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Affaire Mawda: pour Me Kennes, le responsable du drame est le chauffeur de la camionnette

Affaire Mawda: pour Me Kennes, le responsable du drame est le chauffeur de la camionnette
Belga

L’avocat est revenu sur la première déclaration de son client devant le comité P. Ce dernier a déclaré qu’il pensait que cette camionnette était conduite par des voleurs et qu’il voulait provoquer une crevaison lente en tirant dans le pneu, incitant ainsi le fuyard à s’arrêter.

Me Kennes a remis la transmission d’informations dans le contexte de la course-poursuite. «Les gens du dispatching discutaient avec le collègue de mon client, lequel n’avait pas une radio de voiture mais un talkie-walkie dont la qualité auditive est différente».

Lundi, un avocat des parties civiles a déclaré que le policier était «habitué» à chasser les migrants depuis le lancement des opérations Médusa et qu’il avait «raté» un véhicule chargé de migrants dans la journée. Me Kennes ne sait pas où sa consœur a lu ça. «Elle n’a lu qu’une partie de la retranscription», affirme Me Kennes.

Mardi, l’avocat général a regretté que le policier n’ait pas parlé tout de suite du coup de feu. Me Kennes répond que son client en a parlé vers 2h30 au plus tard, cette nuit-là, à son collègue. «Il n’a pas volontairement caché avoir tiré. Dire l’inverse, en audience publique, est faux ! »

L’avocat dit avoir été surpris d’entendre les parties civiles plaider une requalification des faits pour les deux détenus, estimant que seul le policier était responsable. «Ces gens sont des trafiquants d’êtres humains ! Qui met tout le monde en danger pour ne pas se faire arrêter ? C’est le conducteur de la camionnette, pas mon client».

Il ajoute qu’un policier namurois s’est constitué partie civile car il a été choqué par les faits, alors que c’est un homme qui a plus d’expérience que son client. L’avocat estime que le véritable responsable de ce drame n’est pas son client mais le chauffeur de la camionnette transportant les migrants.

«Un homme, présent dans cette camionnette, a déclaré que le chauffeur avait accéléré et continué à faire des zig-zags sur la route. Il a aussi dit qu’un enfant a été porté vers l’avant, qui criait car il était paniqué. D’ailleurs, nous paniquions tous à cause de la conduite du chauffeur».

D’autres témoignages vont dans le même sens : «Nous avions plus peur de la manière de conduire du chauffeur que de la police». «On demandait au chauffeur de s’arrêter car on avait tous peur de mourir. On hurlait, on voulait qu’il s’arrête, il ne répondait pas malgré le fait que tout le monde criait sur lui». «Pour moi, le chauffeur mérite une punition pour ce qu’il a fait».

Quant à l’avocat général, il estime indigne de réclamer l’acquittement. «C’était ma crainte, le ministère public est aveuglé par la souffrance de cette famille et n’a pas pris assez de recul», s’emballe Me Kennes qui refuse de faire de ce procès, un procès politique.

L’avocat pénaliste a aussi contesté la théorie du dol éventuel, plaidé par les parties civiles, précisant que la cour de cassation avait rendu un arrêt sur la question en 2019. «Il est certain que le tir est accidentel et qu’il n’y a pas de défaut de prévoyance et de précaution».

Me Kennes s’attendait aussi à un débat sur la formation des policiers. «Il a bien suivi le quota minimum de formation au tir et n’a pas dû suivre de formation spécifique. Il était en ordre, contrairement à ce qu’a dit l’accusation». Le policier dit ne pas avoir suivi de recyclage depuis 2009, on lui avait alors enseigné comment ralentir une voiture en tirant dans un pneu.

Depuis les faits, le policier a fait l’objet d’un suivi psychiatrique. Il a été en incapacité de travail durant un an et demi. Il a repris le travail dans un bureau, «repartir sur la route est impossible pour lui».

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