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Deuxième vague du coronavirus ou non? Voici pourquoi les experts francophones et flamands ne sont pas d’accord…

Deuxième vague du coronavirus ou non? Voici pourquoi les experts francophones et flamands ne sont pas d’accord…

« Non, nous ne sommes pas dans une deuxième vague » avait affirmé lundi l’infectiologue Frédérique Jacobs, porte-parole interfédérale francophone de la lutte contre le coronavirus, lors du JT de RTL. Ce soir-là, lors de son passage au journal télévisé, elle contestait les dires de son homologue néerlandophone Steven Van Gucht. « Nous sommes dans une deuxième vague de contaminations », déclarait ce denier quelques heures plus tôt. « Nous ne savons pas combien de temps elle durera, et quelle sera son intensité, mais j’ai confiance. Nos efforts permettront de la contrôler ».

« Nous avions jusqu’à 2500 cas positifs par jour. Aujourd’hui, nous sommes à 500 »

Pour Frédérique Jacobs, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Erasme à Bruxelles, on n’y est donc pas (encore) pour le moment. En tout cas, elle estime que c’est une mauvaise terminologie pour expliquer la situation que nous vivons actuellement. « On n’est pas dans une deuxième vague, il faut bien le préciser. On est dans une augmentation du nombre de personnes détectées positives. Il faut faire très attention quand on regarde les schémas et les chiffres. Quand on était au maximum de l’épidémie, c’est-à-dire en mars-avril, on ne testait que les gens infectés présentant des symptômes suffisamment graves pour être hospitalisés. On ne détectait pas les gens qui étaient moins sévèrement malades ni les contacts », avait expliqué la remplaçante d’Yves Van Laethem, avant de préciser que « maintenant, on détecte les gens avec des symptômes extrêmement faibles ». Une des raisons, selon elle, pour laquelle les chiffres actuels doivent interpeller mais pas affoler. « Ça n’est pas la même manière de tester », disait-elle encore. « Au plus fort de l’épidémie en mars et avril, nous avions jusqu’à 2500 cas positifs par jour. Aujourd’hui, nous sommes à 500. Mais ce ne sont pas les mêmes personnes qu’alors. »

« Parler de deuxième vague, c’est se projeter dans un scénario catastrophe qui me semble peu probable »

Ce matin dans nos éditions, d’autres experts disaient la même chose. Car de plus en plus de voix, au niveau francophone, se font entendre pour affirmer que, non, ce que l’on vit aujourd’hui, ce n’est pas une deuxième vague. « Une vague, ce n’est pas un terme scientifique », rappelait Catherine Linard, géographe de la santé à l’université de Namur. « Si on entend par là un pic aussi haut que le premier, alors non, je ne pense pas qu’on va en arriver là. Sauf si l’on revit de la même façon qu’au mois de mars. » Le problème du terme « deuxième vague », c’est qu’il nous renvoie les images de la première en pleine figure. « Cela nous rappelle des moments très douloureux, de stress intense », estime Nathan Clumeck, professeur émérite en maladies infectieuses à l’ULB et au CHU Saint-Pierre. « Parler de deuxième vague, c’est se projeter dans un scénario catastrophe qui me semble peu probable. La première vague nous a surpris, les personnes fragiles n’étaient pas protégées, on manquait de matériel… » Mais s’il ne faut pas exagérer, il ne faut pas minimiser non plus. « La hausse n’est pas encore alarmante mais il faut la prendre au sérieux et parvenir à stabiliser la courbe », souligne Catherine Linard. « La manière de communiquer de Sciensano ne peut qu’entraîner un message anxiogène. Et cette anxiété n’est pas proportionnelle à la situation », commentait Yves Coppieters, médecin épidémiologiste et professeur de santé publique à l’ULB. « Ce qu’il faut communiquer, c’est le nombre de cas positifs rapporté au nombre de tests. C’est ça, le vrai reflet de l’épidémie. »

Pas la même chose en Flandre

Le son de cloche est donc différent au niveau flamand. Là, de nombreux experts n’ont pas vraiment la même interprétation des choses, comme le notent nos confrères du Nieuwsblad. Pour eux, on peut clairement déjà parler de « deuxième vague ». « Je ne saurais pas comment l’appeler différemment », affirme ainsi l’épidémiologiste Pierre Van Damme de l’université d’Anvers. « Avec une augmentation qui prend des proportions exponentielles et une valeur R0 (taux de reproduction) qui tourne autour de 1,5, je pense que vous devez parler de seconde vague. Ce n’est pas parce que cela ne ressemble pas à la première que ce n’est pas une seconde vague. Comme l’a souligné Peter Piot (le directeur de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, NDLR), une deuxième vague est une série de poussées ».

Même avis pour Marc Van Ranst, le premier à avoir parlé de « deuxième vague » il y a trois semaines. « Il s’agit certainement d’une deuxième vague. Cela se produit uniquement parce que nous n’avons pas complètement maîtrisé la première », dit-il au Nieuwsblad. Si les nouvelles contaminations connaissent un très net rebond, ce n’est pour l’instant pas le cas des hospitalisations, pour lesquelles les chiffres actuels sont loin de ce qu’on a connu en mars et avril. « C’est effectivement le cas pour le moment, en partie parce que nous sommes déjà intervenus. Et parce que nous protégeons mieux les groupes le plus vulnérables », explique Steven Van Gucht, porte-parole interfédéral néerlandophone de la lutte contre le Covid-19. « Dans les maisons de repos, ils sont mieux équipés maintenant qu’ils ne l’étaient lors de la première vague. Et la partie la plus âgée de la population suit également beaucoup mieux les mesures que la jeune génération pour limiter ses contacts et se protéger. Cela joue également un rôle. Mais si nous n’avions pas pris des mesures, nous arriverions rapidement à une vague qui ne pourrait plus être contrôlée », dit-il encore.

« Sans ces mesures, nous serions en effet dans une deuxième vague »

« Sans ces mesures, nous serions en effet dans une deuxième vague », déclare d’ailleurs Frédérique Jacobs. « C’est pourquoi nous devons contrer cette augmentation des cas. » Yves Van Laethem était du même avis il y a quelques jours. « Une deuxième vague est inévitable si le relâchement des gestes barrières se poursuit, mais nous n’en sommes pas encore là. »

En résumé, il s’agit surtout d’une différence de perception entre le nord et le sud du pays. Pour les Flamands, le nombre élevé de contaminations seul permet d’affirmer que nous sommes dans une deuxième vague, qui pourrait être la même que la première sans les différentes mesures qui ont été prises. Du côté des experts francophones, ce n’est pas encore le cas tant que les autres indicateurs ne sont pas pour l’instant concernés par une augmentation aussi nette et exponentielle.

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