Michel Sardou fêté pour son 85e concert à Forest National

Michel Sardou fêté pour son 85e concert à Forest National

C’est ni plus ni moins un monument de la chanson française qui a effectué son dernier tour de piste, ou plutôt de scène, vendredi soir. Une scène que Sardou connaît dans ses moindres recoins… Tout, d’ailleurs, semblait si familier dans ce Forest National archibondé, durant trois soirs. 25 chansons, 25 tubes qui résonnent chez plusieurs générations. Posté tel un crooner (en smoking noir, bien sûr, sur chemise blanche et nœud pap’ défait), Michel, la voix un peu plus grave, touche en plein cœur, en plein dans les souvenirs.

Il y a du Broadway (et de la Java) dans le décor – son écran géant – du virtuose dans cet orchestre de 31 musiciens (cuivres et cordes !), de la gravité ( « Validimir Ilitch », le nouveau « San Lorenzo »…), du swing ( » Les Ricains » façon New Orleans), quelques larmes au coin des yeux ( » Une fille aux yeux clairs », « Musulmanes…) et de la communion ( « Afrique adieu », « Les lacs du Connemara » en final) dans l’air. Et, évidemment, il y a cette présence indéniable. Peu de gestes et tellement d’effet !

Hier, un public conquis pour la 85e fois. Ce qui valait bien un gâteau ! A droite, le chanteur lors de son passage en 2004.
Hier, un public conquis pour la 85e fois. Ce qui valait bien un gâteau ! A droite, le chanteur lors de son passage en 2004. - DR

Cette « Dernière danse » de Sardou, c’est un tour de chant « de remerciements, pas d’adieu » disait-il. Une façon de « mettre le paquet » pour éblouir une dernière fois le public. Une manière aussi pour lui de jouer d’ironie en se remémorant quelques polémiques provoquées par quelques textes forts. « Être une femme » ? « J’ai eu toutes les associations féministes de gauche, de droite, du milieu… contre moi. Aujourd’hui, je crois qu’on me brûlerait sur le barbecue du dimanche ». Sardou ne ronchonne pas, il ironise. Sur l’âge (70 ans) qui est là, la « fatigue » aussi qu’il ne cache pas en reprenant son souffle.« Allons, lâche-t-il à son public belge, vous me voyez chanter « Je vais t’aimer » à 91 ans ? J’aurais l’air ridicule ! »

À quelques mois d’entamer cette tournée (la première a eu lieu le 30 septembre à Limoges), l’artiste se posait cette question : « Est-ce que je suis capable de chanter 2 heures, 6 jours par semaine ? » La réponse est oui, sans hésitation. Les artistes dont l’œuvre est immortelle sont rares, dit Sardou en évoquant Barbara – qui l’a entourée à ses débuts –, dont il reprend « L’aigle noir ». Des chanteurs qui se produisent encore aujourd’hui dans les plus grandes salles avec toujours ce même souci du détail musical, et qui ont connu cette époque où on parlait de « récitals », le sont tout autant. Sardou en fait partie.

Plus fort que Johnny 

et les autres !

« Salut », il est donc venu dire « Salut » à son public belge qui l’a applaudi 85 fois dans sa carrière. Un record de représentations sur la scène de Forest National, qui restera plus que probablement inégalé. C’est bien simple, dans l’histoire de la salle bruxelloise où sont passés les plus grands, aucun artiste n’a dépassé les 50 représentations.

Avec ses 85 passages chez nous en 50 ans de carrière, Michel Sardou laisse loin derrière lui Chantal Goya (47 concerts à Forest), Patrick Bruel (31) ou encore Jean-Jacques Goldman (33). Même le taulier, Johnny Hallyday est à la traîne avec 43 représentations données sur la scène mythique bruxelloise. Sardou devrait d’ailleurs définitivement établir son record à 86 représentations puisque sa « Dernière danse » repassera par là le 25 février prochain. Une ultime fois.

Un demi-million de spectateurs

En coulisses, vendredi soir, on n’a manqué de marquer le coup. Forest National avait réservé une surprise à son recordman, le remerciant – en gâteau – pour ces « 85 grands moments ». « Forest National a tenu à rendre hommage à Michel Sardou dans la mesure où il a lui-même annoncé vouloir mettre un terme à sa carrière de chanteur. Ce qui est incroyable, c’est qu’il surclasse très largement tous les autres artistes. Si on fait une projection en terme de public, on dépasse le demi-million de spectateurs », soulignait vendredi soir Coralie Berael, directrice de Forest National. « Quand Michel Sardou indique être attaché à notre salle, on comprend pourquoi… En lui offrant ce cadeau, c’était une façon de lui dire « Salut ». Au nom de Forest National, bien entendu, mais aussi au nom du public belge qui lui a été si fidèle ».

Un public qui a beaucoup de mal à laisser partir son idole… Sardou a beau affirmer depuis plusieurs mois qu’il rangera son micro au terme de cette tournée, ses fidèles ne veulent pas y croire. « Je quitte la chanson, mais je ne quitte pas le spectacle » répète-t-il donc sur la scène de Forest. Fixant un autre rendez-vous à son public : dans une plus petite salle, « pour vous faire rire ».

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