Maes: «La réussite est un grand mot, ce qu’il faut, c’est de la constance!»

Maes: «La réussite est un grand mot, ce qu’il faut, c’est de la constance!»

En onze jours seulement, « Les Derniers Salopards » est certifié Disque d’Or. Après « Pure », ton premier album, tu es en route vers un deuxième Disque de Platine. Est-ce qu’à 25 ans, on peut déjà parler de réussite ?

C’est lourd ! Ça me fait plaisir de ouf. J’aimerais bien avoir un deuxième Platine, on est sur la bonne route ! Mais la réussite est un grand mot… Ce qu’il faut, c’est de la constance. Là, il y a eu un impact et il faut encore de la durée. Je pense qu’avec « Réelle vie 2.0 » – sa seconde mixtape – il y a eu un petit impact. Avec « Pure », il y a eu une fissure, et maintenant, il y a un éclat !

Dans le titre « Street », tu dis que tu n’as « toujours pas la vue sur la mer ». Est-ce que Maes peut l’avoir aujourd’hui ?

Pas encore ! Si la Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) elle tombe et qu’elle est bien lourde ça dépend, on ne sait pas… Si ça suffit, pourquoi pas ! Mais plus sincèrement, je pense qu’il faut encore quelques albums. Pour l’instant, je suis là.

Tu as souvent répété que la pochette de cet album représentait le fait de ramener la réussite à la cité. Est-ce que l’on peut dire que la cité a réussi avec « LDS » ?

On va dire que moi je suis la cité donc si je réussis, la cité elle réussit. Je pense que la cité est en bonne voie de réussir. Personnellement, je tire beaucoup de gens avec moi. Ça donne de la lumière à ma ville, à ma cité, aux petits jeunes qui m’entourent, c’est lourd.

C’est quoi la définition d’un « salopard » ? Est-ce que Maes en est un ?

Maes est un grand salopard, sûrement le dernier ! Un salopard, c’est un peu comme un mafieux. Il faut un tout pour être un salopard : ça commence par l’omertà, après c’est comme une mafia. C’est familial !

Au cours de ta carrière, tu as montré deux aspects de ton personnage : d’un côté le rappeur, « Maes », que l’on a connu sur tes mixtapes « Réelle vie », et de l’autre, « Walid », le chanteur de « Pure ». Est-ce que mélanger les deux était voulu dans « LDS » ?

Oui, j’ai vraiment fait un mélange des deux. J’ai bien écouté les conseils que l’on m’a donnés mais aussi les retours que j’ai eus sur « Pure ». Il y avait peut-être beaucoup de chants, or les gens étaient habitués avec un « Réelle vie 2.0 » où je faisais que kicker (rapper) et pas spécialement du chant. Du chant, il y en avait, mais pas beaucoup. J’ai donc bien écouté les retours de mes supporters et j’ai essayé de leur faire un costard sur mesure.

On peut parler d’un « album de la maturité » ou d’une « carte de visite » ?

Je pense que c’est l’album de la maturité, on peut le dire ! Avec « Pure », je découvrais encore ma voix, l’Auto-Tune… Aujourd’hui l’Auto-Tune je le manie de mieux en mieux. Je pense que « LDS » est vraiment un album abouti, mon premier album bien abouti.

Comment fait-on quand l’on est un garçon originaire de cité et que l’on veut montrer à ses amis que l’on chante ?

Tu ne le dis pas (rires) ! Tu vas faire le son, tu le mets et si le son est bien, t’inquiète même pas ! Après, il y a chanter et chanter. Il y en a qui chantent vraiment mieux que moi. Moi, on va dire que je chantonne. Après, je sais monter ma voix, j’apprends encore aujourd’hui à essayer de la monter encore plus, mais je ne me vois pas comme un très bon chanteur. Sans Auto-Tune, ma voix elle n’est pas très belle…

Comment la travailles-tu ?

Je ne la travaille pas spécialement au quotidien. J’ai plus beaucoup d’imagination au niveau des mélodies. Je travaille aussi avec des beatmakers qui ont eux-mêmes beaucoup d’imagination.

