Un séisme à l’échelle de l’Italie, pays fondateur de l’Europe et troisième économie de la zone euro, mais aussi de l’UE, qui devrait composer avec cette idéologue proche du Premier ministre hongrois Viktor Orban.

«En Europe, ils sont tous inquiets de voir Meloni au gouvernement (...) La fête est finie, l’Italie va commencer à défendre ses intérêts nationaux», a-t-elle mis en garde durant sa campagne.

Cette ex-fan de Mussolini, dont la devise est «Dieu, patrie, famille», a réussi à dédiaboliser son parti et catalyser sur son nom les mécontentements et frustrations de ses compatriotes en campant dans l’opposition alors que tous les autres partis soutenaient le gouvernement d’unité nationale de Mario Draghi.

Mais la messe n’est pas dite: «imprévisibles, les élections se jouent sur l’émotion et au dernier moment», rappelle à l’AFP Emiliana De Blasio, professeure de sociologie à l’université Luiss de Rome, tout en soulignant le rôle-clé des indécis, estimés à 20% environ, et l’importance du taux final de participation.

Les scores du Mouvement 5 Etoiles (M5S, ex-antisystème), crédité d’avoir institué un revenu minimum pour les plus pauvres, et du Parti démocrate (PD, gauche), bien implanté localement, pourraient réserver des surprises, notamment dans le sud du pays.

Cadenassage

Quel que soit le gouvernement issu des élections, qui ne prendra ses fonctions que fin octobre, son chemin apparaît d’ores déjà semé d’embûches.

Il devra gérer la crise causée par la flambée des prix alors que l’Italie croule sous une dette représentant 150% du PIB, le ratio le plus élevé de la zone euro derrière la Grèce. Dans ce contexte, la manne du plan européen de relance post-pandémie, dont l’Italie est de loin le premier bénéficiaire, sera indispensable pour maintenir à flot la péninsule.

«L’Italie ne peut pas se permettre de se priver de ces sommes d’argent», observe pour l’AFP l’historien Marc Lazar, jugeant donc «très limitée la marge de manoeuvre de Meloni» sur l’économie. Elle pourrait en revanche ferrailler contre Bruxelles aux côtés de Varsovie et Budapest «sur les questions de défense de l’intérêt national par rapport aux intérêts européens».

Comme la Française Marine Le Pen, Giorgia Meloni a finalement renoncé à sortir de l’euro, mais elle réclame une «révision des règles du Pacte de stabilité», suspendues en raison de la crise sanitaire, qui fixent un plafond de 3% du PIB pour le déficit et de 60% pour la dette.

Sur les questions de société, cette Romaine pur jus s’affiche ultra-conservatrice: «Oui à la famille naturelle, non au lobby LGBT! Oui à l’identité sexuelle, non à l’idéologie du genre! Oui à la culture de la vie, non à l’abîme de la mort!», a clamé en juin celle qui promet aussi de se battre «contre l’islamisation de l’Europe».

Son arrivée au pouvoir se traduirait également par un cadenassage du pays, où débarquent chaque année des dizaines de milliers de migrants, une perspective qui inquiète les ONG secourant les embarcations fuyant la misère en Afrique.

Alors que l’instabilité gouvernementale de l’Italie est légendaire, les experts s’accordent déjà sur la courte espérance de vie de cette coalition où Mme Meloni aura fort à faire pour gérer ses encombrants alliés, que ce soit l’inusable Silvio Berlusconi ou le tribun antimigrants Matteo Salvini.

Candidats

Trois anciens chefs de gouvernement et deux leaders d’extrême droite: voici les cinq principaux candidats aux législatives de dimanche en Italie.

— Silvio Berlusconi, Forza Italia (droite)

Ancien Premier ministre, milliardaire, patron de clubs de foot et de chaînes TV, son influence reste considérable en Italie: et à bientôt 86 ans, Silvio Berlusconi entend rester au centre du jeu politique. Si son parti Forza Italia n’est crédité que de 8% des suffrages, «Il Cavaliere» s’est coalisé avec les deux formations de la droite nationaliste, Fratelli d’Italia et la Lega. En cas de victoire de l’alliance, M. Berlusconi pourrait devenir le deuxième personnage de l’Etat en prenant la présidence du Sénat. Un poste prestigieux qui aurait aussi l’avantage d’assurer une certaine immunité judiciaire à cet habitué des prétoires.

— Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia (extrême droite)

Sera-t-elle la première dirigeante d’extrême droite cheffe de gouvernement d’un pays fondateur de l’Union européenne? Giorgia Meloni, 45 ans, milite depuis trois décennies dans des groupuscules et formations issus du Mouvement social italien (MSI), parti post-fasciste créé après la Seconde Guerre mondiale par des nostalgiques de Benito Mussolini. Pendant la campagne, cette oratrice de talent n’a cessé d’envoyer des gages de respectabilité aux électeurs effrayés par son héritage idéologique, assurant que les «nostalgiques du fascisme» n’avaient «pas leur place» dans son parti. Eurosceptique, défenseure d’une Europe des nations mais atlantiste, elle affirme, pour rassurer Bruxelles, que l’Italie restera aux côtés de ses partenaires pour soutenir l’Ukraine contre la Russie.

— Enrico Letta, Parti démocrate (centre-gauche)

Ephémère Premier ministre entre avril 2013 et février 2014, Enrico Letta aspire à revenir aux affaires. Mais si ce juriste de 56 ans un peu austère a scellé un accord électoral avec la gauche écologiste et tient sa place de deuxième dans les sondages derrière Mme Meloni, ses chances restent hypothétiques. Son programme pour le climat séduit les jeunes mais c’est précisément chez eux que l’abstention est la plus forte. Un certain nombre d’électeurs de gauche jugent par ailleurs son positionnement trop centriste.

— Matteo Salvini, Ligue (anti-immigration)

Il avait porté la Ligue à près de 18% des suffrages lors des législatives de 2018, était devenu ministre de l’Intérieur et vice-Premier ministre: quatre ans plus tard, Matteo Salvini est à peine au-dessus de 10% des intentions de vote, plombé par l’ascension fulgurante de Giorgia Meloni et Fratelli d’Italia. La lutte contre l’immigration reste le principal cheval de bataille de ce Milanais de 49 ans qui, quand il était à l’Intérieur, avait bloqué en Méditerranée plusieurs navires humanitaires ayant secouru des centaines de migrants, ce pour quoi il est poursuivi devant un tribunal sicilien.

— Giuseppe Conte, Mouvement 5 Etoiles (ex-antisystème)

Propulsé Premier ministre après la vague dégagiste des législatives de 2018 puis débarqué pour laisser à l’ancien patron de la BCE Mario Draghi la charge de mettre en oeuvre le plan de relance post-pandémie, Giuseppe Conte et le M5S ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes: premier parti italien il y a quatre ans avec 32% des voix, ils ne sont plus crédités que de 10 à 13% des suffrages. Le M5S, mouvement participatif apolitique fondé par un comédien, a d’abord gouverné avec la Ligue, puis le PD, pour finalement rejoindre la grande coalition de Mario Draghi début 2021, avant de la faire imploser avec l’aide de la droite. Résultat: une hémorragie de parlementaires et de cadres, dont le chef de la diplomatie Luigi di Maio. M. Conte, 58 ans, veut pourtant toujours peser. Selon un sondage YouTrend du 29 août, sa cote de confiance reste élevée, à 30%, derrière le chef de l’Etat Sergio Mattarella (58%), M. Draghi (54%) et Mme Meloni (35%), mais devant MM. Letta (25%) et Salvini (24%).

Téléchargez notre nouvelle appli Sudinfo