«Borat 2»: qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui est faux?

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Borat revient et le président américain en prend pour son grade.
Borat revient et le président américain en prend pour son grade. - © Amazon Prime

A moins de deux semaines des élections présidentielles US, Sacha Baron Cohen fait fort en dégainant sur Amazon Prime Video le deuxième opus des aventures de Borat. Quatorze ans après le premier film, on le retrouve donc à nouveau dans la peau du journaliste kazakh raciste, homophobe et antisémite, qui sort ici des geôles de son pays et est envoyé par le président du Kazakhstan aux Etats-Unis pour offrir sa fille en cadeau au vice-président américain Mike Pence. Le début d’un périple surréaliste dans l’Amérique de Trump, celle des complotistes, des suprémacistes blancs, des anti-masques, anti-avortement et autres partisans du port d’armes. Le tout à nouveau filmé à la façon d’un faux documentaire, mais avec généralement de vraies personnes piégées par le comédien.

Si le film risque une nouvelle fois de déplaire au Kazakhstan, toujours présenté comme un pays arriéré et misogyne où les femmes vivent en cage (et rêvent désormais de vivre dans une cage… dorée comme celle de Melania Trump), c’est évidemment avant tout Donald Trump et toute sa clique qui en prennent pour leur grade. Et dans la foulée, leurs partisans aussi.

Il a piégé le vice-président…

« Borat 2 », qui a été tourné cet été en pleine crise du coronavirus, est une charge anti-Trump comme on en a rarement vu. Si vous voulez vraiment comprendre ce qu’est une frange de l’Amérique de 2020, ce film vaut tous les documentaires du monde. Evidemment, en regardant les frasques de Sacha Baron Cohen, grimé en de multiples personnages, on se demande à quel point les scènes sont réelles ou ont été tournées avec des comédiens. Bref, comment démêler le vrai du faux.

Pour certaines scènes, le doute n’est pas permis. Lors d’une séquence d’anthologie, Sacha Baron Cohen arrive à s’incruster déguisé en Donald Trump dans un meeting donné par le vice-président Mike Pence. Un vrai tour de force. « Gardez à l’esprit que j’ai passé cinq heures à me maquiller ce matin-là avec l’équipe de prothèses qui a changé mon visage en celui de Trump », explique Sacha Baron Cohen. « Ce costume était énorme, pour transformer ma taille en celle de Trump. » Pour tourner la scène, le comédien est arrivé tout d’abord à s’incruster, non-maquillé, dans le bâtiment où se tenait le meeting. « Ensuite, j’ai fini par me cacher dans les toilettes durant cinq heures, jusqu’à ce que j’en sorte et que je fasse irruption dans la pièce où avait lieu la conférence. » Une pièce dont il se fera éjecter manu-militari par les services secrets et la police. Mais il a réussi son coup !

… et l’ex-maire de New York

Autre séquence d’anthologie, celle où la fausse fille de Borat, se faisant passer pour une journaliste, arrive à obtenir une interview en face à face dans une chambre d’hôtel avec Rudy Giuliani, l’ex-maire de New York et avocat de Donald Trump. A la fin de la séquence, on voit l’homme de 76 ans couché sur un lit, enfonçant sa main profondément dans son pantalon. Giuliani a tenté de se défendre depuis la diffusion de cette séquence en expliquant qu’il remettait simplement sa chemise dans son pantalon après qu’on ait enlevé son micro. Reste que durant la scène, on le voit demander à la jeune femme son numéro de téléphone et son adresse !

Parmi les moments les plus forts, celui où Borat se retrouve enfermé durant cinq jours, en plein confinement, avec deux partisans du mouvement QAnon, persuadés que les Clinton (« très maléfiques ») et les démocrates en général sont de dangereux pédophiles qui kidnappent les enfants pour les violer et se nourrir de leur adrénaline et leur sang ! Si Sacha Baron Cohen affirme que ce passage a été la scène la plus dure à tourner, car il devait « vivre cinq jours dans une maison avec ces deux théoriciens du complot sans pouvoir un moment sortir du personnage », on peut malgré tout se demander si les deux individus n’étaient pas ses complices à un moment (ne serait-ce que parce qu’ils devaient quand même avoir conscience d’être filmés). Reste que, authentique ou mis en scène, c’est un des nombreux passages du film qui met mal à l’aise autant qu’il fait rire quand on sait que les Etats-Unis compteraient des millions d’adeptes de ce genre de théories surréalistes.

Alors, au-delà des spéculations sur l’authenticité de certaines séquences, « Borat 2 » est une arme de dérision massive pour bombarder une ultime fois Donald Trump avant le scrutin du 3 novembre. Et rien que pour ça, il est indispensable. Même s’il n’est pas à mettre devant tous les regards (il est d’ailleurs interdit aux moins de 18 ans) et que certains passages sont d’un goût douteux.

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