Les acteurs du «Prince de Bel-Air» se retrouvent dans la joie, mais pas que…

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On est passé par toutes les émotions en assistant à ces retrouvailles, proposées ce 19 novembre par HBO Max
On est passé par toutes les émotions en assistant à ces retrouvailles, proposées ce 19 novembre par HBO Max - D.R.

Le grand jour, c’était ce jeudi 19 novembre, pour les nostalgiques de la sitcom « Le Prince de Bel-Air », dont les acteurs se sont exceptionnellement retrouvés à l’occasion des 30 ans de son lancement. C’était le 10 septembre 1990 sur la chaîne américaine NBC, et c’est sur la plate-forme de streaming HBO Max (qui coûte 12,5 € par mois !) que sont réapparus côte à côte Will Smith (alias… Will Smith), Tatyana Ali (Ashley), Karyn Parsons (Hilary), Joseph Marcell (Geoffrey), Janet Hubert (tante Vivian 1), Daphne Maxwell Reid (tante Vivian 2), Alfonso Ribeiro (Carlton) et Jeff Townes (Jazzy). Et où se trouvaient-ils ? Dans la salle à manger de la famille Banks !

Pour ceux qui étaient trop jeunes à l’époque de sa diffusion (et son succès), la série était centrée sur le personnage de Will Smith, qui avait alors 21 ans, et jouait un ado né et élevé à l’Ouest de Philadelphie. Un coin mal famé où il joue au basket et est un jour menacé par les membres d’un gang. Tout ça effraie au plus haut point sa mère qui, du coup, l’envoie vivre avec ses riches oncle Phil (James Avery) et tante Vivian Banks (Janet Hubert-Whitten) dans le quartier chic de Bel Air à Los Angeles. Un monde complètement étranger au jeune homme, qui fait aussi la connaissance de ses cousins nantis Carlton, Hilary et Ashley.

Il est clair que ce personnage de Will Smith, qui porte d’ailleurs son nom, est très proche de lui. A l’écran, il ne tarde pas à s’éclater dans le rap avec son meilleur ami Jazzy Jeff, comme il l’avait déjà fait, dans la vraie vie, depuis 1985, avec ce même Jazzy. Ne nous dites pas que vous avez oublié le groupe DJ Jazzy Jeff and The Fresh Prince  ?

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Ca n’a échappé à personne : les comédiens étaient extrêmement émus de se retrouver et se serrer dans les bras. Comme eux, à ce moment-là, des millions de gens ont eu les larmes aux yeux. Car comme eux, des millions de gens se sont souvenus que, derrière l’humour et la musique, leur série envoyait un message fort, mettant en scène – ce qui était une première – des protagonistes afro-américains, de surcroît fortunés ! Et elle a fait voler en éclats toutes sortes de stéréotypes sur les noirs.

Les auteurs tenaient vraiment à collaborer avec les acteurs pour donner à leurs personnages le plus de vérité et d’âme possible. « Tout le monde pensait que ce n’était pas nous qui étions dépeints dans cette série de blacks », a dit Ribeiro. « Mais c’est vrai qu’avant ça, en tant qu’acteurs, on n’avait pas droit au chapitre. On était des marionnettes qui devions obéir. » « Derrière les blagues et la comédie, il y avait des idées très fortes », a commenté, pour sa part, Will Smith. « Hélas, elles sont toujours aussi nécessaires aujourd’hui qu’elles l’étaient il y a trente ans. » En disant cela, il faisait référence à l’épisode où Will revoit son père, et un autre, précédent, où il est arrêté par des flics avec Carlton, lequel n’a pas les mêmes vues que lui sur la police. « On s’assurait d’être authentiques tout le temps », a dit Ribeiro. « Dans ma carrière, j’ai fait des séries présentant toute la gamme de la culture black, et montrant qu’on n’est pas un groupe monolithique de gens, avec une seule opinion et un style de vie unique », a déclaré Daphne Maxwell Reid. « Quand je suis arrivée là, j’ai vu qu’on était libre d’exprimer aux scénaristes les aspects culturels sur lesquels ils allaient écrire. »

Au début de la discussion, après qu’on ait revu les auditions de Ribeiro et Parsons, on a appris que Will Smith n’avait alors quasiment aucune expérience d’acteur et qu’il avait été pistonné par Quincy Jones, producteur exécutif du show et compositeur de sa chanson originale. Mais il se rattrapa en prenant des cours et, très vite, il fut celui qui soufflaient leurs répliques à ses partenaires.

