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Incendie d’une usine Seveso à Rouen: des «angles morts inacceptables» dans la politique de prévention, demande de réouverture «quasi totale»

Incendie d’une usine Seveso à Rouen: des «angles morts inacceptables» dans la politique de prévention, demande de réouverture «quasi totale»
AFP

« À l’instar du suivi sanitaire proprement dit, l’identification du risque sanitaire telle que pratiquée par le ministère de la Santé, a été à la fois tardive et incomplète », écrivent les rapporteurs Christine Bonfanti-Dossat (LR) et Nicole Bonnefoy (PS) dans leurs conclusions sur cet « accident industriel majeur », sans victime « apparente », qui a fait l’objet de « 200.000 tweets en 24 heures ».

L’incendie, survenu le 26 septembre sur le site Seveso seuil haut, avait provoqué un immense nuage de fumée noire de 22 kilomètres de long avec des retombées de suie jusque dans les Hauts-de-France. Près de 9.505 tonnes de produits chimiques avaient brûlé dans cette usine de lubrifiants automobiles et sur le site voisin de Normandie Logistique.

Pour la commission présidée par le centriste Hervé Maurey, la méthodologie adoptée par le ministère de la Santé pour le suivi sanitaire est « problématique ».

« Il ressort (…) qu’il est impossible de se prononcer de manière définitive sur l’impact sanitaire de l’incendie Lubrizol, au vu des seules données récoltées dans le cadre de la surveillance environnementale, ces dernières étant totalement ou partiellement inexploitables », poursuivent les sénatrices.

La ministre de la Transition écologique est également critiquée. Son objectif affiché à la suite de la catastrophe « d’augmentation de 50 % des contrôles d’ici 2022 à effectifs constants » est « peu réaliste », selon le rapport.

Les sénatrices dénoncent en outre la décision « prématurée » du ministre de l’Agriculture « prise dans l’urgence le 11 octobre » de lever l’interdiction de vente du lait produit dans plus de 200 communes.

Le gouvernement n’est pas le seul épinglé dans ce rapport. « La politique de prévention des risques industriels déployée depuis 40 ans en France laisse apparaître des angles morts importants et inacceptables », écrivent les rapporteurs.

« Les crédits budgétaires alloués par l’État à la prévention des risques technologiques diminuent tendanciellement depuis plusieurs années », ajoutent les sénatrices.

Les élues de la Haute Assemblée pointent en outre « le nombre réduit de sanctions prononcées » à l’encontre des pollueurs.

Et elles estiment « urgent de revoir la doctrine de communication de crise de l’Etat » consistant à « vouloir rassurer à tout prix ».

Lubrizol a demandé une réouverture «quasi totale»

Lubrizol a demandé à l’Etat français une «réouverture de la quasi-totalité de ses activités» à Rouen, en complément de la reprise partielle autorisée en décembre, ont indiqué jeudi des sénateurs, huit mois après l’incendie sur le site normand.

«L’entreprise demande une réouverture de ses activités, complémentaire à celle qui a déjà été accordée et qui va bien sûr susciter encore de l’émotion», a déclaré le centriste Hervé Maurey lors d’une audioconférence de presse sur les conclusions de la commission d’enquête qu’il a présidée sur cet accident industriel survenu le 26 septembre.

Selon le rapport de la commission, «si elle était accordée, cette nouvelle reprise se traduirait par la réouverture de la quasi-totalité des activités, à l’exception de l’atelier + antioxydants+, où s’était produit, en 2013, une fuite de mercaptan, et sans stockage important». La demande date du 12 mai, selon le rapport.

«Cette reprise» concernerait «les secteurs qui n’ont pas été touchés par l’incendie» et «s’accompagnerait d’une réduction très sensible des stocks de produits sur le site. Cela nous interroge sur la circulation sur la route des matières dangereuses», a ajouté Nicole Bonnefoy (PS), une des rapporteurs.

«Cette demande supplémentaire de réouverture du site sera soumise à l’avis du Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST) de la Seine-Maritime, a priori en juillet», précise le rapport.

Invitée à commenter ces informations, la préfecture de Seine-maritime n’a pas donné suite dans l’immédiat.

La société détenue par le milliardaire américain Warren Buffet avait été autorisée le 13 décembre à une reprise de ses activités limitée à deux petites unités de mélange et de solubilisation, n’impliquant pas de réaction chimique, et occupant une superficie de 3 hectares sur les 14 hectares du site non impactés par le sinistre, selon la préfecture.

Près de 9.505 tonnes de produits chimiques avaient brûlé le 26 septembre dernier dans cette usine de lubrifiants automobiles et sur le site voisin de Normandie Logistique, provoquant un immense nuage de fumée noire de 22 km de long avec des retombées de suie jusque dans les Hauts-de-France.

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