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Coronavirus: parents et élèves mettent en doute le caractère exceptionnel du redoublement

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Illustration - Photonews

Mais si ces principes sont explicités dans de récentes circulaires, de nombreuses écoles semblent s’en détacher complètement, dénoncent lundi des associations de parents et d’élèves, soutenus par la Ligue des Droits de l’Enfant.

La Fédération des Associations de Parents de l’Enseignement officiel (Fapeo), le collectif Marguerite et le Comité des élèves francophones (CEF) ont ainsi collectionné ces derniers jours les appels inquiets de parents désorientés, et les témoignages d’élèves qui apprennent sans réelle possibilité de dialogue qu’ils devront redoubler leur année ou présenter des examens en septembre, situation exceptionnelle ou non.

Fapeo, collectif Marguerite et CEF entrevoient ainsi une pluie de recours. Ce que la circulaire du 25 avril visait justement à éviter, parlant d’un « risque de (…) nombreux recours et une insécurité juridique majeure ». Le texte poursuivait en établissant les principes généraux de l’évaluation de l’élève en cette année particulière, des principes ensuite détaillés dans une nouvelle circulaire du 19 mai.

« Le travail durant le confinement ne peut pas être pris en compte en conseil de classe, sauf si c’est en faveur de l’élève », indique lundi Chantal Massaer, d’Infor Jeunes Laeken, derrière le collectif Marguerite. « Or, il est assez fréquent qu’on soit consulté pour des points donnés sur le travail durant le confinement, y compris concernant de nouvelles matières », ce qui est complètement contraire aux principes de ces circulaires. Exemples à l’appui, les associations détaillent plusieurs cas où une absence de travail ou d’implication de la part de l’élève durant la période de suspension des cours est avancée par l’école comme un argument pour envisager un redoublement ou une réorientation.

Dans une école particulière, il est demandé aux parents de déjà transmettre par écrit leurs propres « arguments » contre l’échec de leur enfant, avant même le conseil de classe et dès que l’enfant a « moins de 60 % et plusieurs échecs ». Est-ce que l’on peut parler d’un redoublement « exceptionnel » dans ce cas, s’interrogent les associations ?

D’autres pratiques posent question, qui vont d’une demande a posteriori de l’école, par messagerie, de présenter un certificat médical si l’élève n’a pas repris les cours, à l’annonce d’une décision de redoublement dès le 20 mai, alors que les circulaires proposent des remédiations ciblées pour les élèves en difficulté à partir du 25. Sans compter les écoles qui présentent des examens comme obligatoires en juin, sous peine de renvoi immédiat à une session de septembre.

Selon Véronique De Thier de la Fapeo, il n’est pas trop tard pour que la ministre compétente Caroline Désir clarifie son propos et insiste sur le respect des circulaires, notamment au niveau des recours. « Si des parents vont jusqu’à un recours externe au conseil de recours, il faut que celui-ci s’assure pleinement que la circulaire a bien été respectée. Est-ce que l’école a communiqué à temps le nouveau règlement des études, comme demandé ? Est-ce que des mesures pédagogiques pour aider l’élève sont prises en parallèle d’un ajournement ?… C’est quelque chose que la ministre peut objectiver. »

Dans une brève réaction transmise lundi, la ministre, Caroline Désir (PS), reste sur sa ligne de conduite. Elle a « pris connaissance des interpellations » mais renvoie aux « balises claires » détaillées dans la circulaire du 19 mai.

Ces balises, dont le caractère exceptionnel du redoublement, avaient été abordées quelques heures plus tôt en conférence de presse. « Le message de la ministre était très positif, nous l’avons soutenu », indique Véronique De Thier. Cependant, « ce ne sont que des balises, dans une circulaire », qui ne semblent que partiellement mises en pratique par les écoles, ou en tout cas pas partout. « Le point du dialogue avant la décision du conseil de classe n’est, de manière globale, pas mis en oeuvre, à l’exception du réseau WBE ».

La ministre indique quant à elle « faire confiance aux conseils de classe », les enseignants étant « les mieux outillés » pour évaluer le travail de leurs élèves. La possibilité reste d’introduire un recours auprès de l’administration de l’enseignement, conclut-elle.