Paris et Istanbul se renvoient la balle: Emmanuel Macron riposte aux insultes du président turc Recep Tayyip Erdogan

Les deux hommes d’états réunis au sommet du G20 à Osaka en juin dernier.
Les deux hommes d’états réunis au sommet du G20 à Osaka en juin dernier. - Photo News

Reprenant les déclarations du président français qui avait jugé l’Otan en état de « mort cérébrale » et avait appelé à revoir la stratégie de l’Alliance, le chef de l’Etat turc a répliqué avec véhémence en reprenant ces termes à son encontre.

« Ces déclarations ne siéent qu’à ceux dans ton genre qui sont en état de mort cérébrale », a-t-il lancé dans un discours à Istanbul. « Fais d’abord examiner ta propre mort cérébrale », a-t-il martelé.

Paris a aussitôt riposté en convoquant l’ambassadeur de Turquie au ministère des Affaires étrangères. « Soyons clairs, ce n’est pas une déclaration, ce sont des insultes », a réagi la présidence française au sujet de ce qu’elle a qualifié de « dernier excès » en date de M. Erdogan.

Le même ambassadeur, Ismail Hakki Musa, avait déjà été convoqué au Quai d’Orsay le 10 octobre, au lendemain du lancement de l’offensive turque contre la milice kurde des YPG dans le nord de la Syrie.

Cette intervention contre un allié clé dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI), avec l’approbation tacite de Donald Trump, a mis le feu aux poudres au sein de l’Otan où les Européens sont directement visés par la menace jihadiste.

Emmanuel Macron, parmi les plus critiques, a déploré jeudi que la Turquie ait mis ses alliés « devant le fait accompli » et réclamé une réflexion sur le rôle et la stratégie de l’Alliance qu’il entend mettre sur la table au sommet de mardi et mercredi.

La Turquie est exaspérée de son côté par le soutien de la France aux Forces démocratiques syriennes (FDS) et par ricochet à une de ses principales composantes, la milice kurde des YPG, qu’Ankara considère comme une extension du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), son ennemi juré.

Un rabibochage en vue ?

« Depuis qu’Emmanuel Macron a reçu les FDS, la dégradation est très sensible », constate Didier Billion, expert sur la Turquie à l’Institut de Relations internationales et stratégiques (Iris) à Paris.

Le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu a accusé jeudi M. Macron de « parrainer le terrorisme ». En novembre, la Turquie s’était aussi emportée après des propos français sur son « jeu politique » supposé dans l’enquête sur l’assassinat du Saoudien Jamal Kashoggi à Istanbul.

En janvier 2018, Emmanuel Macron avait jeté un froid en déclarant devant son homologue turc en visite à l’Elysée que la situation des droits de l’Homme en Turquie excluait « toute avancée » dans les négociations d’adhésion à l’UE.

Les relations franco-turques avaient déjà connu de fortes turbulences sous la présidence de Nicolas Sarkozy (2007-2012), mais elles s’étaient alors cristallisées sur la reconnaissance du génocide arménien.

« La différence c’est qu’avec Sarkozy cela s’était étendu dans la durée. Pour l’instant on ne peut pas en dire aurant de Macron. Est-ce qu’ils vont se rabibocher ou continuer ? Il est trop tôt pour le dire », considère Didier Billion.

La réponse pourrait tomber dès la semaine prochaine à Londres où les deux dirigeants se retrouveront pour parler de la Syrie, en marge du sommet de l’Otan, avec la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre Boris Johnson.

Selon le chercheur de l’Iris, le président turc adore rebondir sur « ce type de situations conflictuelles » qui lui permettent de jouer la carte de l’unité nationale en surfant sur la fibre nationaliste turque.

Il est aussi servi par le franc-parler du président français, qui ne se fait pas que des amis en bousculant ses interlocuteurs là où il estime qu’il y a urgence.

Emmanuel Macron et son épouse Brigitte avaient déjà essuyé une série de piques et insultes venues du Brésil cet été – un ministre l’avait traité de « crétin opportuniste » – qui s’était conclue par une passe d’armes avec le président Jair Bolsonaro.

A Londres, le président français attendra surtout « une clarification » sur le rôle que la Turquie entend jouer dans l’Otan. « Maintenant c’est à la Turquie de donner les réponses que nous mais aussi beaucoup d’alliés attendons », a relevé la présidence française.

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