Placer rapidement des CO2-mètres dans toutes les classes ? Impossible !

La qualité de l’air dans les écoles avait poussé, il y a déjà quelques mois, la ministre de l’Education, Caroline Désir (PS), à rédiger une circulaire sur l’obligation et la manière de ventiler les locaux scolaires, recommandant l’utilisation des compteurs de CO2 (CO2-mètres) le cas échéant.

Le Codeco met la pression depuis trois semaines. Cela a amené la Fédération Wallonie-Bruxelles à libérer près de 3 millions d’euros pour faciliter cette installation (2,4 millions pour l’enseignement obligatoire et 500.000 € pour le supérieur)

Priorité au fondamental

Priorité est donnée aux écoles fondamentales (dont les élèves ne connaissent pas encore la vaccination) et aux « locaux d’intersection », où les gens se croisent, où le port du masque peut être relâché et où la ventilation naturelle s’avère moins évidente (salles des profs, cantines et réfectoires, salles de gym, etc.).

Le ministre des Bâtiments, scolaires, Frédéric Daerden (PS), calcule les droits de tirage de chaque école (ils seront envoyés aux intéressés dans les prochains jours). Pour le fondamental, chaque pouvoir organisateur recevra 50 € par tranche de 15 élèves ; pour le secondaire, 50 € par tranche de 30 élèves et pour l’artistique, 50 € par tranche de 80 élèves.

Y a plus qu’à ? Pas si vite ! « L’école est déjà équipée de quelques détecteurs et a recommandé plusieurs appareils, mais on fait face à une rupture de stock ; tout le monde ayant commandé en même temps », explique Mathias Thyssen, le directeur du Collège Sainte-Véronique à Liège.

L’argent, toujours l’argent

À Sainte-Marie, à La Louvière, le directeur, José Monteiro, précise « avoir déjà acheté cinq détecteurs que l’on fait circuler dans le bâtiment (un procédé répandu dans nos écoles, NdlR). C’est un bel outil de sensibilisation à la qualité de l’air, mais là, je dois en mettre partout à demeure. J’espère recevoir de l’argent, car il faut des moyens pour en équiper toutes les classes. »

Comme toujours, l’argent reste le nerf de la guerre… « Nous savons que l’air est vicié car ce sont de vieux bâtiments surpeuplés mais nous n’avons pas encore placé de détecteurs », avoue Laetitia Zeypen, directrice de Sainte-Marie à Arlon. « Nous attendons la proposition de la centrale des marchés du Segec. Faudrait-il aussi savoir ce que l’on fait si ça se déclenche. On n’a pas de protocole : si cela sonne une fois, deux fois, trois fois, on sort les élèves ? »

Entre-temps, suite au Codeco de vendredi, la ministre a précisé que l’on ouvre les fenêtres à partir de 900 ppm et que l’on sort du local, le temps de renouveler l’air, au-delà de 1.200 ppm.

L’enseignement catholique a, en effet, une centrale d’achats qui peut, ici aussi, être très utile. Cela n’empêche pas Etienne Michel, directeur général du Segec, de préciser que « les budgets ne sont pas encore là. Il faut reconnaître que ces appareils ne sont actuellement pas disponibles en grande quantité sur le marché : les stocks seront limités pour en équiper toutes les classes ».

Avoir chaud ou froid ?

Ce n’est pas le seul problème : Carine Casimir, directrice du fondamental à l’Athénée royal de Namur, indique que son école avait acheté des appareils dont certains étaient défectueux. Il a donc fallu en commander d’autres.

À la section fondamentale de l’Institut Saint-Ferdinand, à Jemappes, le directeur, Marc Duquesne, avait acheté 7 détecteurs avant même l’envoi de la circulaire. « On en avait reçu un dans le cadre d’un test de la Fédération. On en a placé dans les garderies, les salles de profs et les espaces collectifs. On passe de classe en classe avec ces appareils, pour sensibiliser les profs à l’importance de l’aération (…) Il faut choisir entre avoir 20º à l’intérieur, avec un taux élevé de CO2, ou 16º et un taux bas. Ce qui va aussi amener pas mal de nez qui coulent et d’enfants malades. »

Rien ne sera jamais simple...

LAURENCE PIRET

ET DIDIER SWYSEN