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Le foot a repris ses droits en Allemagne, entre prudence, silence et mauvais réflexes

Hoffenheim - Hertha Berlin
Hoffenheim - Hertha Berlin - Photo News

Le son strident d’un coup de sifflet au coup d’envoi, le premier but signé par la jeune star norvégienne Erling Haaland, la large victoire du Borussia Dortmund dans le «derby de la Ruhr» contre Schalke (4-0)... La chair de poule est brusquement revenue sur les bras des amoureux du «Fussball», privés de leur passion depuis précisément 63 jours à cause de la pandémie.

Il y a eu les ingrédients habituels, des buts, des vainqueurs, des vaincus. Mais à y regarder de plus près, impossible de s’enthousiasmer complètement ni d’échapper à des détails anormaux en Bundesliga.

Sur les bancs des remplaçants, seul un siège sur deux est occupé par des joueurs masqués jusqu’aux oreilles. Et l’ombre de la pandémie plane sur les terrains, comme sur les tribunes complètement vides du Signal Iduna Park de Dortmund, antre normalement reconnue pour son bouillant «Mur jaune» de fans.

Devant cette tribune déserte, les joueurs du Borussia sont tout de même allés faire leur habituelle ola à la fin du match, une scène étrange en l’absence de tout supporter.

Le huis clos et les mesures d’hygiène, voilà ce qui attend Dortmund, Leipzig et les autres cadors ces prochaines semaines, ainsi que le célèbre Bayern Munich dès dimanche contre l’Union Berlin.

Des entrées sur les terrains séparées, aucune poignée de main, des ballons régulièrement désinfectés en bord de pelouse et surtout des célébrations de buts incroyablement sobres, avec des coudes secoués et le respect de la distanciation sociale: c’est le foot au temps du Covid-19.

— Mauvais réflexes -

Il y a donc eu de l’exemplarité, comme cela avait été demandé aux joueurs par les autorités du football dans leur ultraprécis protocole sanitaire de reprise. Mais aussi, forcément, des mauvais réflexes qui appellent le foot allemand à la prudence, quand bien même les derniers jours furent minutieux, entre isolation totale des équipes et tests réguliers pour détecter d’éventuelles contaminations dans les effectifs.

Le défenseur de Dortmund Mats Hummels qui se mouche naïvement dans ses doigts, l’attaquant du Hertha Berlin Matheus Cunha qui suce son pouce après un but après avoir été enlacé par plusieurs coéquipiers, des joueurs de Düsseldorf n’hésitant pas à prendre l’arbitre par l’épaule: ces images anodines prennent en cette période une inquiétante dimension.

Aux abords des stades, d’ordinaire si animés, il faudra aussi s’habituer au silence. A Dortmund, lieu du duel le plus attendu du week-end survolé par le Borussia contre Schalke, l’ambiance en ville n’a rien eu à voir avec un jour de match, a constaté un journaliste de l’AFP.

«On ne peut recevoir que 50 personnes, contre 500 normalement. Les gens ne sont de toute manière pas forcément rassurés de se regrouper dans le contexte actuel», explique Jörg Kemper, gérant du bar de supporteurs Wenkers au centre-ville, qui a dû appliquer un strict marquage au sol dans son établissement.

Mais si une majorité de l’opinion publique, ainsi qu’une frange des supporters à en croire certaines banderoles samedi, n’est pas favorable à la reprise du championnat (56% des personnes interrogées dans un sondage cette semaine), le secteur du football, lui, se satisfera d’une telle journée, toujours déterminé à récupérer les 300 millions d’euros de droits TV qui restent à distribuer entre les clubs.

— L’Allemagne en pionnière -

Pionnière en Europe parmi les championnats majeurs, l’Allemagne a réussi son premier pari, et aura peut-être donné confiance à ses voisins comme l’Angleterre, l’Espagne et l’Italie, qui espèrent encore reprendre.

Jusqu’au Brésil, le monde a été attentif: au pays de Pelé, les commentateurs n’ont pas hésité à lancer à la télévision qu’il y avait autant d’attente pour ces matches de Bundesliga que pour une finale de Coupe du monde !

Et même la star du Paris SG Kylian Mbappé a fait savoir sur Twitter qu’il était au rendez-vous du retour du foot, devant sa TV.

Mais le chemin est encore long pour le «Fussball», pas à l’abri de nouveaux cas de coronavirus qui imposeraient d’épineuses mises à l’isolement et remettraient en cause le calendrier.

«Il faudra s’en tenir aux règles, et si l’on ne s’y tient pas, il risque d’y avoir un carton rouge», avait lancé vendredi le puissant chef du gouvernement régional de Bavière Markus Söder, pourtant fervent fan de football. La Bundesliga a passé son premier test. Mais la menace du «carton rouge» risque de planer sur elle pendant longtemps.

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