Les Hautes-Alpes face à l’urgence climatique

Perché à 3 450 m d'altitude, dans le Parc national des Écrins, le refuge de l'Aigle produit la totalité de sa consommation énergétique grâce à sa toiture photovoltaïque.
Perché à 3 450 m d'altitude, dans le Parc national des Écrins, le refuge de l'Aigle produit la totalité de sa consommation énergétique grâce à sa toiture photovoltaïque.

Ici ni grand groupe, ni activité industrielle polluante. L'économie est portée par l'agriculture et le tourisme au cœur ou en bordure de trois parcs naturels (Parc national des Ecrins, Parcs Naturel Régional du Queyras et des Baronnies Provençales). Les Hautes-Alpes ne comptent que 140 000 habitants (soit le troisième département le moins peuplé de France métropolitaine), la densité est de 27 habitants par km² et même au plus fort de la saison touristique, la population de visiteurs ne dépasse pas les 270 000 personnes.

A la veille de la saison d'hiver 2019-2020, tour d'horizon des initiatives dans les Hautes-Alpes (dans ses stations de sports d’hiver en particulier) pour consommer moins d’énergie, modifier les habitudes alimentaires, se déplacer autrement, être tout à la fois vert et prospère.

Quatre leviers majeurs du changement

1er levier / Consommer moins d'énergie

Les Hautes-Alpes ont su tirer le meilleur parti de leurs ressources naturelles pour la production d'énergie, tout en les préservant. Serre-Ponçon illustre à merveille cette particularité. Ce barrage hydraulique produit à lui seul l'équivalent de 50% de la production d'électricité de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur et s’affiche comme l'une des cinq plus importantes sources d'énergies renouvelables de France. Les stations des Hautes-Alpes tirent, elles aussi, bénéfice de cet environnement remarquable et innovent à l'instar de la station des Orres qui a réussi le tour de force de baisser sa consommation d’énergie de 25%. Et que dire de Serre Chevalier qui s’emploie à tirer le meilleur parti des atouts naturels de la montagne en proposant un mix-énergétique autour de l’éolien, du photovoltaïque et de l’hydraulique pour couvrir 1/3 de ses besoins.

Première station européenne à participer en 2012 à un programme européen visant la neutralité carbone des Alpes en 2050, Les Orres installent aujourd’hui 30 nouveaux capteurs et panneaux solaires permettant l’autoconsommation de petites installations. Au final, la station a réalisé 25% d’économie en consommation électrique, réduit de 7% ses émissions de gaz à effet de serre, de 77% sa consommation en heures creuses et 65% de consommation hors saison soit 2% d’économie sur sa facture énergétique.

Serre Chevalier est la première station de ski à produire sa propre électricité en combinant trois types d’énergies renouvelables : hydroélectricité, photovoltaïque et micro-éolien sur huit sites de production différents. Objectif : produire 30% de la consommation électrique totale du domaine skiable d’ici 2021. A noter qu’en 2018, Serre Chevalier a été le premier domaine skiable des Alpes du Sud à obtenir le Label Green Globe, la première certification au monde dédiée au développement durable du tourisme.

2ème levier / Modifier ses habitudes alimentaires

Ici, les terres agricoles façonnent les paysages en couvrant 35% de la superficie du département. Elles sont cultivées par quelques 1 900 agriculteurs, souvent jeunes (plus de 107 installations nouvelles en deux ans) et pluriactifs (un agriculteur sur quatre fait les saisons car stations et agriculture font bon ménage). Riches de trois Indications Géographiques Protégées (l'agneau, la pomme et le vin), d'une large gamme de produits issus d’une agriculture raisonnée souvent biologiques (20% des surfaces agricoles alors que la moyenne nationale est de 5%), d’une bonne organisation de la distribution sur des circuits de proximité, les producteurs locaux ont créé la marque Hautes-Alpes Naturellement pour faire valoir la qualité de leurs productions. Ce sont 154 produits référencés qui ont fait une percée remarquable dans les épiceries, les restaurants et les points de vente directs qui font florès, pour le plaisir de touristes de plus en plus locavores.

Hautes-Alpes Naturellement c’est une origine garantie des produits ; des produits respectant la qualité, la saisonnalité, la cueillette à maturité ; une gamme diversifiée de produits à base de légumes, fruits, jus de fruits, miels, vins, viandes, charcuteries, fromages, laitages, œufs, eaux, spécialités comme les « tourtons » mais aussi plants de fleurs, d'arbres et d'arbustes, etc. ; des circuits de distribution de proximité pour garantir un prix plus juste au producteur et au consommateur ; chez les restaurateurs, le savoir-faire d'une cuisine du terroir à base de produits haut-alpins.

