Coronavirus: l’Institut pour un développement durable propose la mise en place d’un revenu de base pour tous les Belges

Coronavirus: l’Institut pour un développement durable propose la mise en place d’un revenu de base pour tous les Belges
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«L’objet de cette analyse n’est pas de ’flinguer’ les mesures prises; il fallait, d’évidence, des mesures rapides et fortes, pour rassurer sur les plans économique, social et psychologique. Mais l’urgence ne peut tout justifier, en particulier des oublis ou des inégalités de traitement. Et on peut améliorer le dispositif global au fur et à mesure», souligne Philippe Defeyt, l’auteur de la note.

L’ancien co-président d’Ecolo et ex-président du CPAS de Namur pointe notamment le fait que des travailleurs d’une entreprise d’économie sociale sous le statut dit Article 60 n’ont pas droit à bénéficier du chômage temporaire, même dans sa nouvelle configuration.

En outre, «les nombreux travailleurs qui au cours des dernières années ont perdu leur emploi ont bénéficié de conditions moins favorables que les ’nouveaux’ chômeurs temporaires (pour cause économique ou pour cas de force majeure) qui vont eux, et c’est très bien ainsi, bénéficier au total d’une indemnité supérieure (l’indemnité de base est passée de 65% à 70% du salaire brut - plafonné - à laquelle s’ajoute une indemnité journalière de 5,63 euros bruts par jour chômé)», relève M. Defeyt.

L’économiste se demande aussi pourquoi les allocations de chômage «ordinaires» sont dégressives dès le quatrième mois alors que les allocations de chômage temporaire ne le sont pas.

Philippe Defeyt, qui pointe d’autres exemples de manque «de cohérence» ou «d’équité» entre les mesures nouvelles et ce qui était déjà en vigueur avant la crise du nouveau coronavirus, suggère entre autres de «rendre plus équitable l’ensemble du dispositif social existant», de «s’assurer plus que jamais que toutes les personnes en perte de revenus activent tous leurs droits» ou encore de veiller à ce que tous les allocataires sociaux, anciens et nouveaux, ne rencontrent pas de difficultés ultérieures (remboursements, suppléments d’impôts...).

«A moyen terme, c’est d’une refonte fondamentale dont notre protection sociale a besoin, en particulier pour ce qui est des revenus dits de remplacement», estime encore l’économiste, proposant «un retour au principe des assurances sociales» et un rapprochement voire une fusion des statuts.

L’IDD se prononce enfin pour l’introduction d’un revenu de base «comme sixième pilier de la sécurité sociale». «C’est, je m’y attends, la proposition qui pour beaucoup sera la moins audible. Reconnaissons pourtant que la crise actuelle renforce l’intérêt d’un tel dispositif, ne serait-ce que parce qu’un socle identique pour tous assure des allocations plus élevées en bas de l’échelle des revenus et parce qu’un revenu de base peut, en cas de nécessité, facilement être relevé immédiatement et ce de manière équitable, ce qui reviendrait à mettre en œuvre l’idée d’un helicopter quantitative easing», explique Philippe Defeyt.

Concernant l’hypothèse de la monnaie hélicoptère, qui verrait les banques centrales donner directement aux citoyens une certaine somme d’argent dans le but de relancer l’économie, Philippe Defeyt juge que cela ne serait pas si simple à mettre en pratique.

Pour éviter «doublons et oublis», l’économiste propose de doter chaque belge «d’un compte virtuel par lequel transiteraient pendant une fraction de seconde ses revenus avant d’être orientés vers son compte bancaire.»