Bersa…

De ouf, j’allais te le dire, t’es chaud ! De fait, Bersa par exemple, il a de superbes belles mélodies. En plus, il s’imprègne de moi, ça veut dire qu’il se met dans ma peau, il a cette capacité-là. Il produit Benab, un autre rappeur, et se met dans sa peau quand il fait des toplines. Il peut travailler avec Marwa Loud, il va se mettre dans sa peau. Après, comme je t’ai dit, j’ai aussi beaucoup d’imaginations, beaucoup de toplines, comme pour le titre « Imparfait ». De A à Z, c’est moi. Les paroles, la mélodie, tout, tout, tout, tout.

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Est-ce que le rappeur « Maes » permet à « Walid » de vaincre sa timidité ?

Walid, il est réservé. Maes, c’est un dernier salopard. Walid, il est gentil. Maes, il est méchant. Walid, il est blanc. Maes, il est noir. C’est un paradoxe.

« Blanche », ta collaboration avec Booba, en est un bon exemple. Initialement, le feat était prévu sur « Marco Polo », qui est un son très rappé et non chanté.

Là tout de suite, « Blanche » est « Single d’Or » en deux semaines, deux semaines et demie. Franchement, c’est un truc de ouf ! C’est une question de goût et de choix. Je pense que Booba a plus kiffé « Blanche » que « Marco Polo ». Je lui ai envoyé les deux sons, il avait le choix. De base, j’étais plus partant pour un « Marco Polo », pour changer d’un « Madrina 2.0 ». Mais après, quand tu vois le succès que « Madrina » a eu, ça a changé ma carrière, ça a changé ma vie ! Il y a le Maes avant « Madrina », et il y a le Maes après. Pourquoi pas enfoncer le clou une deuxième fois, si on peut faire mieux ? En vrai, moi je préfère « Blanche » à « Madrina ». Le succès qu’a eu « Madrina », quand je l’ai chanté en showcase, le temps qu’il a pris pour se faire connaître, ce n’est pas le même temps que « Blanche » a pris, par exemple. Là, c’est trop… Même moi, je n’étais pas prêt ! En showcase, je vais dans des villes paumées et les gens ils connaissent le son, c’est ouf.

Peut-on s’attendre à un feat « noir » entre vous deux, c’est-à-dire « rappé », avec moins de chant ?

Oui, je suis partant ! Soit ça, soit… J’aimerais bien faire un genre de « Haï », le son que Booba a fait avec Gato, un piano-voix. Je suis même partant pour faire un projet avec lui ! Un projet commun où on fera de tout. Il faudra aussi des solos de lui et des solos de moi. C’est en cours ! « 16 Meuz », l’album va s’appeler « 16 Meuz » (rires).

Parlons des feats. Tu as collaboré avec trois pointures du rap actuel avec Booba, Ninho et Jul. Pourquoi ces rappeurs-là et pas des autres ?

Tu te fais toujours une liste de rappeurs dans ta tête. Je me suis fait une liste où je me suis dit ‘ouais, tu les connais, ils t’apprécient’. Ce qu’il faut avant tout, c’est un contact humain. Moi, je suis plus dans le délire humain plutôt que musical. Après, Jul par exemple, c’est un coup de cœur. Je l’écoute depuis que je suis petit. Je kiffe ce qu’il fait, ses mélodies, son univers, son personnage. J’ai posé « Dybala », je lui envoie et il kiffe ! On a un contact en commun, ça veut dire que je passe par cette personne, il kiffe et me le rend bien. Regarde, le titre est premier en France actuellement. Ça se bat avec « Distant », « Blanche »… Je suis trop content ! Mes trois feats ils sont premiers en France, ça veut dire que j’ai réussi mon coup. Il y a grave des albums où il y a grave des blazes, et en vrai ça ne vole pas haut. Ça ne stream – écouter en ligne – pas, ça ne fait rien. Si ça stream, ça veut dire que ça marche !

Pour les clips, je suis dans l’optique que dès que je fais un feat, j’essaie d’aller au bout. Après, c’est selon la disponibilité des gens. Par exemple, je sais que Jul, pour l’attraper en clip, c’est très très compliqué. Le type il a une vie surchargée. Booba pour l’attraper en clip, c’est très compliqué aussi. Il est surchargé. Ninho aussi ! Les trois, ils sont vraiment surchargés. Ninho, ça m’a fait grave plaisir qu’il m’ait donné du temps. En plus, je lui ai pris une vraie journée. De 8h du matin jusque 2h/3h ! Je lui rendrai l’ascenseur comme jamais.

