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Affaire Mawda: contradiction dans certains témoignages, «Les policiers ont voulu cacher qu’elle était morte par balle»

Affaire Mawda: contradiction dans certains témoignages, «Les policiers ont voulu cacher qu’elle était morte par balle»
Photonews

L’avocate a raconté l’histoire de cette petite fille tuée d’une balle dans la tête, lors de la course-poursuite qui s’est déroulée sur l’autoroute E42, la nuit du 16 au 17 mai 2018.

Ce soir-là, Mawda est montée dans une camionnette avec ses parents et une vingtaine d’autres migrants. Il y avait des passeurs qui leur avaient promis de les emmener sur la terre promise, l’Angleterre. « Lors de la course-poursuite, ils étaient tous debout dans la camionnette, ils criaient, ils avaient peur. Quelqu’un a cassé la vitre arrière et a jeté un sac de couchage vers les policiers afin de ralentir leur progression. Par cette fenêtre, des migrants ont montré des migrants. Un policier a ordonné à ses collègues de ralentir en raison de la présence d’enfants », raconte l’avocate.

La course-poursuite a duré trente minutes. Peu avant Mons, une autre voiture de police, de Mons, a pris en chasse le véhicule. Le policier, prévenu d’homicide involontaire, se trouvait sur le siège passager. « Il a chargé son arme, l’a sortie et il a tiré. Cela s’est passé extrêmement vite, entre 2h01 et 2h02 et 37 secondes. Contrairement aux policiers de Namur, il n’était pas stressé par une longue course-poursuite. Il savait qu’il y avait des migrants, dont des enfants. Depuis les opérations Médusa, ce policier est régulièrement confronté à la poursuite de migrants. Le même jour, des migrants lui avaient d’ailleurs échappé », dit encore Me Ben Khalifa.

Selon l’avocate, le policier est contredit par son coéquipier dans la manipulation de son arme. « Il dit qu’il aurait chambré l’arme dans un second temps alors que son coéquipier dit qu’il a pris la décision de chambrer son arme presque immédiatement ».

Quelques secondes après le tir, la camionnette s’est immobilisée sur un parking. Les policiers ont ouvert la porte latérale et le papa de Mawda a montré son enfant couvert de sang. « La maman a raconté que les policiers étaient armés et les menaçaient de faire un pas de plus en avant, comme si nous étions des terroristes, dira-t-elle », dit encore Me Ben Khalifa.

L’ambulance est arrivée à 2h17 et est repartie à 2h32. Les parents n’ont pas été autorisés à entrer dans l’ambulance. « Une policière a empêché la maman de suivre sa fille, en la tirant par les cheveux », rappelle l’avocate.

Entre 2h03 et 2h50, tout le monde est resté agenouillé sur un parking. « Aucune prise en charge psychologique n’a été prévue alors que plusieurs policiers ont qualifié le papa d’hystérique. Ils l’ont placé en détention, avec sa femme et leur petit garçon âgé de quatre ans dont personne ne parle dans le dossier alors qu’il est resté muet durant plusieurs jours », poursuit Me Ben Khalifa. C’est en détention qu’ils apprendront la mort de leur fille.

L’avocate regrette qu’une cellule psychologique ait été mise en place « uniquement pour les policiers ». Me Ben Khelifa use du mot « déshumanisation » pour décrire cette nuit tragique. « Les mineurs ont été remis en liberté sans respecter la loi. Il y avait deux Afghans de 14 ans qui étaient traumatisés et à qui on a dit de partir, de ne pas rester en Belgique ».

Relâchée après 24 heures, la maman de Mawda avait encore son tee-shirt taché du sang de sa fille. « C’est inhumain, dégradant et raciste ! «, estime l’avocate qui ajoute qu’un policier a comparé la victime à un sac-poubelle car Mawda ne bougeait plus.

Me Khelifa charge la police

L’avocate se demande comment un enterrement, prévu le lendemain à Mons, a pu être organisé aussi vite. « Les policiers ont voulu cacher qu’elle était morte par balle, préférant dire qu’elle avait été balancée du véhicule. C’est l’organisation collective d’un mensonge ».

Lundi, devant le tribunal correctionnel du Hainaut division de Mons, Me Ben Khelifa a qualifié le début de l’affaire de «mensonge collectif dans le but de cacher que la petite fille fut victime d’un tir mortel tiré par un policier». L’avocate des parents de Mawda explique ainsi que le premier médecin légiste désigné par le juge d’instruction a commis une erreur, excluant, par téléphone, une blessure par balle sans même se rendre auprès du corps de la victime.

Le magistrat chargé de l’instruction n’a pas requis les services du comité P dans le dossier, avant que le procureur du roi ne donne des informations erronées à la presse. «Après avoir menti sur le tir, on a inventé l’idée folle de l’enfant bélier», maugrée l’avocate.

«Le 18 mai, le parquet a fait état d’un échange de tirs entre les policiers et les migrants, ce qui est faux», selon Me Ben Khelifa.

Le 31 mai, lors du débriefing de la police, il est indiqué dans un procès-verbal que les policiers ont fait pression sur les policiers chargés de mener l’enquête. «Après, la parole des parents fut constamment remise en doute bien qu’ils ne se sont jamais contredits alors qu’ils ont été auditionnés dans des cellules séparées. Ils n’ont pas eu le loisir de faire un débriefing pour accorder leurs violons, alors qu’on les accusait de s’être servi de Mawda comme bouclier humain».

Selon l’avocate, ce n’est pas Mawda qui a été exhibée à la fenêtre de la camionnette mais une autre petite fille du même âge. «Ils ont toujours dit que Mawda n’a jamais quitté les bras de sa maman, laquelle était adossée au siège du conducteur». Elle ajoute qu’il est impossible que le policier n’ait pas vu l’enfant.

«Ce débriefing du 31 mai explique l’état d’esprit de la police. Tous autour de la table étaient d’avis que la course-poursuite avait été bien gérée. Ils ont trouvé que la gestion de l’opération a été faite de sang-froid et ils l’ont qualifiée d’excellente alors qu’elle a été catastrophique», martèle l’avocate des parents de Mawda.

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