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Philippe Devos: "Plus on sera strict longtemps, plus vite on relâchera!"

Le Comité de concertation doit-il réévaluer les mesures concernant la bulle sociale durant les fêtes ? Pour le Dr Philippe Devos, chef des soins intensifs au CHC de Liège et président de l’Absym, les gouvernants devraient d’abord demander à des épidémiologistes d’analyser l’impact d’un assouplissement. Et s’il est confiant sur la possibilité de vacciner un grand nombre de Belges rapidement, il rappelle qu’il faut limiter au maximum le travail administratif des médecins et préparer les systèmes informatiques dès maintenant.
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En tant que médecin confronté directement aux malades du Covid-19, que pensez-vous du débat sur l’allégement des mesures pour Noël ?

Plus on sera strict longtemps, plus vite arrivera le relâchement. Chaque fois qu’on accueille chez soi des personnes, on reporte potentiellement la réouverture de l’Horeca de quelques semaines. D’un point de vue psychologique, si les gens sont à l’aise avec une limitation de leurs contacts pour ces fêtes, qu’ils le fassent ! À titre personnel, je fêterai Noël et Nouvel An avec mon épouse. Les autres années, j’invitais 15 à 20 personnes. Moi, ce qui me pèse le plus, c’est l’arrêt de l’Horeca. Si je veux aider l’Horeca à rouvrir plus vite, il suffit de faire un petit sacrifice durant ces deux soirs de fête.

Mais ce sacrifice peut être difficile à vivre…

Oui. Il y a des gens pour qui Noël a une représentation symbolique tellement forte qu’ils vont tomber en dépression s’ils ne voient pas une ou deux personnes. Là effectivement, il faut voir si en termes épidémiologiques, passer d’une bulle d’une à deux personnes aurait des conséquences sévères sur l’évolution de l’épidémie. Plutôt que d’être absolument catégorique sur l’impossibilité, je préférerais que le gouvernement demande l’avis de mathématiciens épidémiologistes. Il faut savoir que les équipes des universités de Hasselt et de Namur ne se sont jamais trompées depuis le début de la pandémie, y compris sur le risque d’une seconde vague. Si l’on part du principe que 50 % de la population recevra deux personnes à la maison, ils pourraient voir les conséquences sur l’épidémie. C’est un calcul qui doit être fait. Je ne dis pas que la décision doit être prise, mais l’analyse de ce calcul mérite d’être réalisée…

Et publiée pour conscientiser les Belges ?

Ça, c’est la phase suivante. Ces universités ont déjà réalisé un travail sur les conséquences d’un Noël fêté comme d’habitude. Et elles étaient excessivement inquiétantes. Mais là, on demande aux gens de croire sur parole un gouvernement, qui communique en remettant lui-même en doute ses conclusions.

De nombreuses soirées clandestines ont été démantelées… N’observe-t-on pas un relâchement au sein de la société ?

Je pense que c’est la durée de la crise qui joue. Il y a une différence entre un sprint et un marathon. Autant, dans l’intérêt des autres, il est simple de faire un effort quelques mois. Autant, cela commence désormais à être long pour tout le monde. Cette notion de fatigue psychologique est tout à fait compréhensible. Mais tous les petits relâchements ne vont entraîner qu’une chose : l’allongement dans le temps des mesures. Le vrai espoir c’est que le vaccin soit le « game-changer », qui fera en sorte que les hôpitaux ne soient plus saturés. Et même si le Covid-19 est encore là, on pourra reprendre les activités mises à l’arrêt, dont certaines depuis le mois de mars.

Le vaccin arrivera-t-il assez vite pour éviter une troisième vague ?

D’après ce que déclare Xavier De Cuyper, l’administrateur-général de l’Agence fédérale des médicaments et produits de santé, le facteur limitant réside dans les quantités commandées et les délais de livraison. Aujourd’hui, les fournisseurs de vaccins se sont engagés dans des nombres de vaccins par trimestre. Par contre, ils n’ont pas donné de répartition. On leur demande donc maintenant de fournir un agenda par semaine. Enfin, il faut que la traçabilité de la vaccination soit efficace. Il est hors de question d’avoir 15 minutes de travail administratif par vaccin. Comme les systèmes ne se changent pas en deux minutes, c’est maintenant qu’il y a urgence à travailler sur l’informatique. Sur un petit pays de la taille de la Belgique, déployer des centres de vaccination de masse n’est pas quelque chose qui me fait peur. Si on arrive à déplacer des millions de Belges en une seule journée pour voter, je pense qu’on arrivera à en déplacer d’autres pour être vaccinés. Mais je le répète, il faut préparer tout ce qui est informatique et suivi des demandes de vaccin dès maintenant !

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