Tatiana Silva au Télévie: «Emmanuel est d’une sérénité impressionnante»

Tatiana Silva au Télévie: «Emmanuel est d’une sérénité impressionnante»

« Une fierté », dit-elle. L’occasion pour Miss Belgique 2005 de partir à la rencontre d’Emmanuel, un jeune garçon de 7 ans et demi, originaire de Jalhay, atteint d’une leucémie lymphoblastique aiguë. En exclusivité, Tatiana Silva nous dévoile les dessous de cette rencontre à part entière.

Vous participez pour la première fois au Télévie. Qu’est ce que cela représente ?

C’est une grande fierté. J’ai suivi le Télévie pendant de longues années quand j’étais petite. Quand j’œuvrais à la RTBF, j’ai eu l’occasion de participer à CAP 48. C’était un moment très émouvant, on se sent un maillon de la chaîne. Il y a beaucoup d’énergies positives qui circulent. Le Télévie, c’est exactement la même ambiance. C’est important pour moi de le faire. Participer à un reportage et être présente lors de la grande soirée, c’est la matérialisation concrète de mon arrivée à RTL.

Comment s’est déroulée votre rencontre avec Emmanuel ?

Très bien. Emmanuel est un petit garçon très fort et bien ancré. Il est assez taiseux, on n’entre pas si facilement dans son univers. Il faut l’apprivoiser. La meilleure manière de le faire est de s’intéresser à lui et à sa passion pour le football. On a donc beaucoup communiqué par le ballon. Emmanuel n’a pas eu la chance d’en jouer longtemps. Quand il était à l’hôpital, ses objectifs étaient de retourner à l’école et de jouer au football. Avec lui, il faut prendre du temps. Il s’est ouvert à moi petit à petit. Il faut mériter sa présence.

Emmanuel s’est ouvert à moi petit à petit.
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Emmanuel s’est ouvert à moi petit à petit. »

Qu’est-ce qui vous a le plus impressionné chez lui ?

Son histoire et son attitude. Emmanuel ne se plaint que très rarement. J’ai regardé plusieurs reportages sur les enfants malades. La plupart du temps, ils craquent et en ont marre qu’on les manipule. Face à la maladie, Emmanuel est d’une sérénité impressionnante. Je me demande toujours comment ces enfants d’un âge aussi jeune peuvent avoir autant de résilience. Avec lui, je n’ai jamais abordé la maladie. Je ne voulais pas qu’on le résume à ça. Emmanuel n’est plus un enfant malade. Il est en rémission. En revanche, avec ses parents, j’ai souhaité creuser le sujet. Je voulais comprendre quelles sont les émotions, descriptibles ou non, qu’on porte quand on vit tout le processus de maladie. Ils ne laissent rien transparaître. Ils ont une grande force de caractère malgré les tsunamis émotionnels qu’ils ont traversés. Comme disait Jean-Yves, le papa d’Emmanuel, nous ne sommes pas faits pour avoir des enfants et les voir mourir avant nous. La bonne nouvelle, c’est qu’Emmanuel est vivant. Trois ans et demi doivent encore passer avant d’affirmer qu’il est réellement hors de cette rémission.

Son parcours est avant tout une lueur d’espoir pour les malades…

Oui. C’est pour cette raison qu’on a souhaité lui consacrer un reportage. Emmanuel est suivi par une équipe médicale incroyable. Les meilleurs oncologues du monde sont en Belgique. Il a été porté par cette équipe médicale qui, à un moment donné, a dû s’avouer vaincue. Les parents d’Emmanuel ont alors eu envie de pousser plus loin pour croire en une éventuelle rémission de leur enfant. Emmanuel avait deux ans et demi quand il est entré à l’hôpital. Il a subi deux greffes réussies. Aujourd’hui, il a sept ans et demi. C’est un parcours très lourd, mais exemplaire.

À cet âge, quel genre d’enfant étiez-vous ?

J’étais très expressive et beaucoup plus extravertie. J’ai passé moi aussi beaucoup de temps à l’hôpital, notamment chez le dentiste et pour la santé de ma maman qui était atteinte d’un cancer du sein. Dans les hôpitaux, je me sens comme à la maison. Je pense qu’Emmanuel a ce même ressenti. Comme on ne lui a pas tout dit au sujet de sa maladie, il n’a pas développé un dégoût des hôpitaux. Ce n’est pas un endroit qui lui est étranger. Selon moi, il s’agit d’un lieu où on nous protège et où on trouve des solutions.