Comment fonctionnes-tu : est-ce que tu écris avant de choisir une prod, ou à l’inverse, c’est la prod qui va t’inspirer ?

J’écoute la prod puis j’écris. Après, je peux écrire par exemple une phrase, une punchline, qui peut m’orienter vers un délire. Ça va peut-être être la première ou la dernière phrase, ou je vais la placer dans le texte. Mais je préfère écouter la prod, c’est elle qui va me faire parler. Elle va me faire souvenir des émotions, des souvenirs, et je vais en parler avec de belles phrases. Je me prends la tête de ouf sur les phrases.

« Je suis dans une sacrée salade, il me faut deux avocats »

Ça vient vraiment bêtement ! Je suis en conversation, ‘Tu veux une salade avec des avocats’, ‘Je suis dans une sacrée salade, il me faut deux avocats’. Oh, je la note, c’est aussi simple que ça. Je note toujours ! Je peux écouter la radio, parler avec toi, tu vas dire quelque chose de grave intéressant, je vais le noter après. Tu ne peux pas le savoir mais tu vas l’entendre. Et tu vas me demander la Sacem après (rires).

Quels sont tes modèles dans la musique ?

Des modèles, j’en ai beaucoup. J’ai grandi avec du Rohff, avec du Booba, la Sexion D’Assaut, des rappeurs de ma ville, de mon âge, de ma cité… J’ai pris de l’inspiration de partout : du Charles Aznavour, du Raï, de la Funk que mon frère écoutait, je ne suis pas bloqué sur une seule musique.

D’où vient la mélancolie qui caractérise si bien ta musique ?

C’est un petit peu le délire dans lequel je me sens le plus à l’aise et celui que je kiffe le plus. J’ai toujours kiffé le piano-voix. Et la mélancolie, tu peux la jouer dans différents trucs. Quand j’étais petit, je me rappelle quand ça parlait de mélancolie, juste le mot, je trouvais qu’il était beau. Je me disais ‘Ouais, ça veut dire quoi ?’ et on m’avait dit que c’était les souvenirs du passé. J’étais jeune, je devais être début collège. Je parle aussi d’amour comme dans « Imparfait ». En gros, je ne me censure pas. Je parle de tout. Je suis un humain.

Il y a aussi de l’egotrip et du storytelling dans tes chansons. Tu es originaire des Beaudottes, une cité de Sevran, et tu as également connu la prison très jeune. Qu’est ce qui t’inspire le plus entre ton quartier et ton incarcération ?

Mon quartier, c’est ma source d’inspiration. J’ai des grands frères, des grands de ma cité, des petits frères, des petits de ma cité. Je les vois, je vois ce qu’ils font, je vois ce que moi je fais. Chaque génération a une histoire. En vrai, c’est une source d’inspiration de ouf ! La prison aussi, c’est une source d’inspiration. Tu galères, tu vois plein de choses. Le quartier c’est positif, mais la prison c’est négatif. Trop de temps perdu.

Tu fais actuellement le buzz sur les réseaux sociaux avec « Hou-oh ». Que représente ce cri ?

‘Hou-oh, Hou-oh’, tu vois, ça m’a répondu ! En fait, ça, c’est le crie des grands de ma cité. C’est pour ça que je te dis que chaque génération a une histoire et on en est tous imprégné. C’est un cri qu’il y a qu’aux Beaudottes. Dès que je suis arrivé en prison, j’ai entendu ‘Hou-oh’ et j’ai directement su qu’il y avait un mec de ma cité. J’étais trop content.

Tu parles également beaucoup d’elle dans tes sons : est-ce que ta maman représente ta plus grande source d’inspiration ?

Très possible. Ma maman. Ma petite maminou d’amour que j’aime. Je pense que c’est la source d’inspiration de toute personne. Chaque maman joue un rôle important. C’est important la famille. Le paradis se trouve sous ses pieds et il faut que je lui lave ses pieds tous les jours.