3ème levier / Se déplacer autrement

Si le transport représente à lui seul 31% des émissions de gaz à effet de serre françaises et pèse lourd dans le bilan carbone des destinations touristiques ; ici son impact est moindre au regard du poids des clientèles de proximité. Ces dernières génèrent à elles seules 46% de l'activité (35% d'entre elles sont originaires de la Région Sud, 9% des départements limitrophes d’Auvergne-Rhône-Alpes et 2% d'Italie, des transalpins qui profitent de la facilité d'accès aux stations frontalières). Par ailleurs, les touristes revoient leurs habitudes de déplacement en privilégiant les transports collectifs. Les autocaristes et les collectivités locales ont ouvert avec succès une série de lignes régulières pour desservir les grandes métropoles (Paris, Lyon, Marseille ou Turin) ou les gares TGV (Oulx, Aix). Quant au train de nuit Paris-Briançon, sauvé in-extremis grâce à la mobilisation locale, il est promis à un bel avenir. La SNCF enregistre une croissance de fréquentation remarquable avec des tarifs bas (à partir de 29 euros le billet aller-retour), de plus l'Etat vient d’annoncer un ambitieux programme de rénovation des rames (30 millions d'euros).

Grâce au Syndicat Mixte d’Electrification (Autorité locale d’Organisation et de Distribution de l’Electricité), les Hautes-Alpes disposent d’un réseau de 80 bornes électriques E-BORN, 11 bornes de recharges rapides de 50 kW, 69 de recharges accélérées de 22 kW, accessibles 24h/24 et 7j/7. 57 communes du département sont équipées, soit une borne tous les 25 km ! Le dispositif comprend également une station de recharge extrêmement innovante à Baratier. Une ombrière intelligente, connectée au réseau, et composée de sept structures porteuses de 40 modules photovoltaïques, pour une puissance installée de 93,6 kWc. Le dispositif de stockage, d’une capacité de 0,4 MWh, est constitué de batteries recyclées de véhicules électriques, afin d’optimiser leur cycle de vie.

4ème levier / Être vert et prospère

Les Hautes-Alpes comptent 27 stations de sports d'hiver, qui emploient directement 12 000 personnes et génèrent les 2/3 du chiffre d'affaires touristique annuel du département, soit 870 millions d'euros en 2019. Elles en sont la locomotive économique. Pour autant, avec 22,7 millions de nuitées touristiques (dont 37% l’hiver, 47% l’été et 16% le printemps et l’automne), l’activité est plutôt bien répartie sur le territoire et tout au long de l’année. Rares sont les destinations qui ont cette chance. Aménagement des domaines skiables, développement immobilier, diversification des activités, les investissements réalisés témoignent du juste équilibre entre développement économique et préservation de l’environnement. L’ouverture cet hiver du complexe d’hébergements Alpin Cocoon ou du centre de bien-être O’dycéa symbolisent parfaitement ce mouvement.

9 dômes géodésiques appelés cocoons composent le nouveau complexe hôtelier Alpin Coccon aux Orres. Ces bulles - parfaitement intégrées et nichées en forêt -, auxquelles on accède skis aux pieds, abritent des chambres imaginées pour contempler la nature par une baie transparente à 160°. L’exploitation du site veille à être la plus respectueuse de l’environnement avec limitation notamment de l’éclairage au sein du complexe et une faible consommation d’énergie

Dans la vallée du Dévoluy, la station de La Joue du Loup propose de vivre des expériences sensorielles en communion avec la nature grâce à O’dycéa. Ce centre de bien-être qui s’inscrit au cœur de la politique de diversification du massif vient compléter l’activité du domaine skiable et celle du centre sportif de récemment ouvert à Superdévoluy. 1 700 m² de bains, spas, jacuzzi, sauna, hammam, espaces de soins et de massage pour un investissement de 6 millions d’euros.

Reste la question de la neige. Après plusieurs années de bon enneigement et de croissance, Yvan CHAIX, le Directeur de l’Agence de Développement, rappelle que « les prévisions d’enneigement à horizon 2050, l’apport des pratiques de damage et de préparation des domaines et la mobilisation pour faire face aux besoins d’équipement en neige de culture mettent en évidence la résilience des stations des Hautes-Alpes.» Il remet également en perspective, les conséquences des évolutions climatiques après les dernières publications des experts du G.I.E.C. : « Si les projections des experts au-delà de 2100 sont avérées, les Alpes seront un refuge, le dernier des refuges. La fonte des glaciers et le manque de neige auront certes des répercussions pour les montagnards mais plus encore pour les populations situées en piedmont. Les Hautes-Alpes fournissent en effet l’essentiel de l’eau consommée en Provence-Alpes-Côte d’Azur, la chaîne Durance-Verdon assure l'irrigation de 100 000 hectares de terres agricoles, le bon fonctionnement de centaines d’activités industrielles et 27% de la consommation en eau potable de 6 millions d'habitants, rien de moins. Les Haut-Alpins savent mieux que quiconque s’adapter, valoriser leur environnement tout en le préservant ; que chacun en fasse autant. »

A l'heure où chacun verdit son discours, il y a ceux qui disent et ceux qui font. De toute évidence, les Hautes-Alpes montrent la voie, celle d’un territoire de montagne parmi les plus exposés et les plus vertueux qui soient.

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