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Laurent Kérusoré («Plus belle la vie»): «C’est compliqué de rencontrer quelqu’un quand on est Thomas»

Laurent Kérusoré («Plus belle la vie»): «C’est compliqué de rencontrer quelqu’un quand on est Thomas»

Laurent Kérusoré, le patient Thomas de « Plus belle la vie » qui traverse en ce moment une phase dépressive, ouvre le bal de notre série estivale, après avoir ouvert la voie au travers de son personnage homosexuel, pour faire évoluer les mentalités… Derrière le bar du Mistral, il nous le garantit, il compte rester encore un long moment. « Si je m’en vais, c’est qu’ils me vireront ! »

Les tournages de « Plus belle la vie » mais il faut s’adapter aux nouvelles conditions sanitaires sur le plateau… Comment ça se passe ?

On triche ! (sourire) Ce sont des plans qui font penser qu’on est côte à côte alors qu’on ne l’est pas du tout. Et les scènes de bisous sont transformées… Par exemple, il y a une séquence entre Thomas et Gabriel où Thomas promet un bisou à Gabriel et pendant plusieurs scènes mais je ne vais jamais lui donner. Au lieu de jouer le baiser, on l’écrit…

C’est la force des scénaristes de « Plus belle la vie » depuis le début de la série : avoir une imagination débordante depuis 15 ans… Ils vous étonnent encore ces scénarios ?

La plupart du temps oui. En plus, moi, je me laisse totalement porter par leurs écrits parce que je veux toujours être au service de mon personnage et pas l’inverse. Je pense que si j’allais trouver les scénaristes pour leur demander des choses, c’est là que je pourrais devenir un peu malade. Mon personnage a très bien évolué je trouve, donc je les laisse faire. Ça fait 15 ans qu’ils écrivent et je n’ai pas à me plaindre. La plupart du temps je suis présent même si je n’ai pas une intrigue à défendre, je suis là derrière le bar. Il y a toujours quelqu’un pour venir parler à Thomas. Du coup, je pense avoir donné la réplique à pas mal de monde !

On a laissé Thomas avant le confinement très mal dans sa peau. Il consultait un psy, était perdu. Va-t-on déterrer des choses de son passé ?

On va revenir en effet sur son passé parce que c’est plus ou moins ça qui le rend si mal. Il a vécu un choc violent pendant le dernier prime quand il a failli tuer quelqu’un. Il est déboussolé parce qu’il a vu qu’il pouvait aller très loin. Il va sombrer dans la dépression. Et commencer à repenser à ce qu’il était quand il était jeune, un esprit libre. Il va essayer de retrouver cette liberté-là.

Quand on vous a proposé le personnage de Thomas il y a 15 ans, il débarquait comme le fils homosexuel de Roland. Il devait juste faire un passage ?

Il faut replacer ça en 2005 où le couple homosexuel à la télé ne s’était jamais vu. J’avais juste dit que ce serait sympa que ce rôle ne soit pas une caricature. Ce que les auteurs ont respecté. J’avais un contrat de 6 semaines et on attendait de voir ce que le public allait dire. La suite on la connaît…

En quoi Thomas aurait-il été une caricature ?

Si c’était un garçon passé de conquête en conquête, un peu je-m’en-foutiste. Alors qu’en fait, au contraire, Thomas était fleur bleue qui voulait s’installer avec un garçon et avoir des enfants. Ce qu’il est aujourd’hui… et même grand-père !

Thomas a été le premier personnage à embrasser un autre homme à la télé, puis à en épouser un…

La production, la chaîne et moi aussi on s’est dit : comme on avait été les premiers il était hors de question que quelqu’un écrive la suite avant nous ! Donc les auteurs ont rapidement écrit le mariage de Thomas et Gabriel !

Et vous, sur ces 15 ans, vous avez senti une grande évolution des mentalités ?

Dans un sens, les mentalités ont évolué. Par contre, la parole aujourd’hui de ce peu de gens homophobes et violents est de plus en plus forte. Avant, on ne les entendait pas. Aujourd’hui, ils osent plus dire les choses. Les mentalités ont certes évolué mais les réfractaires sont bien présents et gueulent de plus en plus fort ! J’ai vécu 15 jours assez terribles en France pendant que le mariage homosexuel est passé en France. On avait l’impression que c’était moi qui vais fait la loi, tous ceux qui étaient contre m’engueulaient dans la rue, c’était assez violent !

Vous rêviez de quoi en commençant le métier de comédien ?

Je rêvais de cinéma, de faire du théâtre et j’ai eu la chance de faire de la scène. Le cinéma n’a pas l’air de vouloir de moi… Ben s’il ne veut pas de moi, il n’y a aucune raison que je rêve de lui ! (rires) Pour l’instant, je n’ai pas de propositions parce que j’ai un rôle très marqué… Comme les mentalités ont évolué, il serait peut-être temps que les décideurs se réveillent et osent un petit peu plus plutôt que de prendre toujours les mêmes. C’est un petit peu agaçant. Mais comme j’ai du boulot, je suis très bien derrière le bar du Mistral. Et je ne laisserais ma place à personne ! Je suis attaché à mon personnage, à mes camarades de jeu.

Cet attachement presque viscéral du public aux personnages de « Plus belle la vie » n’est-il pas lourd à porter, après autant d’années ?

Lourd, il aurait pu l’être mais ça dépend de comment on envisageait les choses. C’est étrange quand on n’y est pas habitué. D’être reconnu en tant qu’acteur est une chose mais reconnu entant que personnage c’est encore autre chose. Chez moi, on reconnaît Thomas en premier, pas Laurent Kérusoré. C’est une forme de notoriété différente qui peut être très prenante. Parce que les gens osent venir nous voir, nous parler… et cela dit, je préfère, c’est plus sympa. J’ai l’air de Thomas dans la vie parce qu’effectivement je suis très souriant et assez cool. Mais on a quand même plein de différences, sinon sur autant d’années ça n’aurait pas été possible, je serais dans un hôpital ! (rires)

Mais vous n’en avez jamais eu marre, au point de vouloir arrêter ?

Non jamais. Il y a eu des petits coups de mou parce que je n’étais pas toujours content de mon intrigue ou de ne pas en avoir, mais à aucun moment je me suis dit « je m’en vais ! ». Si je m’en vais, c’est qu’ils me vireront. Ce n’est pas moi qui partirai ’! Si la série s’arrête un jour, pour moi comme pour certains amis récurrents, ça fera 16 ans d’habitudes inconstantes à perdre ! Nos habitudes de vie dépendent de « Pus belle la vie » et quand tout va s’arrêter, on se retrouvera sans rien. Ce sera délicat… pour moi en tout cas. Mais ce ne sera pas dans la déprime.

Un de vos rêves de vie est de pouvoir adopter, pour donner à une enfant la chance que vous avez eue, vous qui avez été adopté. C’est toujours d’actualité ?

J’aimerais bien mais pour moi il faut être deux pour ça… Et pour l’instant je suis seul. Et c’est compliqué de rencontrer quelqu’un quand on est Thomas ! Ça ajoute un truc étrange. Mais ce n’est pas grave. Thomas m’apporte plus que ce qu’il me désavantage. Du coup, je prends les choses d’une manière positive. Tout ça n’est pas bien grave.