Tournai: la malédiction de la “ maison du diable ”

La “ maison du diable ”, près du square Louise-Marie, devant le palais de justice, n’appartient pas vraiment à l’histoire de Tournai. Le bâtiment n’est pas classé et ne figure pas dans les répertoires monumentaux.

Il fait d’ailleurs plus vieux que son âge: il ne date que des années 30, même s’il s’est greffé sur un vestige du séculaire couvent des Filles Dieu.

Et c’est à son corps défendant (et surtout au grand désespoir de ses propriétaires) qu’il s’est hissé au rang de légende urbaine.

Selon la rumeur, la maison aurait en effet été le théâtre de crimes qui ont laissé leur empreinte marquée dans ses murs. Quels crimes? On n’en sait rien pour la bonne raison qu’aucune archive -et pour cause- n’en fait mention. Cela n’empêche pas d’aucuns d’assurer que trois personnes auraient été assassinées là...

On prétend que depuis, toute personne pénétrant dans les lieux aurait une fâcheuse prédisposition à disparaître sans laisser de trace: évaporée...

Ici non plus, aucune confirmation de disparition inquiétante, évidemment.

En fait l’origine de la légende serait toute récente. Elle daterait des années 70, à l’époque où l’IHECS (l’Institut des Hautes Études des Communications Sociales) se trouvait encore à Ramegnies-Chin.

Le quartier abritait des kots d’étudiants en journalisme et l’un d’eux, inspiré par la vielle bâtisse, a rédigé une nouvelle où il était question de meurtres et des maléfices subséquents... L’histoire devait être bien ficelée car elle a trouvé un écho bien au-delà des espérances de son auteur. Et le travail d’étudiant est devenu une légende urbaine...

Il faut dire que l’aspect étrange du bâtiment a de quoi exciter les imaginations.

Sur le flanc d’une longue maison de briques, on dirait en effet qu’est venu se greffer de biais un bout de château -ou de chapelle- en pierre. Au-dessus d’un mur, on n’aperçoit qu’une haute façade, étroite mais imposante, presqu’entièrement occupée par une monumentale fenêtre aux ouvertures masquées. Elle s’avance sur ce qui semble être une petite terrasse triangulaire.

Et puis, sous un pilier, surplombant le trottoir de pavés, on aperçoit, sculpté dans la pierre façon gargouille, un petit personnage accroupi tenant un gros livre ouvert sur ses genoux. “ C’est un diable lisant un grimoire ”, précisent les partisans du surnaturel. C’est vrai qu’il a des ailes de chauve-souris mais ça ne lui enlève pas un petit côté sympathique. Il a un comme air de parenté avec le singe du Grand Garde, sur l’hôtel de ville de Mons...

Certes, on peut trouver la maison lugubre quand le ciel est gris et que le vent agite devant elle les bras des arbres qui la cernent. Mais, quand un rayon de soleil l’éclaire, on lui accorde surtout beaucoup de charme et de cachet. Et si un jour elle a la chance d’être restaurée, elle aura tout pour devenir la maison du bonheur.