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Pas de célébration, des consignes sanitaires strictes: de nouveaux repères devront être trouvés pour la reprise de la Bundesliga

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«  Ce sont comme des comédiens qui ont besoin d’une personne pour leur souffler leurs répliques, car ils sont restés dans l’ancien texte qui a évolué depuis. Ils doivent apprendre un nouveau scénario », explique à l’AFP le psychologue du sport Makis Chamalidis.

Devant la pandémie de coronavirus, la Ligue allemande (DFB) a redessiné toute l’architecture de la saison, via un protocole sanitaire draconien de 51 pages qui a fléché le retour vers les terrains.

Mais samedi, les joueurs ne vont pas retrouver la scène comme ils l’ont laissée. Enceintes à huis clos, interdiction de se serrer la main entre joueurs, proscription des célébrations effusives en cas de but, contacts physiques réduits au strict nécessaire, port du masque obligatoire pour l’encadrement et les remplaçants… Ces mesures restrictives ouvrent une période inédite sur le terrain, qui est habituellement l’espace de libre expression des footballeurs.

« C’est comme jouer face à une équipe d’une autre planète ! C’est tout nouveau. Forcément, ça peut provoquer de l’anxiété chez certains », fait valoir auprès de l’AFP le coach mental Manuel Dupuis, qui travaille avec des joueurs professionnels en Allemagne et en Belgique.

La mise en place du « Protokoll » peut sembler « contradictoire avec le sport de compétition, où on apprend aux joueurs de se lâcher. Ça peut constituer une distraction, ce n’est pas bon pour la concentration », poursuit-il. « Il y a beaucoup de nervosité, mais autant de motivation à reprendre. C’est à double tranchant. C’est comme après une blessure. Si le joueur est bien préparé, les sensations reviennent vite. »

« Bizarre »

« Préparation », voilà le mot-clé : les équipes ont toutes été éprouvées par le contexte de crise sanitaire qui les a contraintes à revoir leur routine, depuis la reprise de l’entraînement en avril. Avec plus ou moins de délai d’adaptation.

« C’est casser les codes qui sont établis depuis des dizaines d’années », résume l’entraîneur de Grenoble (L2) Philippe Hinschberger.

« Au début, c’était bizarre », a raconté à l’AFP le milieu français de Fribourg Jonathan Schmid devant les interdictions de se doucher au centre d’entraînement ou de s’entraîner avec tous ses coéquipiers.

Mais il faut rapidement s’adapter à cette nouvelle donne. « Il n’y a pas de temps à perdre pour les clubs », explique Makis Chamalidis. « Il faut réduire le temps d’étonnement, de surprise, par une forme de d’anticipation. Les équipes qui s’adapteront le plus vite auront un avantage. »

« Les joueurs qui ont besoin de repères, de rituels très précis, vont être plus déstabilisés. Ceux plus intuitifs vont l’être moins », pense Manuel Dupuis. « Mais une fois qu’on est dedans, que des endorphines sont libérées, je pense que l’envie de jouer va passer dessus. »

Nouveaux codes

L’endorphine pour soulager les maux d’un football aseptisé : la passion continuera à circuler sur la pelouse, même si elle doit prendre d’autres formes.

« L’émotion n’est pas morte ! On peut créer des émotions sans s’embrasser, sans se parler. Simplement par une attitude, un comportement rayonnant. Quand on est passionné, quand on a une émotion positive, on sait se l’approprier. Les joueurs l’auront aisément », fait valoir Denis Troch, ancien entraîneur d’Amiens devenu coach mental.

Pour célébrer un but, malgré les restrictions, « les joueurs vont trouver des chorégraphies, des gestes, des choses surprenantes d’imagination, qui leur permettront de sortir de leurs réflexes habituels. Des choses qui auront du sens pour eux », poursuit-il.

« Des équipes peuvent développer des codes pour s’encourager. C’est intéressant pour la cohésion », abonde Makis Chamalidis.

En Corée du Sud, où le Championnat a débuté le week-end dernier, les buteurs ont créé un geste avec le pouce levé en soutien avec le personnel soignant, qui a été repris dans plusieurs stades. Il y a aussi eu plus de buts, et moins de cartons jaunes, que la moyenne, lors de la première journée. Un avant-goût de la reprise du « Fussball » en Allemagne ?

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