Le gouvernement roumain renversé par le parlement: «Je pars avec la conscience du devoir accompli»

Viorica Dancila, première ministre roumaine déchue
Viorica Dancila, première ministre roumaine déchue - Photo News

C’est une motion de défiance qui a scellé le sort des sociaux-démocrates après moins de trois ans de pouvoir qui se sont transformés en course d’obstacles pour ce parti de gauche aux accents populistes et eurosceptiques.

Le gouvernement de la Première ministre Viorica Dancila a fait les frais de cette impopularité croissante et n’a pas survécu au vote de 238 élus, sur un total de 465 députés et sénateurs, qui ont demandé son départ.

Mme Dancila, patronne du parti social-démocrate (PSD) est le troisième chef du gouvernement roumain débarqué depuis le retour au pouvoir de cette formation, fin 2016. Ses prédécesseurs avaient été limogés par le PSD lui-même, faute d’être assez loyaux aux caciques du parti.

Les sociaux-démocrates, héritiers de l’ancien parti communiste, ont été ces dernières années accusés de saper l’Etat de droit dans le pays et d’isoler la Roumanie sur la scène européenne par leurs critiques répétées des instances de l’UE.

La première ministre s’exprime devant les deux chambres parlementaires
La première ministre s’exprime devant les deux chambres parlementaires - Photo News

Devoir accompli

Ils ont notamment mené au pas de charge une refonte controversée du système judiciaire, vivement décriée par Bruxelles et destinée selon l’opposition, à blanchir des hommes politiques accusés de corruption. Des dizaines de milliers de Roumains sont descendus dans la rue des mois durant pour défendre l’indépendance de la justice.

Le chef de l’Etat de centre droit Klaus Iohannis, aux relations exécrables avec le gouvernement PSD, a dénoncé jeudi la «débâcle» de leur mandat. Après des consultations menées dès vendredi auprès de tous les partis, il devrait confier à l’opposition le soin de former une nouvelle majorité.

Je vais proposer un exécutif avec un mandat clair, qui assure la gestion responsable et efficace du pays jusqu’aux prochaines élections, à terme ou anticipées», a-t-il déclaré lors d’une allocution télévisée.

Il a jugé souhaitable des élections anticipées, estimant cependant difficile de les mettre en oeuvre avant le terme de la mandature prévu fin 2020.

«Incompétence», «clientélisme», «corruption» : l’opposition s’est déchaînée jeudi contre l’exécutif accusé d’avoir «raté toutes les opportunités» offertes par la forte croissance économique enregistrée en Roumanie ces dernières années et d’avoir fait du pays «l’Etat le plus vulnérable au sein de l’UE».

«Je pars avec la conscience du devoir accompli», a toutefois lancé Mme Dancila, 55 ans, à l’issue du vote.

La chute du gouvernement Dancila enterre par ailleurs la deuxième proposition de Bucarest pour la candidature roumaine au poste de commissaire européen. La première personnalité désignée avait été rejetée par les eurodéputés.

M. Iohannis a annoncé qu’il ferait rapidement une nouvelle proposition de candidat à la future présidente de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen.

Revers en série

Pressenti pour former le futur gouvernement roumain, le chef des Libéraux, Ludovic Orban, est loin de faire l’unanimité. Les Libéraux, principal parti d’opposition dont est issu M. Iohannis, devront composer avec d’autres formations dont les intérêts et les priorités divergent, comme le parti anti-système USR, mais aussi avec une formation de gauche issue d’une scission avec le PSD et les centristes de l’ALDE.

La motion de défiance pourrait en outre avoir un impact direct sur l’élection présidentielle dont le premier tour est prévu le 10 novembre et auquel Mme Dancila est candidate pour les sociaux-démocrates. Sa chute réduit encore ses chances d’arriver au second tour, laissant présager d’un nouveau revers pour le PSD.

En place depuis janvier 2018, le gouvernement de Mme Dancila avait été fragilisé par l’échec aux élections européennes de mai, suivi en août par la rupture de la coalition ALDE. Mme Dancila dirigeait depuis lors un gouvernement minoritaire.

Ces turbulences politiques interviennent sur fond d’indicateurs économiques inquiétants: le nouveau gouvernement devra rédiger le projet de budget 2020 alors que les dépenses publiques ont explosé.

Malgré de forts taux de croissance ces dernières années, le Fonds monétaire international (FMI) a mis en garde contre le risque d’un dérapage du déficit et appelé Bucarest à renoncer à un doublement des retraites d’ici 2022 comme promis par les sociaux-démocrates.

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