Kirk Douglas, légende du cinéma, nous a quittés: l’acteur est décédé à l’âge de 103 ans

En 2006.
En 2006. - Reuters

L’acteur Kirk Douglas, icône de l’âge d’or hollywoodien qui incarnait l’image du héros américain, est mort mercredi à l’âge de 103 ans, a annoncé son fils Michael Douglas.

« C’est avec une immense tristesse que mes frères et moi vous annonçons que Kirk Douglas nous a quittés aujourd’hui à l’âge de 103 ans. Pour le monde, il était une légende, un acteur de l’âge d’or du cinéma (…) mais pour moi et mes frères, Joel et Peter, il était simplement papa », écrit Michael Douglas sur sa page Facebook.

« Kirk a eu une belle vie et il laisse derrière lui des films pour les générations à venir, et le souvenir d’un philanthrope reconnu qui a œuvré pour le bien public et la paix dans le monde », poursuit l’acteur.

Kirk Douglas a joué dans une centaine de films, dont les meilleurs sont devenus des classiques, comme « Vingt mille lieues sous les mers » (1954), « Les sentiers de la gloire » (1957) et surtout « Spartacus » (1960) un peplum engagé, en pleine chasse aux communistes, qui en avait fait une vedette mondiale.

Grand séducteur, il avait multiplié les conquêtes mais vivait depuis 1954 avec la même femme, Anne Buydens, rencontrée en France et devenue sa seconde épouse.

La légende d’Hollywood avait subi une attaque cérébrale en 1996, puis une attaque cardiaque en 2001.

Portrait: Kirk Douglas, le fils de chiffonnier devenu légende d’Hollywood

Portrait: Kirk Douglas, le fils de chiffonnier devenu légende d’Hollywood

« Je resterai toute ma vie un homme en colère », disait-il. « La colère a été le moteur de ma vie, une colère immense contre l’injustice ».

Colère contre son enfance aussi. Une enfance misérable à la David Copperfield où il souffre en outre de l’antisémitisme et de l’indifférence d’un père alcoolique et analphabète, auquel il envoie un jour une cuillère au visage.

« Et pourtant parfois je me dis que c’est un avantage d’être né dans la misère : vous ne pouvez pas aller plus bas, vous ne pouvez que vous élever », philosophait à la fin de sa vie le père de l’acteur Michael Douglas.

Kirk Douglas, de son vrai nom Issur Danielovitch Demsky, voit le jour le 9 décembre 1916 à Amsterdam, petite ville de l’Etat de New York.

Il grandit au milieu de six soeurs et n’a qu’un seul rêve : devenir comédien. Mais il doit d’abord travailler comme serveur de cafeteria et lutteur de foire pour payer ses études.

Débarqué à New York, « Izzy » change de nom et parvient à intégrer l’Académie d’art dramatique où il croise la future Lauren Bacall, qui refuse ses avances mais restera toujours son amie.

On est en 1942, en pleine Seconde Guerre mondiale, Kirk Douglas s’enrôle dans la marine et fait la campagne du Pacifique à bord d’un chasseur de sous-marins.

Démobilisé, il enchaîne les petits rôles avant de connaître le succès en 1949 avec « Le Champion », où il campe un boxeur caractériel.

Dès lors, la carrière de l’acteur au regard azur et à la célèbre fossette au menton décolle : films d’aventures (« Vingt Mille Lieues sous les mers », 1954), péplum (« Spartacus », 1960), films de guerre (« Les Sentiers de la gloire », 1958, « Paris brûle-t-il ? », 1966), westerns (« La Captive aux yeux clairs », 1952, « Règlement de comptes à OK Corral », 1957)…

Ce grand ami de Burt Lancaster tourne avec les plus grands réalisateurs, de Kubrick à Mankiewicz en passant par Huston, Minelli, Hawks, Preminger et Kazan, devient producteur et réalise lui-même quelques films.

Il fait parfois des choix à contre-courant de son image de héros courageux et invincible, comme dans « La vie passionnée de Vincent Van Gogh », qui lui vaut cette apostrophe de John Wayne : « Comment as-tu osé jouer une mauviette, un artiste qui se suicide ? Les durs dans notre genre ont l’obligation de maintenir cette image pour le public ».

Le Casanova d’Hollywood

Il confesse un grand regret au cinéma : ne pas avoir décroché le rôle de « Vol au-dessus d’un nid de coucou », le chef-d’oeuvre de Milos Forman de 1975.

« C’est une tragédie pour moi. C’est Nicholson qui l’a eu et il a eu un Oscar. Et moi je n’en ai pas… ».

Kirk Douglas finira toutefois par remporter, en 1995, un Oscar d’honneur récompensant l’ensemble de sa carrière.

Acteur engagé, proche depuis toujours des démocrates, il n’hésite pas, en pleine chasse aux sorcières maccarthyste dans les années 1950, à embaucher un scénariste figurant sur la liste noire des personnes à ne pas embaucher en raison de leurs supposées sympathies communistes.

On le surnomme « l’emmerdeur ». « A cause de mon franc-parler, j’ai longtemps été l’acteur le plus détesté d’Hollywood ».

En dehors des plateaux, Kirk Douglas multiplie les conquêtes féminines au point d’être considéré comme « le plus grand Casanova d’Hollywood ».

