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Journée mondiale de la contraception: il existe des freins techniques...

La question d’un partage égalitaire de la contraception se pose de plus en plus au sein des couples, alors que la charge contraceptive est encore très largement assumée par les femmes en Belgique - et dans une grande partie du monde.

Les méthodes de contraception dites féminines sont multiples (pilule, stérilet, patch, préservatif féminin, etc.) et disponibles depuis plus de 50 ans en Belgique. À l’inverse, les méthodes dites masculines sont réduites à peau de chagrin et peu connues. Trois facteurs - techniques, culturels et liés aux conseils des professionnels de la santé - freinent en effet leur développement, résume Laurence Stevelinck, autrice d’un mémoire sur la contraception partagée et titulaire d’un master en études de genre.

La contraception masculine se heurte tout d’abord à un frein technique: peu de moyens de contraception masculin sont accessibles et disponibles. Pourquoi? En raison d’un «désintérêt pour la question de l’industrie pharmaceutique, de la médecine et des pouvoirs publics», répond Mme Stevelinck. Les études sur la fécondité masculine disposent de budgets limités, ce qui freine le développement de méthodes contraceptives destinées aux personnes avec un pénis.

«Les contraintes et les effets secondaires potentiels sont aussi souvent cités comme explications au panel limité de contraceptifs masculins», poursuit Laurence Stevelinck. Ces effets secondaires sont pourtant souvent comparables, voire parfois moindres, à ceux des moyens contraceptifs féminins. «Lorsque la contraception hormonale féminine a été lancée, elle était accompagnée de nombreux effets secondaires. Pourtant, elle a quand même été mise sur le marché, ce qui pose question. On n’accepte pas les mêmes effets secondaires chez les hommes et, dès qu’un petit dérangement apparaît, on arrête l’étude», avance Mme Stevelinck, donnant l’exemple d’une étude sur un contraceptif stoppée parce qu’il pouvait provoquer un peu d’acné.

Les conseils prodigués par les professionnels de la santé peuvent constituer un autre frein. Sans information et visibilité donnée aux moyens contraceptifs dits masculins (la vasectomie mais aussi les méthodes thermiques et hormonales, en attente de reconnaissance en Belgique), il est compliqué pour les hommes de se tourner vers ces méthodes. «En Belgique, proposer une contraception masculine est loin d’être une évidence. Les gynécologues ne voient en général que des femmes. Si elles ont un compagnon, ceux-ci ont peu de contact avec ce praticien», pointe Laurence Stevelinck.

Néanmoins, le frein le plus important relève de facteurs culturels et de la représentation des rapports sociaux de genre, attribuant des rôles différents aux hommes et aux femmes, explique Laurence Stevelinck. «La contraception est liée à la sphère reproductive, qui est elle-même attachée aux femmes.» En outre, les tâches sont non seulement séparées selon le genre mais aussi hiérarchisées, les tâches attribuées au masculin étant «plus valorisées» que celles attribuées au féminin.

Autre facteur culturel qui entre en jeu: la socialisation des genres. «On entend souvent comme argument contre la contraception masculine que l’homme serait irresponsable et que les femmes ne voudraient pas leur confier la responsabilité de la contraception car elles ne feraient pas confiance aux hommes», explique Mme Stevelinck. Cette vision naturalisante des hommes découle des rôles qui leur ont été attribués socialement. «Il existe évidemment des hommes qui ont intégré profondément ce rôle et qui sont donc irresponsables, mais ce n’est pas une caractéristique biologique. (...) La responsabilité des femmes n’est pas innée non plus.»

La contraception masculine menacerait aussi la virilité des hommes, qui seraient moins propices à l’assumer. «Il y a encore beaucoup de peurs car il est difficile de toucher au pénis, symbole suprême de la virilité. Les hommes ont peur de perdre leur érection, leur libido, de devenir des sous-hommes... Ces craintes imaginaires sont liées à la vision de la masculinité.»

Des pistes existent cependant pour permettre un meilleur partage de la charge contraceptive. Il s’agit notamment de partager, au sein du couple, les frais de la contraception ou d’assumer «une partie de la charge en allant à la pharmacie, en se rappelant aussi de la prise de la pilule...», évoque Laurence Stevelinck. «On peut agir sur la charge mentale, qui pèse sur les personnes avec un utérus», enchérit Louise-Marie Drousie, référente contraception au sein de l’ASBL O’Yes. «On constate une volonté croissante de partage de la contraception, bien qu’il existe des réticences car, en cas de grossesse non désirée, ce sont les personnes avec un utérus qui vont être les plus touchées.»

«On peut aussi poser la question de la pénétration, qui n’est pas la seule manière d’avoir des rapports sexuels. Les hommes aussi peuvent descendre dans la rue pour revendiquer des moyens contraceptifs, comme les femmes l’ont fait dans les années 1960 et 1970», ajoute encore Laurence Stevelinck.

L’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (Evras) - obligatoire dans les écoles et pourtant loin d’être généralisée - peut aussi, dès le plus jeune âge, nourrir la réflexion autour des stéréotypes de genre et des moyens de responsabiliser les hommes dans la contraception. Laurence Stevelinck évoque également la gratuité de la contraception pour tout le monde comme levier d’action, alors que pour l’instant seuls certains contraceptifs (uniquement féminins) sont gratuits pour les moins de 25 ans tandis que certaines mutuelles interviennent avec un montant forfaitaire annuel dans l’achat de préservatifs. La vasectomie et la ligature des trompes ne sont également pas remboursées en tant que telles, même si l’assurance hospitalisation peut intervenir.

En outre, tant Laurence Stevelinck que Louise-Marie Drousie mettent en garde contre un risque de déposséder les femmes du contrôle de leur fertilité, un droit qu’elles ont gagné de haute lutte. «Ce qui est primordial, c’est de déconstruire les rapports de pouvoir qui subordonnent les femmes aux hommes. On aura beau inventer le moyen contraceptif masculin le plus efficace et confortable, cela ne fonctionnera pas si on ne travaille pas sur les rôles genrés», conclut Mme Stevelinck.

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