Conditions de vie précaires des jeunes retraités: 1 Belge sur 2 anticipe sa pension à cause du stress au travail

Conditions de vie précaires des jeunes retraités: 1 Belge sur 2 anticipe sa pension à cause du stress au travail

Lors de ses Grandes Enquêtes, Solidaris vous a interrogé sur de nombreux thèmes qui influent directement sur votre quotidien. La seconde enquête que nous analysons pour vous, concerne la pension. Et plus particulièrement, le ressenti des jeunes pensionnés. En effet, Solidaris a questionné uniquement des prépensionnés ou pensionnés qui sont sous l’un de ces statuts depuis moins de cinq ans. Lors de la précédente Grande Enquête en 2015, les Belges avaient pris en moyenne leur pension ou prépension à 60 ans.

Quatre ans plus tard, l’âge moyen est passé à 62,2 ans. Il est entretemps devenu plus compliqué de quitter sa profession, les candidats sont donc moins nombreux à oser prendre un départ anticipé. 75% des retraités de moins de 5 ans étaient partis de leur boulot avant l’âge légal en 2015. Ils n’étaient plus que 45% à avoir pu le faire en 2019. Des hommes et des femmes qui font pourtant face à de grandes difficultés professionnelles et qui sont loin d’être épanouis.

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En forte hausse

Parmi les interrogés, 49,7% des Wallons et Bruxellois affirment avoir pris leur retraite anticipée pour réduire leur stress dans leur vie professionnelle. Ils estimaient être sous pression en raison d’une forte charge de travail. En 2015, seuls 35,3% des jeunes retraités l’affirmaient. C’est un pic de 14 points en à peine quatre ans. Le stress est la raison la plus mise en avant pour dire au revoir plus tôt que prévu à ses collègues et à sa hiérarchie. À l’inverse, 29% des interrogés assurent que le stress ne les a pas poussés à demander leur pension avant l’âge légal.

« Le stress est en augmentation. Aujourd’hui, on montre à un travailleur de 45 ans qu’il est trop âgé pour le monde du travail. Mais, de l’autre côté, on l’oblige à travailler toujours plus longtemps avec le recul de la pension. Et rien n’est fait pour eux ! Il n’y a rien pour améliorer leurs conditions de travail. Au contraire, on met des règles plus strictes sur les temps partiels qui pourraient pourtant les aider à prolonger leur carrière », analyse Valérie Delincé, spécialisée dans le vieillissement, les soins et l’aide à domicile. « Qui plus est, les perspectives d’avenir dans leur profession ne sont plus celles que ces travailleurs s’étaient imaginées il y a quelques années. Ils sont donc stressés car ils se projettent dans un avenir négatif et sans aucune bouée de sauvetage pour les aider ».

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38% de démotivés

Des retraités stressés mais aussi lassés. Alors qu’ils étaient 24,2% à prendre leur pension avant l’heure en 2015 suite à de la démotivation et de la lassitude, ils sont aujourd’hui 38,3% à le faire. C’est également 14 points de plus. Un sentiment qui touche de plus en plus les femmes.

« La démotivation croissante vient du fait que l’entreprise n’est pas outillée pour aider les travailleurs les plus âgés. Il y a des choses mises en place comme le parrainage des plus jeunes par les plus anciens. Mais, ce n’est pas suffisant. L’entreprise vit dans son contexte économique et ne prend plus le temps de valoriser l’expérience de ses employés. On ne peut donc pas être motivé car on nous fait sentir qu’on est ‘has been’ dès 45 ans», affirme Valérie Delincé, appartenant à l’ASBL Autonomis. « Puis, il y a des éléments qui pèsent plus au fur et à mesure du temps. Quand on perd 1h30 sur la route ou dans les transports tous les matins et tous les soirs, on est lassé. Et, là encore, on ne leur offre pas de solutions, tel que le télétravail, pour les soulager et les remotiver ».

28% pour profiter

Enfin. Les jeunes retraités sont stressés, lassés et tristes de ne pas avoir pu profiter davantage de la vie. 28,4% ont, en effet, pris leur pension anticipée car ils voulaient faire ce qu’ils n’avaient jamais eu le temps de faire en travaillant. C’est 2 points de plus que lors de la précédente enquête (26,9%). Un sentiment qui atteint avant tout les femmes et les personnes ayant réussi à mettre beaucoup d’argent de côté au cours de leur carrière.

« Aujourd’hui, on est dans une mentalité: je travaille, donc je suis. On ne valorise pas toutes les activités socioculturelles et familiales. Les travailleurs n’ont pas assez d’espace de flexibilité pour celles-ci. Quelqu’un qui consacre ses soirées, après ses heures de travail, à une école du devoir devrait être reconnu et avoir accès à des aménagements », conclut Valérie Delincé.

Précisons que pour réaliser cette enquête, Solidaris a interrogé 496 Wallons et Bruxellois, représentatif de la population belge francophone.

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