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Procès Hakimi/Pauwels: l’avocat d’Hakimi plaide l’irrecevabilité des poursuites, même les faits avoués!

Procès Hakimi/Pauwels: l’avocat d’Hakimi plaide l’irrecevabilité des poursuites, même les faits avoués!
Photos EG

« Qui accepterait que son dossier soit pollué ? Pas par n’importe qui ! Par le chef d’enquête ! », dénonce d’emblée Me Frank Discepoli, l’avocat de Farid Hakimi. Ce dernier fait référence à Ludovic N., écarté de la police judiciaire fédérale de Mons. Ce qu’on lui reproche, c’est d’avoir violé son secret professionnel. Il est tombé amoureux de la compagne d’un autre inculpé, Marwane Hammouda.

7.120 messages

Pour l’avocat de Farid Hakimi, il ne s’agit pas simplement d’une « histoire de fesses ». « L’article 56 prévoit que le juge d’instruction veille à la loyauté avec laquelle sont rassemblés les éléments d’un dossier. » Ce mardi, le procureur fédéral, d’après Me Discepoli, a expliqué que Marwane Hammouda était le seul inculpé qui a été impacté par cette « histoire de fesses ». Me Discepoli compte bien prouver le contraire…

« L’inspecteur N. s’est gardé de tout partager avec les services de police. 7.120 messages ont été échangés entre le chef d’enquête et la compagne d’Hammouda, entre le 11 janvier et le 11 avril 2019. D’ailleurs, dans l’un des messages, l’inspecteur lui demande : « S’il te plaît, efface tout ! ». L’avocat ajoute : « Est-ce qu’il y en a eu plus ? J’en suis sûr ! »

Me Discepoli blâme le chef d’enquête. En écoutant le réquisitoire du procureur fédéral, c’est un peu « l’hôpital qui se fout de la charité ». Et pour cause : « Ludovic N. sait que Monsieur Hammouda a un téléphone en prison. Il avait l’obligation de le dénoncer. Il passe des marchés avec Hammouda par rapport à des éléments du dossier. »

Dans un échange de messages, Hammouda lui demande si cela est normal que le parquet fédéral a fait appel. Le chef d’enquête, en congé, n’était pas au courant. Pour Hammouda, l’inspecteur l’a bien « baisé ». Il lui rappelle, qu’il n’a qu’une parole, qu’il a téléphoné devant lui à la juge… Me Discepoli blâme l’inspecteur. Il va (très) loin. Pour l’avocat, il est clair que Ludovic N. s’est servi de la compagne d’Hammouda, notamment pour mettre la main sur certains inculpés. L’inspecteur, d’après l’avocat, a tout fait pour faire rompre le couple.

Manque de loyauté

Pour Me Discepoli, sans les messages à l’appui, personne n’aurait cru à cette histoire. « Quand on est chef d’enquête, et qu’on écrit des choses, cela a un poids. La confiance mise en l’enquêteur a été trahie vis-à-vis des victimes, de ses collègues, du procureur fédéral… » L’avocat de Farid Hakimi va plus loin.

Le procureur fédéral a beau dire que des collègues du chef d’enquête étaient présents aussi, cela n’enlève pas pour autant le vice de ce qui a été commis. Sauf si certains de ses collègues étaient au courant, mais cela, il ne préfère pas y croire. Car, pour Me Discepoli, la relation entre le chef d’enquête et la compagne de Marwane Hammouda a bien impacté cette enquête. L’avocat évoque quelques exemples, le chef d’enquête qui aurait prévenu de l’imminence d’une perquisition. Devant la juge Laloux, la compagne va expliquer toutes les pressions qu’elle a subies, sur sa fille aussi. Elle précise d’ailleurs avoir rencontré Ludovic N, et ses collègues dont elle ne précisera pas le nom, à l’hôtel Van der Valk. « On ne peut pas faire comme si ça n’avait jamais existé… »

Un inspecteur « déloyal »

Me Discepoli répète que l’inspecteur a manqué de loyauté. Il évoque plusieurs dossiers de victimes impliquant Farid Hakimi, parmi lesquels on retrouve le home-jacking survenu chez le patron de la pizzeria della Nonna. Des procès-verbaux ont été rédigés par le chef d’enquête, des informations ont été données par la compagne de Marwane Hammouda. Elles mettaient en cause celui considéré comme le meneur de la bande de braqueurs. Aucune information n’est d’ailleurs relayée sur cette femme dans le dossier judiciaire, reproche l’avocat de Farid Hakimi.

« Le 22 novembre 2017, c’est la première audition de la compagne de Marwane Hammouda. » Elle est auditionnée à son domicile, sans l’assistance d’un avocat. « Le 5 décembre, Farid Hakimi est placé sous mandat d’arrêt pour un fait d’extorsion », explique Discepoli. À ce moment, on le suspecte déjà de home-jackings mais on ne parle en aucun cas des informations communiquées par la compagne d’Hammouda. Son mandat d’arrêt est caduc. C’est suite à un « nouveau dossier », dans lequel les informations venaient de la compagne d’Hammouda, que F. Hakimi est privé de liberté pour des faits de vols avec violence.

« L’homme à abattre »

Par messages encore, le chef d’enquête aurait déclaré à Marwane Hammouda, qu’il ne cherchait pas à le faire tomber lui mais plutôt Farid Hakimi. Il voulait l’aider d’ailleurs. Du moins, c’est ce qu’a dit le prévenu lors de son audition pour le Comité P. À d’autres inculpés, l’inspecteur propose des marchés pour faire tomber Farid Hakimi. Du moins c’est ce qu’affirme un autre inculpé, Mehdi Ridha Oueslati. D’autres prévenus, comme Zacharie D., témoignent eux aussi avoir subi des pressions, rappelle Me Discepoli.

Et Pauwels ?

Me Discepoli évoque aussi le cas de Stéphane Pauwels, inculpé pour complicité dans le home invasion de Lasne. Le procureur fédéral, Julien Moinil, a requis trois peines de prison différentes pour l’ex-animateur de RTL : 4 ans pour le vol avec violence, 6 mois pour drogues et 10 mois pour l’entrave à la justice. Pauwels devait lui aussi charger l’aîné des Hakimi… D’après ses dires, le chef d’enquête lui répétait qu’il devait dire qu’il était racketté par Farid Hakimi, précise Me Discepoli.

Une atteinte à son client

Pour tous les enquêteurs, Farid Hakimi est impliqué dans la quasi-totalité des faits, rapporte son avocat. Me Discepoli va jusqu’à dire qu’il n’a pas été auditionné pour certains faits, pour lesquels il est prétendument impliqué. Selon lui, ses alibis n’ont pas tous été vérifiés. L’avocat parle d’une atteinte aux droits de la défense. « Seules les choses à charge ont été retenues ! »

Après la pause, Me Discepoli s’apprête à plaider l’irrecevabilité des poursuites sur toutes les préventions de Farid Hakimi. À l’époque, quand l’affaire a éclaté, les avocats de la défense avaient déjà demandé l’irrecevabilité des poursuites. Mais la chambre des mises en accusation avait conclu que le dossier n’était pas entaché. Cette fois, Me Discepoli demande les poursuites irrecevables même sur les faits où son client est en aveux.