«Le décès de ma mère a fait la femme que je suis»

«
J’avais 16 ans quand ma mère est partie
».
« J’avais 16 ans quand ma mère est partie ».

Tatiana, votre maman est décédée d’un cancer du sein. Avec le recul, comment avez-vous digéré cette période de votre vie ?

On ne le digère jamais. On met la douleur sous le tapis, on n’a pas vraiment le temps de gérer. Après, tout dépend à quel âge on est confronté à la maladie et à la perte d’un être cher. Moi, j’avais 16 ans. Après ça, on se laisse vite happer par le rythme de la vie. On n’a pas le choix. Et puis, on tente de faire le deuil quand les choses se stabilisent. C’est un travail de toute une vie. Il y a des douleurs qui s’apaisent au fil du temps, mais lorsqu’on perd un être cher, ce lien fort et cette perte auront des ramifications à différents niveaux. L’être laisse un vide, mais aussi une blessure originelle qui se déploie dans la vie amicale, familiale, professionnelle et amoureuse. Il faut vivre avec ses blessures. Les miennes sont toujours présentes, mais différemment d’il y a cinq ou dix ans.

Le décès de votre maman a-t-il changé la femme que vous êtes ?

Je n’étais pas une femme quand elle est décédée. J’étais une adolescente. Mon adolescence et mon insouciance ont été abrégées rapidement. Ce drame a surtout fait de moi la femme que je suis. Plein de choses ont découlé de ce parcours de vie. Il m’a formée et forgée et je me suis remise en question. On est responsable en grande partie de tout ce qui nous arrive. Quand on a une mauvaise hygiène de vie, on provoque des choses dans notre corps. Est ce qu’on l’a intimement souhaité ? Non, mais on y a certainement contribué.

Quel message aimeriez-vous faire passer aux personnes qui hésitent à faire des dons au Télévie ?

On s’est rendu compte à quel point il ne nous restait plus grand-chose quand on est bloqué chez soi. Ce qu’il reste, c’est l’humain. L’entraide humaine a été forte pendant le confinement. Pour le Télévie, c’est la même chose. C’est une entraide pour des causes qui nous dépassent et parlent de vie ou de mort. Si les gens ont pu expérimenter à quel point l’entraide était importante, ils ne doivent pas hésiter à faire un don. Au plus on donne, au plus on avance !

Son premier Télévie

Il y a 6 ans pour l’Unicef, elle a visité les camps de réfugiés de Mossoul.
Il y a 6 ans pour l’Unicef, elle a visité les camps de réfugiés de Mossoul.

Une manière pour la jeune femme de partager son expérience et d’aider. « Dans la vie, je suis toujours positive. Du moins, j’essaie d’être honnête, réaliste et optimiste. Si on ne se confronte pas aux choses qui vont mal, on ne parviendra jamais à résoudre ses problèmes. J’ai pour principe que tout peut aller vers le positif. On peut mentir aux autres, mais on ne peut pas se mentir à soi-même. »

« Je ne pense pas n’avoir qu’une seule vie. La mort fait partie du cycle. En revanche, j’ai peur de la douleur et de la manière dont je vais mourir. J’ai peur d’avoir mal et de souffrir physiquement. Le jour où je partirai, je pense qu’il y aura de la résistance. J’ai aussi peur de l’inconnu. Malgré nos croyances, on ne sait pas ce qui nous attend. Si on me disait condamnée, je pleurerais beaucoup, puis j’essaierai de vivre pleinement »

Est-ce un devoir de s’engager quand on est exposée médiatiquement ? « On est tous fait d’énergies. Quand on reçoit, il ne faut pas contenir cette énergie qui se matérialise par des objets ou des projets. C’est un devoir de la faire circuler. C’est pour ça que je me suis engagée pour Handicap International, puis pour la lutte contre le cancer du sein. Et il y a six ans, pour l’Unicef. Voir les camps de réfugiés ou la moitié de Mossoul criblée de balles, ça remet les idées en place. »

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