Offensive turque en Syrie: Angela Merkel soutient une initiative controversée de zone de protection en Syrie

Offensive turque en Syrie: Angela Merkel soutient une initiative controversée de zone de protection en Syrie
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Cette idée, qui se veut une réponse à l’offensive turque dans la région, est « très prometteuse, même si de nombreuses questions sont encore ouvertes », a jugé la chancelière allemande au cours d’une réunion à huis clos avec le groupe parlementaire de son parti conservateur CDU, a dit à l’AFP une source proche de cette formation.

Elle a précisé qu’elle évoquerait cette initiative à l’occasion d’une rencontre avec le président français Emmanuel Macron, le Premier ministre britannique Boris Johnson et le dirigeant turc Recep Tayyip Erdogan, qui est envisagée en marge du sommet de l’Otan organisé les 3 et 4 décembre près de Londres.

Mme Merkel a également souligné qu’une telle démarche ne se ferait pas « sans un mandat des Nations unies ». « Nous avons le devoir de chercher des solutions à la crise », a-t-elle insisté devant les députés de son parti.

Sa ministre de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, qui préside par ailleurs le parti conservateur de la chancelière, a expliqué dans plusieurs médias cette initiative par la nécessité de « poursuivre la lutte contre (l’organisation) Etat islamique ».

Elle a parlé d’une « zone de sécurité contrôlée internationalement avec implication de la Turquie et de la Russie, dans le but d’apaiser la situation sur place ».

La ministre a également mis en avant la nécessité de participer à la reconstruction de la région et de faire en sorte que les Kurdes fuyant le groupe EI ou l’avancée des troupes turques « puissent rentrer chez eux ».

Problème : cette initiative n’avait manifestement pas été préparée de concert avec le partenaire social-démocrate (SPD) au sein de la coalition gouvernementale allemande, traditionnellement beaucoup moins favorable à des missions militaires à l’étranger.

Le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas, membre du SPD, a ainsi accueilli la proposition avec réserve.

« Il y a aussi, et cela est incontestable, une certaine confusion parmi nos partenaires » après cette proposition, a-t-il relevé, regrettant au passage d’avoir été informé de cette initiative par un simple sms de sa collègue de la Défense.

« La diplomatie du sms (…) conduit rapidement à la diplomatie du SOS », a-t-il raillé.

M. Maas a aussi rappelé l’échec d’une précédente initiative en vue de mettre en place d’une zone sécurisée internationale notamment au moment des combats intenses à Alep fin 2016 qui ont tout particulièrement frappé les civils.

L’initiative de l’Allemagne est inhabituelle, ce pays étant, en raison de son passé nazi, toujours très réticent à envoyer ses soldats à l’étranger. Tout déploiement requiert en outre l’aval, incertain, de la chambre des députés.

Un responsable de la CDU, Roderich Kiesewetter, a estimé qu’il faudrait au moins 15.000 soldats et 15.000 membres du personnel civil pour sécuriser la zone le long de la frontière de 450 km entre la Syrie et la Turquie.

La ministre de la Défense devrait débattre de son initiative « dans le cadre de l’Otan dans les prochains jours ».

Ankara a déclenché le 9 octobre une offensive contre des combattants kurdes dans le nord-est de la Syrie à la suite de l’annonce du retrait militaire américain de la région.

La Turquie, qui réclame une « zone de sécurité » à sa frontière, a depuis suspendu son offensive à la faveur d’une fragile trêve négociée entre Américains et Turcs.

Moscou, acteur international majeur dans la guerre en Syrie, a de son côté dit ne pas avoir encore arrêté de position sur cette initiative qu’il va « étudier ».

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