« Maes a perdu des kilogrammes mais Maes a pris du blé », « Ils vont perdre le Nord si je leur sors l’arme de l’Est » : comment trouves-tu des toplines aussi imagées ?

Je les trouve trop bien (rires) ! Franchement, je les trouve grave stylées, je suis content dès que je les trouve parce que des fois ça vient spontanément. Je suis content dès que je les travaille aussi. Les deux. Je suis content quand elles sont placées et je me dis que c’est moi qui les ai sorties. Peut-être que dans dix ans, quand j’aurais flopé, on dira : ‘Tu te rappelles quand Maes il disait ça ?’.

C’est pareil pour le jeu de mots sur le titre « Dybala » avec Jul : « Numéro 10 », « 10 balles », « Dybala »…

Exactement ! En plus celui-là, il vient en topline. Ça veut dire que le refrain, toutes les paroles, elles sont venues d’un coup. ‘Bébé m’attend pas cette noche, j’suis pas là’, je le trouve en un coup ! Après Dybala je disais ‘Nin nin nin nin nin nin nin… Dybala’. Oh ! J’ai dit à l’ingénieur du son ‘Recommence, garde celle-là, fais moi écouter’. Après je l’ai refait en mieux, je l’ai gardé. Je suis grave content !

Tu joues beaucoup au jeu vidéo FIFA ?

Je me fais botter à FIFA ! Le journaliste Colombien, le rappeur Naza, mon pote Vieux Loup. Je ne te mens pas, ils sont forts. Colombien et Naza, ce sont des monstres. Après, j’en ai battu des rappeurs ! RK, Dinor RDT, il y en a qui sont aussi passés sous ma semelle.

Nouvel album, promo, showcases : comment décompresses-tu ?

Je joue à FIFA, je suis avec mes potes, je rigole, je me pose à la cité, on va manger… une vie normale ! Après, tu connais, j’ai ma vie de famille, il faut un juste équilibre. Mais je ne peux pas me reposer : ma vie privée, le travail… Là, pendant un moment, je ne peux pas me reposer.

Le 10 avril prochain tu te produiras à L’Olympia de Paris. Quelques jours avant (le 3 avril), tu seras à La Madeleine de Bruxelles. Est-ce que cet été, on peut espérer te voir dans l’un ou l’autre festival belge ?

L’Olympia est complet, 3 mois avant la date… Inch’Allah on va annoncer un autre truc – le rappeur a ajouté un concert au Zénith de Paris le 28 octobre 2020. En Belgique, j’ai fait quelques showcases donc je vois à peu près l’ambiance, c’est énervé ! À chaque fois, je suis reçu comme un roi ici, je suis grave content. Les Belges sont des vrais de la vraie, il y a une vraie mentalité ici en Belgique. J’aime bien, vous êtes des derniers salopards !

L’année dernière, je n’étais pas là Aux Ardentes, j’avais un deuil, j’avais mis un mot carrément sur mon Instagram pour m’en excuser. Après, des fois, tu ne peux pas prévoir certaines choses et tu es obligé d’annuler… La musique, elle passe après, malheureusement. Mais on va se rattraper, on va venir ! Il n’y avait rien contre le public belge, on va revenir, ne vous inquiétez pas ! Ça va être lourd de dingue : festivals, concerts, showcases… Ça va être lourd de ouf.

Après un premier Disque de Platine avec « Pure », qu’est-ce que je peux te souhaiter pour « Les Derniers Salopards » et pour la suite de ta carrière ?

Au moins un double Disque de Platine ! Le but, c’est de faire le double de ce que je fais à chaque fois. Si je fais un double Platine, je suis content ! Là, on est parti pour faire le Platine assez rapidement, plus rapidement que pour « Pure » où j’ai pris 6 ou 8 mois. Si je peux pousser « LDS », un double serait lourd. Après, pourquoi pas un triple, un quadruple, un diamant… Pour la suite, j’espère que l’on se reverra l’année prochaine et que l’on aura fait 200/300.000 ventes en plus ! Et toi, tu auras pris 200/300.000 euros, je ne parle pas de followers, je te parle qu’en argent (rires). La Sacem, ça peut venir, tu peux me donner des phrases comme jamais.

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