Rififi autour de la commission Fortis

Feu vert, ou feu rouge pour la commission?  BELGA

Feu vert, ou feu rouge pour la commission? BELGA
    Demain, les députés de la commission d'enquête Fortis doivent décider de leur avenir. PS, cdH et VLD veulent continuer. Quid du MR de M. Reynders? Armand De Decker veut la stopper. Didier Reynders aurait-il quelque chose à se reprocher?

    Cédric Baufayt

    Flash-back: nous sommes fin décembre 2008. Yves Leterme remet la démission de son gouvernement au Roi Albert II. La raison? De lourds soupçons pèsent sur lui: son cabinet aurait fait pression sur les juges chargés de statuer sur la vente de Fortis Banque à BNP Paribas. Si cette accusation est avérée, les faits sont graves: il s'agit d'une entrave à la séparation des pouvoirs, entre le judiciaire et l'exécutif (le gouvernement).

    De Decker dit “ Stop ”

    Pour y faire toute la lumière, deux commissions sont lancées: une parlementaire, composée de députés; et une “ mixte ”. La première, “ commission Fortis ”, enquête essentiellement sur la question de la séparation des pouvoirs. Alors que la seconde s'occupe de contrôler, avec l'aide d'experts, la politique économique et financière menée par l'État belge.

    Ce lundi, les députés de la commission d'enquête Fortis vont donc décider de leur avenir: stop, encore, ou patience?

    Le PS et l'Open VLD veulent continuer. Mais avec prudence. Le cdH et le CD & V aussi. Au MR, par contre, c'est un peu plus nébuleux. Dans “ Le Soir ” de ce samedi, le président du Sénat, et “ numéro deux ” du MR, Armand De Decker n'y va pas de main morte: “ Il faut arrêter la commission d'enquête ”, dit-il. Son argumentation? “ Je veux, en tant que président du Sénat, préserver les institutions. Et que l'on arrête de discréditer le travail des experts ”. Il plaide, dès lors, pour que les députés se concentrent au plus vite sur la commission mixte. Qui, rappelons-le, n'a pas de pouvoirs d'enquête.

    Leterme est favorable

    Principale victime de ce “ Fortis gate ”, notre ancien Premier ministre, Yves Leterme, s'est dit favorable à la commission Fortis. Au quotidien “ De Morgen ”, il déclarait, hier: “ Je souhaite apporter mon témoignage rapidement. Je n'ai rien à cacher. La commission doit avancer. Et entrer dans le vif du sujet. Vous savez? Dans cette saga Fortis, je n'ai été qu'un petit joueur marginal. Pas un protagoniste ”. En déclarant “ mais je peux évidemment comprendre que d'autres ne veulent pas comparaître ”, Leterme aurait fait une allusion à peine voilée, selon le journal flamand, au ministre des Finances Didier Reynders.

    Leterme favorable à la commission. De Decker la désapprouve. Pourtant, les faits reprochés sont graves. Le MR, et Didier Reynders en particulier, aurait-il quelque chose à se reprocher. “ Ce qui est certain, c'est que Didier Reynders ne pouvait, lui-même, se positionner contre cette commission ”, explique Régis Dandoy, politologue à l'ULB. “ La question qui se pose: a-t-il mandaté Armand De Decker pour se positionner sur le sujet? Ou est-ce, uniquement, l'opinion du président du Sénat? Une chose me paraît claire, en tout cas, la proximité des élections régionales de juin prochain, et le rôle joué par Didier Reynders dans le dossier Fortis peuvent expliquer le fait que De Decker se prononce en faveur de l'arrêt de la commission ”.

    “ Reynders n'a rien perdu ”

    Mais encore? “ Forcément, la commission d'enquête Fortis va faire ressortir des responsabilités. Et des noms. On sait que Didier Reynders sera cité à comparaître. À l'approche des élections, c'est un peu gênant. Armand De Decker essaie donc de protéger son président de parti ”.

    Il n'empêche: la position de De Decker interpelle, alors qu'Yves Leterme souhaite, de son côté, s'exprimer au plus vite pour écarter les soupçons qui pèsent sur lui...

    “ L'ancien Premier ministre CD & V n'a plus rien à perdre, puisqu'il a déjà tout perdu... ”, explique Régis Dandoy. “ Cette commission est donc une belle opportunité, pour lui, de se blanchir, et de se refaire une belle virginité. Contrairement à Reynders qui n'a encore rien perdu, Leterme a tout intérêt à ce que cette procédure aille jusqu'à son terme ”.

    Le politologue précise également: “ Pour le bon déroulement de la campagne et des élections, ce serait profitable à tous que les deux commissions commencent leurs travaux. Et tirent leurs conclusions assez rapidement. Histoire que le climat ne soit pas trop malsain... ”