« Je n’ai jamais compté les femmes que j’ai eues. Je les aime bien trop pour ça », dit-il. Ce qui ne l’empêche pas d’égrainer les noms de Gene Tierney, Rita Hayworth, Marlene Dietrich, Pier Angeli, Joan Crawford, Ava Gardner…

Il vivait toutefois depuis 1954 avec la même femme, Anne Buydens, rencontrée en France et devenue sa seconde épouse.

Sur le tard, il se met à l’écriture, publie son autobiographie – « Le fils du chiffonnier » – et plusieurs romans.

Il échappe plusieurs fois à la mort : accident d’hélicoptère en 1991, dont il ne sort que légèrement blessé mais où deux personnes périssent, attaque cérébrale en 1996, attaque cardiaque en 2001.

Une période qui correspond à son retour à la foi : le jour de ses 83 ans, il refait sa Bar Mitzvah, comme à ses 13 ans.

Kirk Douglas laisse derrière lui une dynastie du cinéma. Deux fils comédiens, dont Michael, né d’un premier mariage et désormais au moins aussi célèbre que son père, deux autres fils producteurs, une belle-fille actrice, Catherine Zeta-Jones, et un petit-fils, Cameron, également comédien.

Kirk Douglas en quelques films

Kirk Douglas en quelques films

– Le champion (1949)

C’est l’un de ses premiers rôles qui le fait décoller : celui d’un boxeur à l’ambition dévorante dont on suit l’ascension et la chute.

Dans ce film de Mark Robson, l’acteur joue avec toute la fougue et l’opiniâtreté dont il fit preuve pendant le reste de sa carrière. Il remporte la première de ses trois nominations aux Oscars et un contrat avec la Warner.

« Jusqu’à ce que je fasse +Le champion+, je ne pensais pas être solide et puis après je suis devenu un gars coriace », affirma-t-il dans la revue « The Hollywood reporter ».

– Vingt mille lieues sous les mers (1954)

Cette adaptation du roman éponyme de Jules Verne est le premier film de Disney en prises de vues réelles. Tourné en CinemaScope, procédé au rendu extraordinaire pour les scènes sous-marines, le long-métrage remporte deux Oscars des meilleurs effets visuels et de la meilleure direction artistique.

Pour cette première grosse production dirigée par Richard Fleischer, Disney fait appel à des vedettes d’Hollywood parmi lesquelles Kirk Douglas, qui excelle dans le rôle du harponneur canadien Ned Land face aux tourments aristocratiques de James Mason, le redoutable capitaine Nemo.

– La vie passionnée de Vincent Van Gogh (1956)

Dans l’une des meilleures adaptations biographiques sur le peintre hollandais, Kirk Douglas rompt – sous la direction de Vincente Minnelli – avec ses rôles de durs-à-cuire et incarne brillamment le génie torturé de Van Gogh. Le rôle lui vaut un Golden Globe.

« J’ai failli me perdre dans le personnage », racontait l’acteur dans ses mémoires « Le Fils du chiffonnier » (1988). « Parfois, il fallait que je m’empêche de me toucher l’oreille pour vérifier qu’elle était bien là », confessait-il, faisant allusion au fait que le peintre s’était tranché l’oreille. « Ca a été une expérience effrayante proche de la folie ».

– Les sentiers de la gloire (1957)

Après Vincente Minnelli, la rencontre avec Stanley Kubrick est décisive dans la carrière de Kirk Douglas. Il devient l’un des premiers acteurs hollywoodiens à se lancer dans la production afin d’aider certains films à exister face aux studios prescripteurs.

Avec ce pamphlet antimilitariste en noir et blanc, le jeune Stanley Kubrick fait ses preuves : horreur des tranchées de la Grande Guerre, réquisitoire contre les officiers, procès inéquitables des soldats frondeurs.

Le film – interdit dans de nombreux pays notamment en France pendant vingt ans – ne rapporte rien à Kirk Douglas.

– Spartacus (1960)

En 1960, il produit « Spartacus » réalisé par Stanley Kubrick et embrasse ce grand rôle d’esclave devenu le meneur de tout un peuple contre l’empire romain.

Après un tournage long et difficile, le film remporte un succès mondial et le consacre comme star d’Hollywood mais aussi comme rebelle des grands studios, contribuant à défaire le système qui l’avait fabriqué.

En pleine chasse aux sorcières, il fait notamment apparaître au générique du film un scénariste ostracisé à Hollywood. Son engagement contre le maccarthysme a été une de ses plus grandes fiertés comme il l’expliquait dans son dixième livre, « I am Spartacus ».

« Il faut s’engager, le plus grand pouvoir américain à l’étranger, c’est Hollywood », clamait l’acteur devenu à cent ans, un farouche opposant au président Trump.

– «Seuls sont les indomptés » (1962)

Dans « Lonely are the Brave » de David Miller, film préféré de tout son répertoire, Kirk Douglas interprète un cow-boy rétif au monde moderne, aux côtés de Gena Rowlands qui débute.

« J’aime le propos du film qui consiste à démontrer que si vous essayez d’être quelqu’un, la société va vous réduire en bouillie », écrivait l’acteur qui a tourné dans une quinzaine de westerns.

« Il est difficile d’imaginer qu’un film aussi radical et pessimiste soit réalisé aujourd’hui », expliquait-il dans le New York Times en 2012.

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