On s’y attendait : un hommage émouvant a été rendu à James Avery, qui jouait l’Oncle Phil et quitta ce monde en 2013. Chacun partagea un souvenir avec cet homme qui n’était pas très différent de son personnage, lequel acceptait qu’on rigole de lui, mais renvoyait l’ascenseur très aisément.

Et puis, évidemment… Cette réunion fut l’occasion pour Will Smith d’enterrer la hache de guerre avec Janet Hubert, la première Tante Vivian, qui plaqua la série au terme de la saison 3, créant le chaos. La raison de son départ : elle était enceinte… Elle fut remplacée par Daphne Maxwell Reid. Sa défection eut pour conséquence une grosse brouille entre elle et Smith, qui ne lui pardonna pas pendant 30 ans. « Je sentais que je ne pouvais pas célébrer cet anniversaire sans trouver un moyen de fêter Janet », a déclaré l’acteur de 52 ans. « Mais est-ce que ça allait être des retrouvailles toutes griffes dehors à la ‘Real Housewives’ ou plus un truc positif à la Oprah ? Heureusement, ça s’est passé comme chez Oprah. »

« C’était il y a longtemps », a dit Janet à Will (…) Ca a été dur (…) « Il y a une chose que je veux savoir : pourquoi êtes-vous allés si loin, les gars ? J’ai beaucoup perdu. » Will répondit qu’il ne savait ce qu’elle était en train de traverser à l’époque. « Tu ne peux pas savoir », a-t-elle répliqué. Et elle expliqua que sur le tournage de la saison 3, quand elle tomba enceinte, il se passait beaucoup de choses dans sa vie et celle de Smith, ce qui causa des frictions entre eux. « Je ne riais plus, ne blaguais plus, ne souriais parce que je vivais des choses que tout le monde ignorait. »

Smith a admis que durant sa grossesse, il n’était pas sensible à elle. Mais aujourd’hui, parce qu’il a bien mûri, il regrette de ne pas avoir agi différemment. « Je reconnais que j’ai rendu l’ambiance du plateau très difficile pour Janet. » Elle relata qu’on lui avait fait un contrat de misère sur la saison 3, qu’elle l’avait refusé et qu’ils l’avaient remplacée. Elle accepta cela, mais en fut terriblement blessée. Puis sa vie privée et sa carrière s’écroulèrent. Sa famille lui tourna le dos et Hollywood lui ferma ses portes. Elle assura qu’elle était professionnelle sur les tournages, mais ne parlait à personne parce qu’elle ne savait pas à qui faire confiance. « J’étais bannie, et ils m’ont dit que c’est toi qui m’avait bannie », a-t-elle dit à Smith. Lequel a réagi en disant qu’il s’est senti menacé, mais voit maintenant dans quelle souffrance et lutte Janet devait arriver au travail tous les jours. « Tu as pris tout ce que j’avais avec tes mots  », lui a-t-elle encore dit. « Les mots peuvent tuer. J’ai tout perdu… et je comprends que tu puisses continuer à avancer. Mais tu sais, ces mots – dire d’une femme noire qu’elle est difficile à Hollywood, c’est le baiser de la mort. C’est déjà super dur d’avoir la peau sombre dans cette industrie (…) J’ai senti que c’était nécessaire pour nous deux d’aller de l’avant », termina-t-elle en larmes. « Je suis désolée de t’avoir mis en pièces. » Will l’a ensuite remerciée d’être dans sa vie. « La personne que je veux être, c’est quelqu’un qui te protège et non quelqu’un qui lâche les chiens sur toi. »

Eh oui, il n’y a pas eu que des sourires ravis dans ces retrouvailles, qui se sont clôturées par l’arrivée Ross Bagley qui jouait Nicky, le petit dernier des Banks. Puis tout le monde évoqua le tournage de l’ultime épisode, diffusé le 20 mai 1996. Mais personne ne fit allusion au reboot, déjà annoncé par Will et HBO Max. Enfin, Smith et Jazzy Jeff ont repris la chanson phare de la série, et les autres se sont mis à danser. « Rendez-vous dans dix ans », a encore dit Will en guise de vraie conclusion. On a rangé le mouchoir.

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