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Emma Colberti («Un si grand soleil»): «Eve est à un tournant et elle en a ras le bol»

Emma Colberti («Un si grand soleil»): «Eve est à un tournant et elle en a ras le bol»

Vous avez depuis une trentaine d’années enchaîné les rôles à la télé. Qu’est-ce qui vous a convaincu de rejoindre une série quotidienne ?

Plein de choses. Étant donné que j’ai commencé surtout avec le théâtre, j’ai vraiment retrouvé ici ce côté de troupe, familial. J’avais déjà côtoyé cet esprit-là dans « Jamais deux sans toi… t ». Quand on fait une série, il y a ce côté troupe, on retrouve toujours les mêmes personnes. Ça, c’est une raison. Ensuite, je connaissais un peu le producteur Toma de Matteis, j’avais travaillé sur un « Meurtre à… » avec lui. Et puis, il y avait le rôle d’Eve. C’était la première fois qu’on me proposait un rôle comme ça. Il y avait tout à faire sur Eve. Un peu comme une page blanche, elle était moins développée que le personnage de Claire ou d’Alice. J’avais en fait été castée pour les personnages de Claire, puis d’Alice, mais ça ne matchait pas. Et quand ils m’ont proposé Eve, je me suis dit : « mais bien sûr ! ».

Qu’est-ce qu’elle a, Eve, qui vous plaît tant ?

C’est la première fois que j’incarnais une prof. De français en plus, et ça, ça m’intéressait beaucoup, parce que je suis une grande adepte de la littérature. Dans sa personnalité, je me suis dit qu’il restait tout à faire parce que le personnage est assez complexe. Je n’ai moi-même pas forcément les réponses sur son lourd bagage… Je me suis évidemment élaboré des histoires la concernant, d’où elle vient, mais je n’ai pas les réponses. Eve, je sentais que c’était à moi de lui apporter quelque chose pas forcément écrit sur le papier. Et du coup, de pouvoir suggérer un peu des choses aux auteurs à travers notre jeu, qui peut les inspirer.

Aujourd’hui, on peut dire qu’Eve est en train de prendre un nouveau départ dans sa vie ?

Oui, elle est clairement à un tournant. Elle ne changera pas sa personnalité, ses valeurs. À 45 balais, on ne change pas fondamentalement qui on est ! (sourire) En revanche, on peut aller explorer… Eve, on sent que c’est une femme qui s’est construite sur des choses complexes, difficiles. Elle s’est beaucoup construite dans la résilience. Au départ, elle a une rigidité, voire une psychorigidité. Puis, on l’a vue avec Bruno Serrat (un braqueur avec lequel elle vivra une histoire d’amour, NdlR) et c’était un autre aspect de sa personnalité. C’était bizarre de la part de cette femme qu’elle aille vers quelqu’un comme ça et se laisse aller à cette passion. Aujourd’hui, elle va ouvrir d’autres vannes. J’ai l’impression qu’Eve est dans un ras-le-bol monumental. Elle se dit : « merde, j’en ai marre, je donne aux gens, sans retour ». C’est quelqu’un de très empathique, une bonne épaule, une bonne amante, une bonne maman mais on ne lui rend pas la monnaie de sa pièce.

Et particulièrement Virgile, qui sombre après le décès de sa fille et est cruel avec elle…

Le coup de grâce – outre d’être avec une autre femme – qu’il lui a fait subir c’est qu’il était en train de partir sans lui dire au revoir. Ça, elle ne le supporte pas. C’est une justicière Eve. Elle veut juste un peu de reconnaissance. Et maintenant, elle va se concentrer sur elle-même, et peut-être dire « oui » aux mains tendues qu’elle refuserait peut-être en temps normal. Son fils va lui faire des propositions, elle va avoir une histoire sentimentale avec une femme, ira vers des zones inexplorées de sa personnalité qui sont peut-être sa base en fait…

Vous avez vraiment décroché le super rôle en fait !

(rires) Oui, je l’adore Eve ! Parfois, elle m’agace aussi, parce que moi, Emma, je n’aurais pas ce genre de réaction. Eve a, par exemple, tendance à aller se faire du mal.

Reste-il encore de l’espoir pour Eve et Virgile ? Le public est très attaché à ce couple devenu « culte » dans la série.

Apparemment, on a un peu marqué les esprits ! Je suis en train de prendre conscience que les gens espèrent revoir Eve et Virgile ensemble. J’ai tendance à dire, si on me pose la question à moi Emma, que là, aujourd’hui, ce ne serait vraiment pas possible. Il faut que Virgile passe par toutes les phases pour continuer à vivre. Mais ce n’est pas impossible qu’ils se retrouvent… mais pas tout de suite. Peut-être quand ils approcheront des 60 ans ! (sourire). Je souhaite aujourd’hui à Eve de vivre ce qu’elle a à vivre.

Eve a aussi une relation très fusionnelle avec son fils, Eliott, qui est loin d’être un ange. Vous avez aussi un grand garçon…

Oui et c’est là ma singularité avec Eve : mon fils Baptiste a 27 ans et est extra. J’ai le meilleur fils au monde, je n’ai jamais eu aucun souci avec lui ! Il est calme, toujours de bonne humeur, équilibré. Quand il était ado, je lui demandais pourquoi il ne me faisait jamais de crise ! (rire) La relation d’Eve et Eliott est très fusionnelle, mais avec mon fils, on a réussi à mettre cette distance, peut-être parce que je l’ai eu très jeune, on a 20 ans de différence. Pour Eve, son fils est un peu devenu l’homme de sa vie. Elle ne lui claquera jamais la porte au nez… Mais je lui souhaite de prendre des distances avec lui, parce que c’est un Tanguy ! (rires)

Depuis vos débuts à la télé, les séries ont beaucoup changé…

Oui, quand je faisais « Jamais deux sans toi… t », ce n’était pas bien vu de faire ça. Si on était dans ce genre de série, c’est qu’on était une mauvaise comédienne ! Ça, c’était l’image à l’époque. Je me battais déjà à l’époque contre cette idée reçue. Puis, ce qui a un peu changé les choses, je pense, c’est une série comme « Un gars, une fille ». Le monde du cinéma crachait sur la télévision… Et ce monde-là, arrive de plus en plus dans notre monde « à nous ». Moi, ce qu’on disait à l’époque, ne m’a jamais fait dévier de mon chemin. J’avais des convictions et quand on me disait « ah vous avez fait Jamais deux sans toi… t », moi j’en étais fière ! Jamais de la vie je n’enlèverai ça de mon CV !

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